Johannes Hoesflot Klaebo : problème ou bénédiction pour le ski de fond ?

La domination écrasante de Johannes Klaebo elle soulève quelques questions légitimes.

Elle est avant tout un phénomène ambivalent, typique des sports individuels lorsqu’un athlète atteint un niveau si élevé.

Arguments POUR : « Oui, c’est dommageable pour la discipline »

Prévisibilité excessive. En sprint notamment, où Klaebo est quasi intouchable depuis plusieurs saisons, de nombreuses courses se résument à une lutte pour la deuxième place. Sur la durée ce manque de suspense décourage le spectateur occasionnel.

Impact sur l’audience hors Scandinavie. Quand un Norvégien rafle 80 à 90 % des titres majeurs, l’intérêt médiatique baisse dans les pays non nordiques. Le grand public s’identifie plus facilement à des duels internationaux qu’à une hégémonie nationale.

Effet dissuasif pour certaines nations. Dans des pays où le ski de fond reste marginal, l’écart de niveau peut démotiver les investissements, les vocations et le développement des structures.

Risque de lassitude. L’histoire du sport montre que les longues périodes de domination absolue finissent souvent par user une partie du public, même les passionnés, surtout en l’absence de rival crédible sur plusieurs saisons.

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Arguments CONTRE : « Non, c’est bénéfique – voire essentiel »

Klaebo est un moteur de popularité. Charismatique, expressif, identifiable sur les skis comme en interview, il génère du buzz, des images fortes et des audiences massives. En Norvège, il est une superstar qui remplit les tribunes.

Un projecteur mondial sur la discipline. Chaque record battu, chaque performance historique (Tour de Ski, globes, Mondiaux) fait parler du ski de fond bien au-delà du cercle des initiés. Klaebo est au ski nordique ce que Bolt ou Jordan ont été à leur sport.

La concurrence doit faire plus. Sa domination outrageuse pousse les autres à se dépasser et oblige ses rivaux à travailler mieux ou différemment pour réduire un écart qui reste abyssal.

Des formats encore ouverts. Certains formats offrent toujours du suspense. Klaebo y est excellent, mais pas invincible, ce qui maintient l’intérêt sportif.

Le précédent historique. Le ski de fond a déjà traversé des ères de domination norvégienne (Daehlie, Northug, ) sans s’effondrer, bien au contraire. Certes mais elle étaient moins fortes et moins longues.

Verdict personnel

Sportivement, rien à redire, la domination de Johannes Høsflot Klaebo est monstrueuse. Ce gars est un champion hors norme, génétiquement gâté, qui a su optimiser toutes ses qualités depuis son adolescence.

Bien aidé par son entourage et son fameux grand père qui avait tout planifié, il a porté sa discipline sur des hauteurs jamais atteintes.

En revanche, d'une façon plus globale, avec un œil non expert et non Norvégien, il est clair que son archi domination plombe l'intérêt du grand public, on n'a pas dit des fans.

Pour ne rien arranger, son équipe, la Norvège, écrase également la concurrence sur le circuit masculin au point de connaître les résultats des courses avant même qu'elles ne débutent, et cela c'est terrible.

L'essence du sport, son drama, son suspense, ses retournements de situation, sa diversité, n'existe plus au sein la discipline, et cela dure malheureusement depuis longtemps.