Les 6 plus belles randonnées
à Gstaad
Gstaad n'est pas seulement la station des milliardaires et du Rolex Masters de tennis — c'est aussi 300 km de sentiers balisés dans un cadre alpin d'une beauté rare, avec l'Eiger en ligne de mire, des glaciers qui reculent et des alpages que la vache d'Hérens occupe depuis des siècles.
Le glacier du Tsanfleuron, au-dessus de Gstaad, a perdu la moitié de son volume en 50 ans — il était encore possible d'y skier en été dans les années 1980, aujourd'hui on le traverse à pied, et dans 20 ans il aura probablement disparu
Gstaad (1 050 m) est un village de l'Oberland bernois qui a réussi le tour de force — rare en Suisse et unique dans les Alpes — d'être à la fois la station de ski d'hiver la plus exclusive du monde (Abramovitch, Kate Moss, les familles royales arabes et les grands banquiers suisses y ont leurs chalets) et un territoire de randonnée parfaitement accessible à tous, avec un réseau de sentiers entretenus à la perfection suisse et des téléphériques qui permettent de gagner de l'altitude sans l'effort de la montée. Ce paradoxe social — la démocratisation de l'accès à un terrain de jeu de milliardaires — est une des caractéristiques les plus saines de la Suisse alpine.
La géographie de Gstaad est celle des Préalpes bernoises — un massif calcaire et cristallin entre 1 000 et 2 500 m d'altitude, sans les géants glaciaires de l'Oberland haut (Jungfrau, Finsteraarhorn) mais avec une beauté plus intime et plus accessible. Les sommets environnants — Wispile (1 906 m), Rinderberg (2 047 m), Videmanette (2 204 m), Glacier du Tsanfleuron (2 700 m) — sont tous accessibles en randonnée depuis Gstaad, parfois avec l'aide des remontées mécaniques pour les sections inférieures.
La région possède une qualité supplémentaire qui la distingue des stations alpines voisines : sa tradition pastorale. Les alpages de Gstaad sont encore exploités par des agriculteurs locaux — les vaches d'Hérens (race bovine valaisanne, noire à l'encornure puissante, connue pour ses combats traditionnels) et les Simmental (race bernoise, fauve et blanche) occupent les estives de juin à septembre. Les Gruyère AOP et Emmental AOP produits dans la région sont directement liés à ce pastoralisme actif.
Un dernier élément culturel qui mérite mention : Charlie Chaplin a vécu les 25 dernières années de sa vie (1952-1977) à Corsier-sur-Vevey, à 40 km de Gstaad, sur les rives du Léman. Le Chaplin's World (musée à Corsier-sur-Vevey) est la visite culturelle la plus évidente dans les environs de Gstaad pour quiconque fait une pause dans la randonnée.
Le Top 6 des randonnées à Gstaad
Wispile (1 906 m) – La Crête des Alpages au-dessus de Gstaad
📍 Gstaad (1 050 m) · Wispile (1 906 m) · Crête · BerneLa Wispile (1 906 m) est le belvédère de référence de Gstaad — la crête la plus accessible depuis le village, dominant la vallée de l'Obersimmental à l'ouest et les pâturages du Saaneland à l'est. Depuis le sommet, le panorama s'étend sur les Préalpes bernoises dans toute leur largeur, avec par temps clair les silhouettes de l'Eiger (3 967 m), du Mönch et de la Jungfrau à l'horizon nord-est — le triangle le plus célèbre de l'Oberland bernois.
La montée depuis Gstaad (D+ 856 m, environ 3h) suit d'abord le sentier forestier dans les épicéas, puis débouche sur les premiers alpages où les gentiane acaule (Gentiana acaulis), l'arnica des montagnes (Arnica montana) et l'anémone pulsatille (Pulsatilla alpina) fleurissent en tapis colorés de juin à juillet. Ces espèces protégées sont caractéristiques des alpages calcaires des Préalpes bernoises — leur présence indique un sol non fertilisé et une gestion pastorale extensive de qualité. Une variante consiste à utiliser la télécabine de la Wispile (départ depuis Gstaad, 15 min) pour économiser le premier tiers du dénivelé.
En été, les vaches d'Hérens occupent les estives de la crête — des animaux au caractère affirmé, à l'encornure puissante, que les fermiers bernois élèvent avec autant de fierté que leurs collègues valaisans. Laisser une distance raisonnable, particulièrement si des veaux sont présents — une vache d'Hérens défend ses petits avec une détermination qui n'a rien à envier à un taureau.

Flore alpine protégée : toutes les plantes alpines sont protégées en Suisse (cueillette interdite par la loi, même d'une fleur). L'arnica, la gentiane et la pulsatille sont particulièrement surveillées — des amendes peuvent être infligées aux contrevenants. La règle suisse : regarder sans toucher.
Descente vers Lauenen : une variante excellente consiste à descendre depuis la Wispile vers Lauenen (village à 7 km de Gstaad, 1 241 m) par le versant ouest — D- 665 m, 2h30 de descente dans des alpages superbes, avec le retour en bus postal jusqu'à Gstaad (~20 min, billet compris dans la carte journalière de transport régional).
Lauenensee & Glacier du Tsanfleuron – Le Lac Turquoise et le Glacier qui Fond
📍 Lauenen (1 241 m) · Lauenensee · Col du Pillon · Glacier du Tsanfleuron (2 700 m) · Vaud / BerneLe Lauenensee est un lac de montagne d'une beauté extraordinaire à 1 381 m d'altitude, dominé par la cascade de la Geltenbach et encadré par des parois calcaires grises. Ses eaux turquoise-vert (dues aux particules calcaires en suspension — le même phénomène que dans les lacs alpins autrichiens et suisses) reflètent les forêts d'épicéas et les premières neiges d'automne. Le sentier depuis Lauenen jusqu'au lac (D+ 140 m, 3 km, 1h) est un des circuits les plus faciles et les plus spectaculaires de la région de Gstaad.
Pour les randonneurs plus ambitieux, le glacier du Tsanfleuron — accessible depuis le Col du Pillon (1 546 m) côté vaudois — est une expérience d'une portée différente. Ce glacier, qui couvrait encore 3,5 km² dans les années 1970, a perdu environ 50% de son volume depuis et se réduit visiblement d'année en année. La traversée du glacier à pied (depuis le Col du Pillon avec les remontées mécaniques de l'Isenau jusqu'à 2 100 m, puis montée à pied vers le glacier) est désormais praticable en été sans crampons ni corde sur les sections basses — la glace est "propre" et relativement plate. Un accès unique à un glacier alpin qui disparaît sous nos yeux.
La frontière entre les cantons de Berne et de Vaud traverse le glacier du Tsanfleuron — une curiosité administrative : à mesure que le glacier recule, la frontière se déplace, car elle est définie par rapport à la glace. Des négociations cantonales périodiques sont nécessaires pour redéfinir les limites.
Glacier en disparition : le recul du Tsanfleuron est mesuré chaque année par l'Université de Berne (glaciologie). Des photos comparatives depuis des points fixes montrent le recul impressionnant depuis les années 1950. Le glacier pourrait avoir presque totalement disparu d'ici 2080 selon les projections actuelles. Y marcher en 2026 est une expérience temporellement limitée.
Grotte de glace : une grotte de glace artificielle est aménagée dans le glacier du Tsanfleuron (accès depuis le Col du Pillon, inclus dans le forfait remontées mécaniques). À -2°C en permanence, elle offre une vision de la structure interne du glacier.
Rinderberg (2 047 m) & Zweisimmen – La Traversée de Deux Vallées
📍 Gstaad (1 050 m) · Rinderberg (2 047 m) · Zweisimmen (946 m) · BerneLe Rinderberg (2 047 m) est le sommet qui sépare la vallée de Gstaad (Saaneland) de la vallée de Zweisimmen (Simmental) — une traversée classique qui permet de relier deux villages par la haute montagne en une journée. La randonnée depuis Gstaad monte vers le Rinderberg par le versant est, offrant des vues progressives sur la vallée de la Sarine en contrebas et sur les chaînes des Alpes vaudoises au sud. Depuis le sommet, le panorama est parmi les plus complets de la région — l'horizon est dégagé dans toutes les directions.
La descente vers Zweisimmen (946 m) traverse des alpages moins fréquentés que le versant Gstaad, avec des fermes isolées et des sentiers parfois moins balisés que les itinéraires standards — ce qui en fait une randonnée moins touristique et plus authentique. Zweisimmen est une petite ville de l'Oberland bernois avec une église gothique du XVe siècle et le départ du Golden Pass Express (train panoramique reliant Zweisimmen à Montreux via Gstaad — une des lignes ferroviaires les plus spectaculaires de Suisse). Le retour à Gstaad depuis Zweisimmen se fait en Golden Pass (20 min, ~8 CHF).
Pour ceux qui souhaitent économiser la montée, la télécabine Zweisimmen-Rinderberg (depuis Zweisimmen) permet de rejoindre le sommet du Rinderberg en 15 min — avec un retour à pied vers Gstaad par le versant est.

Golden Pass Express : le train panoramique entre Montreux et Interlaken (via Zweisimmen, Gstaad, Saanen et Spiez) est une des expériences ferroviaires les plus célébrées du monde. Les voitures à vitres panoramiques et le tracé montagneux créent une expérience visuelle difficile à égaler en Europe. Billet Zweisimmen-Montreux : ~30 CHF en 2e classe.
Variante avec la télécabine côté Zweisimmen : si on part de Zweisimmen, le télécabine monte jusqu'à presque le sommet — randonnée de crête puis descente côté Gstaad, retour en train. Une façon de faire la traversée dans l'autre sens, avec le village de Gstaad comme point d'arrivée plutôt que de départ.
Tour du Turbach – La Vallée Secrète de l'Oberland Bernois
📍 Gstaad · Vallée du Turbach · Turbachberg · Gsteig · BerneLa vallée du Turbach est la plus confidentielle des vallées qui rayonnent depuis Gstaad — aucune route ne la remonte entièrement, les chalets d'alpage qui la jalonnent ne sont accessibles qu'à pied ou à cheval, et les randonneurs qui s'y engagent sont presque toujours des locaux ou des habitués. C'est le Gstaad sans la dorure — des alpages authentiques, des fermes en activité, un calme et un isolement difficiles à trouver si proches d'une station aussi fréquentée.
La randonnée du Tour du Turbach remonte la vallée depuis l'entrée (accessible depuis Gstaad à pied en 45 min) jusqu'aux alpages supérieurs du Turbachberg, traverse la crête qui sépare le Turbach du Gsteig, et redescend vers Gsteig (village au pied du Col du Pillon, 1 195 m) — avec retour à Gstaad en bus postal. Ce circuit de 12-20 km selon les variantes est une des meilleures journées de randonnée de la région pour ceux qui fuient la foule des sentiers touristiques.
Dans les alpages du Turbach, des producteurs locaux fabriquent encore du Gruyère AOP selon les méthodes traditionnelles — dans des chalets d'alpage sans eau courante ni électricité. La fabrication du Gruyère d'alpage (distinct du Gruyère de plaine par sa méthode de production en haute altitude, sa durée d'affinage plus longue et sa saveur plus intense) est un des patrimoines immatériels les plus précieux de l'Oberland bernois.
Gruyère d'alpage : pendant l'été (juin-septembre), certains alpages du Turbach et des vallées voisines proposent la vente directe de Gruyère d'alpage — reconnaissable à son label "Alpage" sur la croûte. La différence de saveur entre un Gruyère d'alpage de 12 mois et un Gruyère industriel de 5 mois est considérable : plus complexe, plus fruité, avec des notes de foin et de fleurs alpines. Compter ~35-45 CHF/kg en direct chez le fromager.
Cheval dans le Turbach : certains guides de randonnée équestre proposent des circuits dans la vallée du Turbach à cheval — une façon alternative et authentique d'accéder aux alpages inaccessibles à pied facilement. Renseignements à l'OT de Gstaad (gstaad.ch).
Videmanette (2 204 m) & Vue sur le Léman – Du Sommet jusqu'à la Riviera
📍 Rougemont (985 m) · Videmanette (2 204 m) · Rochers de Naye · Vaud / BerneLa Videmanette (2 204 m) est le point le plus haut du domaine de randonnée de Gstaad — accessible depuis Rougemont (village à 8 km de Gstaad, côté vaudois) par téléphérique (jusqu'à 1 795 m) puis à pied (D+ 400 m depuis le sommet du téléphérique). Depuis la Videmanette, le panorama est le plus large de toute la région : au nord-ouest, le Lac Léman est visible par temps clair avec Genève à l'horizon (95 km), la Riviera vaudoise (Montreux, Vevey), et au-delà les chaînes du Jura et les Alpes françaises.
La randonnée de crête depuis la Videmanette vers les Rochers de Naye (2 042 m) — le sommet iconique au-dessus de Montreux, accessible depuis la Riviera par le Montreux-Oberland Bernois (MOB, train à crémaillère depuis Montreux) — est un des grands itinéraires de traversée des Préalpes vaudoises. Cette randonnée de haute crête entre Rougemont et les Rochers de Naye (15-18 km, 6-7h) passe au fil d'un panorama en constant changement sur le Léman côté nord et les Alpes valaisannes côté sud.
Rougemont — village d'où part le téléphérique de la Videmanette — mérite qu'on s'y arrête : son prieuré clunisien du XIe siècle est un des bâtiments médiévaux les mieux conservés de l'Oberland vaudois, et le village lui-même a conservé une authenticité que Gstaad, à quelques km, a perdu.

Chaplin's World à Corsier-sur-Vevey (chaplinsworld.com) : à 35 km de Rougemont par le Golden Pass jusqu'à Montreux puis train jusqu'à Corsier-sur-Vevey, le Chaplin's World est le musée dédié à Charlie Chaplin dans sa propriété du Manoir de Ban. Une des visites culturelles les plus originales de la région — combinable avec la descente de la Videmanette vers Montreux.
Variante descente sur Montreux : la descente depuis les Rochers de Naye vers Montreux (D- 1 700 m, 4h — ou en train à crémaillère MOB Montreux-Oberland) permet de terminer la randonnée au bord du Léman, avec une fondue ou des malakoffs vaudois en récompense.
Grande Traversée du Saanenland – Le Tour Complet de la Région de Gstaad
📍 Gstaad · Saanenland · Pays-d'Enhaut · 4–6 jours · Berne / VaudLa Grande Traversée du Saanenland est le circuit itinérant qui fait le tour complet de la région de Gstaad — 80-120 km en 4-6 jours, combinant les cinq randonnées précédentes dans un itinéraire logique qui traverse les quatre vallées principales (Saane, Turbach, Col du Pillon, Simmental) et les crêtes qui les séparent. Ce grand tour est une façon définitive de comprendre la géographie de cette région — ses similitudes et ses contrastes, ses villages alpins et ses alpages, ses glaciers qui reculent et ses traditions pastorales qui résistent.
La qualité de l'infrastructure de randonnée en Suisse rend ce type de circuit beaucoup plus confortable qu'en France — les sentiers sont parfaitement balisés avec indication systématique des temps de marche (non des distances, ce qui est plus utile en montagne), les hébergements (hôtels, Berggasthäuser = auberges de montagne, refuges SAC) sont fiables et bien gérés, et le réseau de transports (train, bus postal, télécabines) est tellement intégré qu'un randonnier peut modifier son itinéraire sans voiture à chaque étape.
La grande traversée peut se terminer à Montreux par le train du Golden Pass — une sortie logique depuis les Rochers de Naye ou depuis Rougemont, qui permet d'enchaîner avec une journée à Chaplin's World à Corsier-sur-Vevey avant de reprendre l'avion ou le TGV vers Paris.
Swiss Travel Pass : si vous venez par le train, le Swiss Travel Pass (disponible sur sbb.ch) couvre trains, bus postaux et bateaux, avec 50% de réduction sur la plupart des télécabines et téléphériques. Pour 4-6 jours de randonnée itinérante, il s'avère généralement rentable. À vérifier avec le calculateur en ligne de la SBB (sbb.ch/fr).
Météo alpine suisse : MeteoSwiss (meteoswiss.admin.ch) est la référence absolue pour les prévisions alpines en Suisse. La plupart des guides de haute montagne et des gardiens de cabane se fient à ce service. L'application MétéoSuisse est gratuite et fiable — vérifier chaque matin avant le départ.
Tableau récapitulatif des 6 randonnées
| # | Randonnée | Altitude max. | Distance | D+ | Durée | Difficulté |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Wispile (1 906 m) – crête et alpages | 1 906 m | 8–16 km | 856 m | 3h30–6h | Moyen |
| 2 | Lauenensee & glacier Tsanfleuron | 2 700 m | 12–22 km | 900–1 500 m | 5h–9h | Difficile |
| 3 | Rinderberg (2 047 m) & Zweisimmen | 2 047 m | 10–18 km | 1 000 m | 4h–7h | Moyen |
| 4 | Tour du Turbach – vallée secrète | 1 700 m | 12–20 km | 600–900 m | 4h30–7h | Moyen |
| 5 | Videmanette (2 204 m) & Rochers de Naye | 2 204 m | 10–18 km | 800–1 200 m | 4h–7h | Moyen |
| 6 | Grande Traversée Saanenland – 4–6 j | 2 204 m | 80–120 km | 5 000 m total | 4–6 jours | Moyen |
FAQ – Randonnée à Gstaad
Gstaad n'est-elle pas trop chère et trop touristique pour une randonnée authentique ?
La question est légitime — Gstaad traîne derrière elle une réputation de playground de milliardaires qui peut décourager le randonnier normal. La réalité sur le terrain est plus nuancée, et honnêtement assez rassurante.
Ce qui est cher à Gstaad : les hôtels de luxe (le Palace à 1 500 CHF/nuit, les chalets à louer à 20 000 CHF/semaine), les restaurants étoilés, les boutiques du village principal (Hermès, Louis Vuitton, Cartier — un alignement de marques de luxe qui étonne à 1 050 m d'altitude). La fréquentation touristique est concentrée sur le village de Gstaad lui-même et les sentiers les plus proches.
Ce qui est accessible : le sentier de randonnée ne facture pas d'entrée. Les télécabines sont certes payantes (25-35 CHF) mais un Swiss Travel Pass les couvre partiellement, et les transports publics (train, bus postal) sont intégrés et fiables. Hors du village de Gstaad, les villages de Saanen, Lauenen, Gsteig et Rougemont ont des hébergements B&B, des auberges de jeunesse et des pensions tout à fait abordables pour les standards suisses. La vallée du Turbach, à 30 min à pied de Gstaad, est d'une authenticité totale et d'une fréquentation minimale.
Le paradoxe Gstaad : la richesse des résidents de Gstaad a indirectement préservé les alpages et l'architecture — les milliardaires qui achètent des chalets à Gstaad achètent aussi une vue, et cette vue ne peut être préservée que si les alpages restent des alpages. La pression immobilière pour construire des complexes hôteliers ou des résidences touristiques standardisées a été bloquée par les propriétaires locaux et les règlements d'urbanisme stricts. Résultat paradoxal : Gstaad est visuellement plus authentique que beaucoup de stations alpines "ordinaires".
Quelle est la situation réelle du glacier du Tsanfleuron et combien de temps lui reste-t-il ?
Le glacier du Tsanfleuron est un des glaciers suisses les plus accessibles et les mieux documentés pour le suivi du recul glaciaire. Sa situation est dramatiquement représentative de l'état des glaciers alpins en 2026.
Les chiffres du recul : en 1970, le Tsanfleuron couvrait environ 3,5 km². En 2025, il ne couvrait plus que 1,7 km² selon les dernières mesures de l'Université de Berne (Institut de glaciologie). Une perte de plus de 50% en 55 ans. Le front du glacier a reculé de plusieurs centaines de mètres depuis les années 1980 — des blocs de roche qui étaient sous la glace depuis des millénaires sont maintenant à l'air libre, certains couverts de mousse récemment installée, d'autres encore nus et gris.
Les projections : selon les modèles climatiques les plus récents (publication ETH Zurich, 2023), le glacier du Tsanfleuron pourrait avoir réduit de 80% supplémentaires d'ici 2080 par rapport à son état de 2020, dans le scénario d'émissions moyen (SSP2-4.5). Dans le scénario pessimiste (SSP5-8.5), il pourrait avoir pratiquement disparu d'ici 2070. Ces projections ne sont pas alarmistes — elles correspondent à ce que les mesures de terrain observent déjà.
Ce que voit le randonnier : en arrivant au glacier en 2026, les anciens "mouvements de roche" sous la glace sont maintenant visibles — des zones de rochers récemment déglacés avec une végétation pionnière (mousses, saxifrages). La ligne de glace actuelle est clairement en retrait par rapport aux panneaux "position du glacier en 1980" que les gardiens de la zone ont installés. Y marcher est à la fois beau et mélancolique — une randonnée qui a une dimension temporelle rare.
Quel est le meilleur moment pour randonner à Gstaad et comment se déplacer sans voiture ?
Meilleures périodes :
— Mi-juin à mi-juillet : la meilleure période pour la flore alpine — les alpages débordent de fleurs (gentiane, arnica, renoncules, crocus des neiges qui persistent sur certains versants froids). Les sentiers sont dégagés de neige jusqu'à 2 000 m, les télécabines fonctionnent. Le Tsanfleuron est encore partiellement fermé aux randonneurs non équipés si les névés persistent.
— Juillet-août : haute saison. Conditions optimales pour toutes les randonnées y compris le glacier. Fréquentation maximale sur les sentiers proches de Gstaad, mais la vallée du Turbach et les crêtes éloignées restent tranquilles. Chaleur parfois significative en fond de vallée (30°C) mais agréable à 1 500-2 000 m.
— Septembre : une des meilleures périodes — les alpages rougissent et jaunissent (éblouissant), les troupeaux descendent des estives dans un cortège traditionnel appelé désalpe (un spectacle authentique à ne pas manquer, généralement la deuxième semaine de septembre), les sentiers sont peu fréquentés. Le glacier du Tsanfleuron est à son niveau le plus bas et le plus accessible.
Se déplacer sans voiture depuis la France : c'est parfaitement possible et c'est l'option recommandée. TGV Paris-Gare de Lyon → Berne (4h30, direct ou 1 changement). Depuis Berne : train InterCity vers Zweisimmen (1h30) puis Golden Pass MOB vers Gstaad (25 min). Total Paris → Gstaad : environ 6h30 de train. Depuis Genève : train vers Bulle puis Montbovon puis Gstaad (2h30 totales) ou voiture via l'A12 et le Col du Pillon (1h30).
Sur place : le Gstaad Card (disponible à l'OT de Gstaad, gstaad.ch) couvre les transports locaux (bus postal, Golden Pass dans la région), certains télécabines et l'accès aux piscines. L'investissement se rembourse rapidement pour un séjour de 3+ jours.
Quelle est la particularité des vaches d'Hérens qu'on croise dans les alpages de Gstaad ?
Les vaches d'Hérens sont une des races bovines les plus singulières des Alpes — et peut-être la race bovine la plus médiatisée du monde pour une raison peu commune : leurs combats spontanés.
La race : l'Hérens (ou Evolènarde) est une race bovine ancienne originaire de la vallée d'Hérens en Valais — une petite vache rustique (400-500 kg), à la robe noire ou brun foncé, aux cornes larges et puissantes, parfaitement adaptée aux alpages escarpés. Sa morphologie compacte et musclée la distingue des races laitières de plaine. Elle ne produit pas beaucoup de lait mais sa viande est de qualité exceptionnelle et sa résistance aux conditions alpines extrêmes est remarquable.
Les combats : les vaches d'Hérens ont un comportement territorial naturel — quand deux troupeaux se rencontrent dans un alpage, les femelles dominantes s'affrontent pour établir la hiérarchie. Ces combats naturels ont été transformés en tradition culturelle en Valais : les Combats de reines (combats de vaches, pas de taureaux) sont organisés depuis des siècles, avec une finale annuelle à Aproz-Nendaz qui attire 40 000 spectateurs. La "reine" est la vache qui domine toutes les autres sans se battre — simplement par son prestige et sa posture.
Dans les alpages de Gstaad : les vaches d'Hérens qui occupent certains alpages de la région (notamment dans les zones plus sauvages vers le Turbach et le Col du Pillon) ont ce comportement territorial — si deux troupeaux se croisent sur un sentier, des affrontements peuvent avoir lieu. Le randonnier doit garder une distance raisonnable et ne jamais s'interposer. Un troupeau de vaches d'Hérens en pleine hiérarchie, dans un alpage avec vue sur les glaciers, est un spectacle qui appartient à l'Alpe profonde — un des plus vivants que peut offrir la montagne suisse.
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