Bour & Dajoux
sacrés sous
les clameurs de Carhaix
Félix Bour conserve son titre de bout en bout. Margot Dajoux crée la surprise de l'année dans la dernière ligne droite. La Bretagne s'offre un triplé historique en cross court masculin. Les labours ont rendu leurs verdicts.
Les 30 000 spectateurs massés sur la plaine de Kerampuilh en ont eu pour leur argent. Bour a régné, Dajoux a surgi de nulle part, la Bretagne a vibré comme rarement — et les labours ont révélé leurs champions avec la brutalité joyeuse qui fait le sel unique du cross.
Bour : le club des intouchables
Dans le cross long masculin, c'est le noir du Racing Multi Athlon qui a, de nouveau, tranché sur les labours finistériens. Bien caché pendant les huit premières minutes, Félix Bour a laissé la course se faire avant de placer son accélération.
Seul Bastien Augusto a eu l'audace de répondre et même de tenter un contre. Mais le Berrichon de Bourges Entente Athlétisme, de retour d'un stage au Kenya marqué par un voyage retour compliqué par la situation internationale, a finalement rendu les armes à l'amorce de la dernière grande boucle. Bour s'est envolé seul.
Le Lorrain rejoint ainsi Driss El Himer et Hassan Chahdi dans le cercle très fermé des doubles champions de France de cross au XXIe siècle. Derrière, son coéquipier kényan John Aimun a pris la deuxième place, devant un Augusto amer — « j'étais venu pour gagner, la deuxième place, j'ai déjà connu » — qui reporte ses ambitions sur le 10 km de Lille, où il vise un chrono sous les 27'. Nicolas Vitré (CA du Pays Saumurois) a arraché le podium dans les derniers hectomètres, devançant Valentin Bresc, premier des quatre Français en bleu dans le top 10. Pour Vitré, 27 ans, c'est tout simplement « le plus beau résultat de ma carrière ». Pierre Boudy (Free Run 37), huitième au scratch, ajoute la couronne U23 à sa collection.
La surprise Margot Dajoux
La course longue féminine a d'abord ressemblé à un remake de 2025. Lors de la deuxième boucle, Léonie Périault a décidé de durcir le rythme, seulement suivie par Marie Loheac Bouchard, la locale d'Iroise Athlétisme. Le duel entre la triathlète du Racing et la Finistérienne tenait en haleine les 30 000 spectateurs — jusqu'au retour inattendu de Margot Dajoux.
Championne de France U20 sur ce même parcours en 2023, l'espoir du Clermont Auvergne Athlétisme a refait son retard avec une patience remarquable, rejoignant Périault en tête à trois kilomètres de l'arrivée. La Kényane Emmaculet Jepkosgei (RMA) était déjà hors de portée depuis longtemps. La dernière grande boucle et son cœur iconique — si casse-pattes — a livré un suspens insoutenable, avant que la dernière ligne droite ne tranche : Dajoux, rageuse, implacable.
Deuxième pour la deuxième année consécutive, Périault a fait contre mauvaise fortune bon cœur : « Mon objectif était de m'amuser, et c'est ce que j'ai fait — même si le sprint final n'est toujours pas mon fort », glissait-elle avec humour. Marie Loheac Bouchard a su préserver sa troisième place malgré une fin de parcours difficile, pour le plus grand bonheur du public breton. Chez les masters, Blandine L'hirondel (Alençon Running Club) a gravi la plus haute marche du podium, pour ce qui pourrait être le dernier cross de sa carrière.
La Bretagne en fête
Même dans leurs rêves les plus fous, les milliers de supporters en gwenn ha du n'auraient pas imaginé pareil dénouement. Maël Gouyette (Haute Bretagne Athlétisme) avait affiché ses ambitions sans se cacher dès le début de semaine. Il a tenu promesse en faisant voler en éclat le peloton dès la mi-course. Seuls son jeune coéquipier Léo Conil et le favori Antoine Senard (EFCVO) ont pris sa foulée — avant de regarder l'olympien expatrié en Norvège s'isoler dans les derniers hectomètres.
Quand Senard a coincé, épuisé par une saison à rallonge, Benoît Campion (Stade Brestois) est revenu comme un diable de l'arrière pour arracher l'argent devant Conil. Triplé breton. Historique. « Les Régionaux, c'était un championnat de Bretagne. Les interrégionaux, pareil. Et les France aussi ! C'est un régal », clamait Campion, euphorique — lui qui avait souffert d'une fracture de fatigue en juillet dernier, et avait appris au même moment que Carhaix accueillerait les France. « C'est ce qui m'a poussé à aller en piscine, en muscu et sur le vélo ces derniers mois, alors que je n'aime pas trop ça ! » Léo Conil, troisième, a ajouté la couronne U23 à ce festival breton.
Flavie Renouard récompensée
La course féminine s'est achevée avec un drapeau normand brandi fièrement sur les épaules de la lauréate — mais dans ces moments-là, les rivalités régionales s'estompent au profit du respect dû à la persévérance. Abonnée à la place de vice-championne — sur piste comme sur les labours, en cross court l'an passé à Challans —, Flavie Renouard a enfin trouvé la clef pour monter sur la plus haute marche, près de cinq ans après sa première victoire en Elite.
Laissant partir intelligemment la Tunisienne Marwa Bouzayani (RMA), la demi-fondeuse du Caen AC — désormais installée en Savoie — s'est concentrée sur Aude Clavier (Amiens UC) avant de faire la différence dans les deux derniers kilomètres.
Clavier, elle, avait le sourire plus crispé, de n'avoir pas glané « le titre qui me fait le plus rêver ». Émilie Girard (Racing Multi Athlon) a pris le bronze en revenant sur Ambre Grasset (Neuilly-Plaisance Sports), championne de France U23.
RMA écrase les U20, Petit joue juste
Le Racing Multi Athlon a parachevé une journée de domination avec les doublés U20 de Laly Porentru et Leni Remer Mancini. Ce dernier a étouffé tous ses adversaires, à commencer par Aloïs Abraham — tube de la saison 2025, excellent aux Mondiaux de janvier — qui a fini par s'avouer vaincu dans le dernier passage du mythique cœur de Carhaix. « La boucle est bouclée », soufflait Remer Mancini pour sa dernière année juniors, incertain de fréquenter les terrains de cross à l'avenir en raison de sa carrière dans le triathlon. Porentru, elle, a écrasé la concurrence dès la première boucle, sans même l'avoir voulu.
Chez les U18, Gaspard Petit (Gap Hautes-Alpes) a joué la montre à la perfection, laissant Benhammou et Potier s'épuiser en menant grand train avant de produire son effort décisif dans la dernière ligne droite. Son homologue Jade El Himer (Unitas Brumath) s'est parée d'or chez les filles, au terme d'un finish très serré. Enfin, Clément Lhotellerie (Charleville-Mézières), ancien champion de France Elite de cyclo-cross en 2015, a régné chez les masters en rouleau compresseur, écoeurant ses adversaires un à un.

