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Tour de Ski : Une autre lecture des résultats.

La chronique de Jean-François Devaux.

Le célèbre consultant d'Eurosport s'exprime longuement sur le dernier Tour de Ski. Il dresse le tableau de la compétition et revient sur les principaux enseignements de cette épreuve qui aura souri à Justyna Kowalczyk et Lukas Bauer.

Tour de ski : une autre lecture des résultats

 

Nous avons encore dans la tête les magnifiques images de la montée finale de l’Alpe Cermis. Une vision du sommet qui nous fait scruter l’évolution des écarts entre les athlètes et espérer jusqu’au dernier moment un dénouement favorable pour nos représentants.

 

Merci à « jean jean »  pour les émotions incomparables qu’il a fait naître en nous tout au long de ce Tour de ski. Merci à tous ces « forçats de la neige » qui ont lutté, subit parfois des défaillances pour relancer sans cesse le suspens de l’épreuve.

 

Le bilan français à cette course d’usure est particulièrement favorable chez les filles comme chez les garçons et on peut se féliciter de voir nos leaders de nouveau performants.

 

Mais le flot d’émotions retombées, il faut regarder plus précisément les résultats des différents protagonistes et essayer de détecter les stratégies individuelles des uns et des autres…

 

Premier enseignement : le Tour n’est toujours pas pour les sprinters !

 

Malgré le classement général sprint du tour, la grande majorité des « purs » sprinters a quitté l’épreuve après Prague avec une première chez les garçons, l’abandon du tour par le leader  du classement général !

A quoi sert alors de garder ce classement obtenu par l’addition des bonifications de secondes obtenues ? je suis très septique sur l’apport de ce classement car finalement peu d’athlètes l’on réellement joué et ce sont les candidats au classement général qui ont été chercher les bonifications !

Qui se rappelle quels sont les vainqueurs de ces différents classements ?...

Majdic devant Follis et Saarinen chez les filles et  Northug devant Oestensen et Hellner chez les hommes…

 

Beaucoup d’observateurs ont trouvé du reste que les bonifications octroyées chez les hommes dans l’avant dernière étape de Val di Fiemme étaient trop importantes et « pesaient » trop sur le classement final. L’objectif avoué était bien sûr d’animer la course avant le final et force est de constater que cet objectif a été atteint …mais des bonifications tous les 2 tours auraient peut être été suffisantes sur une boucle si courte d’autant plus que les sprinters présents n’ont survécu qu’à un tour !

 

On peut donc à ce stade se poser la question du maintien des bonifications sur le tour… Les sprints étant des épreuves de coupe du monde à part entière et les sprinters ne jouant jamais le classement final malgré ce système mis en place…

 

Jonnier

 

Deuxième enseignement : Un tour sans bonification aurait une tout autre physionomie !

 

Effectuons un classement virtuel complètement « artificiel » sans les bonifications…

Et bien chez les hommes Bauer resterait en tête devant notre Jean Jean, Cologna serait 3ème,Hellner 4ème , Sommerfeld 5ème et Northug seulement 6ème !!!

 

Chez les femmes le classement deviendrait 1ère Kowalczyk, 2ème Follis, 3ème Steira, 4ème Majdic, 5ème Roponen et 6ème Saarinen !!!

 

Classement bien sûr purement arithmétique car la physionomie même de la course aurait été différente avec des écarts de temps beaucoup plus modestes notamment lors de l’épreuve de distance Cortina Toblach…

 

C’est un clin d’œil pour Jean Jean bien sûr qui monte sur le podium de cette manière mais qui plus sérieusement montre qu’il a été sans doute le 2ème athlète de « distance » le plus performant derrière Lukas Bauer !

 

3ème enseignement : la dernière étape compte au moins doublement !

 

Elle est par nature destinée aux plus gros moteurs du circuit : Majdic avait peu de chance face à Kowalczyk de même que Northug face à Bauer. C’est tout simplement encore là une question de profil énergétique :  les derniers 3,5 km sont un juge de paix ; il s’agit là de garder la puissance moyenne la plus élevée possible…

 

Tout passage en sur régime entraîne irrémédiablement une contre performance retentissante. Les athlètes qui s’écroulent après la ligne d’arrivée doivent nous rappeler l’importance de l’effort sollicité et pour ceux qui auraient bien voulu que Jean Jean accélère encore pour « cueillir » ce podium, soyez sûr que notre compatriote était «  à bloc » réalisant du reste quasiment le même temps que Bauer sur l’étape…

 

L’objectif avoué des concepteurs était clairement de marquer les esprits par cette montée mythique à l’image de celle de l’Alpe d’huez pour le tour de France cycliste et c’est chose faite !

En conclusion, rien n’est joué avant le sommet de l’Alpe Cermis quand les écarts sont trop modestes et des retours de loin sont toujours possibles! Cela veut sans doute dire aussi que cette épreuve au format unique sur le circuit peut se préparer de manière spécifique et assure au moins un bon résultat pour son auteur…

 

Manificat

 

4ème enseignement enfin, ce tour de ski a été le plus riche en abandons depuis le début de l’épreuve il y a 4 ans.

 

Comment expliquer dés lors ces 39 rescapés sur les 87 partants ou les 42 survivantes des 74 du premier jour ?

La première hémorragie est celle bien sûr des sprinters qui ont tous quasiment mis le clignotant après Prague.

 

On a ensuite tout le lot « normal » d’abandons liés à la méforme, la maladie ou tout simplement la volonté de ne pas hypothéquer la participation olympique quand on ne joue plus rien au général. Ces stratégies planifiées ou subies sont tout de même plus importantes que lors des éditions précédentes.

 

On peut à juste titre se poser la question du « durcissement » du Tour par cette étape de longue distance qui a été très intéressante certes à suivre depuis notre canapé mais qui a vraiment laissé des traces chez les garçons surtout. Elle s’ajoute à un décalage du Tour début janvier dans le calendrier qui , dans cette année olympique explique aussi pour une large part les choix de non participation d’athlètes majeurs qui nourrissent avant tout le rêve olympique .

 

Il reste néanmoins un mois avant les premières échéances de Vancouver et le maître mot pour tous ces «  finishers » devrait bien être dans l’immédiat récupération, récupération et récupération.

 

Jef Devaux

 

Photos : copyright Nordic Focus

 

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