Col de la Flüela · 2 383 m · Davos · Susch · Grisons · Engadine · Flüelasee Col de la
Flüela
Flüelasee · 2e plus haut col suisse ouvert à l'année · 7,5% depuis Davos
· La Porte Haute de l'Engadine ·
2 383 mètres. La Flüela est le deuxième col routier suisse praticable toute l'année par ordre d'altitude — seul le Nufenen (2 478 m) la dépasse, mais lui ferme plusieurs mois par an. Elle relie Davos — la station la plus haute d'Europe, le forum économique mondial — à Susch dans la Basse-Engadine romanophone, en franchissant 2 383 mètres entre des parois de roche sombre et des pâturages où les cerfs descendent à l'automne. Douze kilomètres à 7,5% depuis Davos (1 560 m). Court, haut, sans compromis.
01Le col qui relie deux mondes — Davos l'allemande et l'Engadine romanophone
Il y a dans les Grisons une réalité géographique et linguistique sans équivalent en Europe : trois langues officielles dans un seul canton — l'allemand, le romanche, l'italien. La Flüela est le col qui franchit la ligne de partage entre deux d'entre elles. À l'ouest, Davos — la plus haute ville d'Europe habitée à l'année (1 560 m), germanophone, mondialement connue pour son forum économique annuel où les milliardaires et les chefs d'État viennent parler du monde pendant que la neige tombe sur les pistes du Parsenn. À l'est, Susch et la Basse-Engadine — le pays du romanche, l'une des quatre langues nationales suisses, un dialecte roman descendant du latin vulgaire parlé par les légionnaires de Rome dans cette vallée il y a deux mille ans. Franchir la Flüela à vélo, c'est traverser une frontière linguistique réelle en 12 kilomètres — les panneaux passent de l'allemand au romanche/italien, les sonnailles des vaches changent de registre, les villages changent d'architecture.
Le col tire son nom de la rivière Flüela — flüöla en vieux romanche — qui prend sa source dans les névés du sommet et descend vers Davos pour rejoindre le Landwasser. L'étymologie exacte reste débattue entre les linguistes grisonnards, mais la racine désigne probablement le flux, le courant — une rivière qui naît à 2 383 mètres dans les eaux de fonte du Flüelasee. La faune du col est remarquable : les cerfs sont présents en nombre à l'automne dans les alpages entre 2 000 et 2 300 mètres, descendant des crêtes pour pâturer avant les premières neiges. Les cyclistes qui passent en septembre peuvent croiser des hardes entières dans les lacets supérieurs. Nulle part ailleurs dans les grands cols suisses ce spectacle n'est aussi régulier.
La Flüela est le col que les connaisseurs mettent au-dessus de leur liste Grisons — avant le Maloja, avant le Julier, avant l'Albula. Pas parce qu'il est le plus célèbre, mais parce qu'il est le plus honnête : 12 km à 7,5% depuis Davos déjà à 1 560 m, ça fait mal malgré le départ en altitude. Le Flüelasee au sommet, les parois sombres de la Schwarzhorn et du Grialetsch, les cerfs en automne — et l'Engadine qui s'ouvre côté est comme une révélation. Un col à connaître avant de mourir grimpeur.
02Les données — chiffres du col des Grisons
03Deux versants — un court et violent depuis Davos, un long et progressif vers l'Engadine
Versant Ouest — Depuis Davos (Grisons) La Montée Référence Hors Catégorie
Le versant ouest depuis Davos-Dorf (1 560 m) est l'ascension de référence — courte en distance absolue (12 km), mais haute en altitude de départ et sévère en gradient moyen. La particularité de ce versant tient à son départ en altitude déjà élevée : à 1 560 mètres, les organismes non acclimatés ressentent déjà une légère diminution des capacités aérobies. Les 823 mètres de dénivelé qui suivent, à 7,5% de moyenne et jusqu'à 12% dans les sections les plus raides entre le km 6 et le km 10, se font dans un air déjà rare qui amplifie l'effort ressenti. Entre 2 100 et 2 300 mètres, les épingles à 10-12% sont les plus difficiles du versant — c'est là que les groupes de course explosent et que les cyclosportifs mal gérés paient leurs erreurs de début de montée. Le Flüelasee apparaît dans les deux derniers kilomètres comme une récompense froide et bleue au-dessus des dernières épingles.
Versant Est — Depuis Susch, Basse-Engadine La Vallée Romanophone Hors Catégorie
Le versant est depuis Susch (1 293 m) dans la Basse-Engadine est légèrement plus long et presque aussi exigeant que le versant ouest — 15 km à 7,3% de moyenne dans la vallée de la Flüela, avec un dénivelé de 1 090 mètres. Susch est un village engadinois typique — maisons en pierre à sgraffites peints, fontaines en granit, romanche dans les rues. La vallée est encaissée entre des parois de roche sombre et des pentes couvertes de forêts de mélèzes et d'aroiles — le pin cembro des Alpes orientales, emblème de l'Engadine et des Grisons. Ce versant est le moins utilisé dans les grandes courses — mais les cyclosportifs qui descendent côté Engadine après avoir grimpé depuis Davos jouissent de l'une des plus belles descentes des Alpes grisonnes : 15 km dans l'air transparent de la Basse-Engadine vers la vallée de l'Inn.
04La montée depuis Davos — trois actes entre station mondiale et sommet sauvage
Davos-Dorf est le point de départ — la station la plus haute d'Europe, connue pour son forum économique mondial annuel en janvier et pour son ski de fond de haut niveau. Le paradoxe de la Flüela depuis Davos : démarrer à 1 560 m d'altitude donne une fausse impression de facilité en termes de dénivelé restant, mais l'altitude de départ elle-même impose une contrainte physiologique que les cols partant de 600 ou 700 mètres n'ont pas. Les quatre premiers kilomètres longent la rivière Flüela dans une pente régulière à 5-6%, dans un paysage ouvert de prairies et de forêts de sapins. Le col semble accessible. Il ne l'est pas.
Les six kilomètres centraux révèlent le vrai caractère de la Flüela. La végétation disparaît progressivement après 2 000 mètres — les derniers mélèzes laissent place à la pelouse alpine rase, puis à la roche nue de gneiss sombre caractéristique des Alpes grisonnes. La pente se durcit à 9-12% dans les épingles serrées entre les km 6 et 10. La Schwarzhorn (3 146 m) et le Schwarzfluh dominent ce versant de leurs parois austères, encadrant le couloir de montée d'une architecture de pierre sombre qui donne à la Flüela son caractère particulier. C'est ici que les coureurs du Tour de Suisse ont pris et perdu leurs minutes décisives dans les étapes grisonnes.
Les deux derniers kilomètres s'adoucissent légèrement vers 6-7% pour rejoindre le Flüelasee — le lac de cirque glaciaire à 2 340 mètres. Le Flüelasee est l'un des lacs d'altitude les plus purs des Grisons — ses eaux, alimentées par les névés tardifs du Grialetsch et du versant nord de la Schwarzhorn, ont cette couleur bleu-gris intense caractéristique des lacs de haute montagne granitique. Le sommet à 2 383 mètres est à quelques centaines de mètres au-dessus du lac — une crête nue que le vent traverse en permanence. La vue vers l'est s'ouvre sur la Basse-Engadine et, par temps clair, sur les sommets des Alpes de l'Ötztal autrichiennes à l'horizon. L'installation au sommet est sobre : une auberge modeste, des panneaux bilingues romanche-allemand, et le silence du plateau à 2 383 mètres.
05Le col ouvert à l'année — un exploit logistique dans les Alpes grisonnes
À 2 383 mètres, maintenir une route ouverte douze mois sur douze est un exploit logistique non trivial. La Flüela reçoit en moyenne entre 6 et 8 mètres de neige cumulée par saison hivernale dans sa partie haute — et les cumuls records dépassent 12 mètres certaines années. Le canton des Grisons maintient la route ouverte en priorité parce qu'elle est la seule liaison directe entre Davos et la Basse-Engadine en hiver — le tunnel de la Vereina, ouvert en 1999, prend désormais l'essentiel du trafic automobile hivernal, mais la route du col reste déneigée pour les besoins de service et de sécurité.
Pour le cycliste, cette ouverture permanente est une bénédiction : il est théoriquement possible de grimper la Flüela en mars ou en novembre si les conditions météorologiques le permettent — ce que peu de cols à cette altitude autorisent en Europe. En pratique, la saison cycliste idéale va de mai à octobre. Les mois extrêmes sont possibles mais exigeants — la chaussée peut être mouillée, les températures au sommet proches de zéro même en juin, et le vent de secteur est qui s'engouffre dans le couloir sommital peut rajouter plusieurs degrés de ressenti négatif. La Flüela en octobre, avec les mélèzes qui roussissent et les cerfs dans les alpages, est probablement l'une des expériences les plus complètes que les Alpes grisonnes offrent au cycliste.
06La Flüela dans les grandes courses — Tour de Suisse et étapes grisonnes
07Les particularités — ce qui rend la Flüela unique dans les Alpes suisses
08Palmarès — les grimpeurs que la Flüela a révélés ou confirmés
« La Flüela depuis Davos, c'est le col qui punit les gens qui partent de 1 560 m en pensant que l'altitude de départ facilite les choses. Elle ne facilite rien. Elle complique tout. »
— Remarque d'un directeur sportif du Tour de Suisse qui résume l'équation physiologique particulière de ce col. 823 mètres entre 1 560 et 2 383 m, dans l'air grison et le vent de l'Engadine, c'est une autre affaire. Le Flüelasee au sommet ne se gagne pas facilement.
