Madrid : Fils lucide après la leçon Sinner — « ce n'est pas suffisant »
Battu 6-2 6-4 par Jannik Sinner en demi-finale du Mutua Madrid Open, Arthur Fils a livré une analyse à chaud sans détour. Le Français mesure le fossé qui le sépare encore de l'élite mondiale et trace sa feuille de route avant Roland-Garros.
Pas une excuse, pas une dérobade. Quelques minutes après sa défaite 6-2 6-4 face à Jannik Sinner en demi-finale du Mutua Madrid Open, Arthur Fils s'est présenté en conférence de presse avec la même lucidité qu'il avait affichée durant le match : un grand Sinner, un Fils dépassé, et la conscience nette du chemin qu'il reste à parcourir. Sans esquive, le Français a livré une analyse précise de ce qui l'a fait tomber.
« Quand je suis face à lui, j'ai l'impression de jouer un tennis exceptionnel »
Premier constat de Fils : le niveau du n°1 mondial dépasse tout ce qu'il a connu jusqu'ici. Le Français, qui s'avançait pourtant avec confiance après une semaine pleine, a vite compris qu'il avait franchi un palier dans l'adversité.
C'est un grand champion. Il n'a pas perdu un match depuis Indian Wells, je crois. Il joue incroyablement bien, avec une grande confiance. Il frappe la balle avec une grande précision des deux côtés et son service est excellent. J'ai joué contre de grands adversaires, mais celui-ci est différent. Quand je suis sur le court face à lui, j'ai l'impression de jouer un tennis exceptionnel, mais ce n'est pas suffisant.
Le service, problème central
Si Fils a perdu, c'est d'abord parce que son service l'a lâché. Le Français, qui appuie habituellement son jeu sur sa première balle et son coup droit, a multiplié les fautes au démarrage. Pire, il reconnaît avoir mis trop de temps à corriger le tir en cours de match. Une lucidité qui frappe par sa franchise.
Je me disais : tu n'as pas réussi tes premières balles dans le premier set, essaie de changer de jeu, de faire plus de coups liftés. Et ça a plutôt bien marché. Puis on est arrivés à 4-4 et… j'ai complètement paniqué. J'ai essayé de faire un autre ace et je me suis dit : Arthur, tu es fou ou quoi ? Change quelque chose ! Mais j'ai mis trop de temps à réagir.
Le travail engagé avec Goran Ivanisevic, arrivé dans son entourage récemment aux côtés d'Ivan, n'a donc pas porté ses fruits ce vendredi. Fils l'admet sans détour : « Si on travaille le service, aujourd'hui n'était pas un bon jour. »
Mais le Français reste convaincu de la pertinence de cette association, soulignant que Goran et Ivan « sont aussi de très bons amis, donc c'est facile de travailler avec eux deux ».
Le rythme, le fond de court, et le chemin restant
Au-delà du service, c'est tout le rythme imposé par Sinner qui a déstabilisé le Français. Habitué à dicter ses échanges sur terre battue, Fils a dû subir, courir, encaisser. Il en tire une analyse froide, presque clinique, du déséquilibre.
Au-delà de son service, il a été supérieur en fond de court dans le premier set. C'était un rythme auquel je n'étais pas habitué sur cette terre battue. Dans le deuxième set, j'ai réussi à trouver des solutions, à varier un peu plus mon jeu et à être plus solide en revers. C'était mieux. Mais c'est un champion, il est sur une série de victoires, donc ce n'est pas facile.
Cap sur Rome puis Roland-Garros
Reste à digérer cette défaite et à reconstruire. Le programme est déjà tracé : direction Rome pour s'entraîner, puis la semaine de préparation avant Roland-Garros, où le Français portera une bonne partie des espoirs tricolores.
Fils ne fait aucun mystère de son ambition : entrer dans la cour des tout meilleurs et y rester. Mais il reconnaît aussi qu'il faudra de la patience.
« J'ai besoin de jouer davantage de matchs à ce niveau, contre les deux, trois, quatre, voire cinq meilleurs joueurs du monde, pour m'y habituer », a-t-il glissé.
« Quand on se retrouvera, j'espère en demi-finale, en finale ou en quart de finale d'un tournoi du Grand Chelem, j'espère avoir tiré les leçons de cette défaite et être capable de faire un meilleur match. »
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