Col de la Furka · 2 429 m · Realp · Gletsch · Uri · Valais · Alpes Uranaises Col de
la Furka
Carrefour Gotthard · Grimsel · Nufenen · Susten
· Le Toit de la Suisse Centrale ·
2 429 mètres entre Uri et le Valais, une route en lacets serrés taillée dans le roc, et au sommet le glacier du Rhône qui donne naissance au plus grand fleuve de France à quelques centaines de mètres de là. La Furka est le carrefour des Alpes suisses centrales — le point où quatre grands cols se croisent dans un rayon de vingt kilomètres. C'est aussi la route sur laquelle l'Aston Martin DB5 de James Bond a semé Tilly Masterson dans Goldfinger, en 1964, dans l'une des scènes d'ouverture les plus célèbres de l'histoire du cinéma. La montagne ne nourrit pas que les cyclistes.
01Le carrefour des Alpes — là où quatre cols se regardent
Il faut regarder une carte pour comprendre ce qu'est la Furka. Dans un rayon de vingt kilomètres autour du col, quatre grands passages alpins suisses se concentrent comme nulle part ailleurs en Europe : la Furka (2 429 m) au centre, le Gothard (2 091 m) au sud, le Grimsel (2 165 m) à l'ouest, le Susten (2 224 m) au nord-est, et le Nufenen (2 478 m) un peu plus loin au sud-ouest. Ce quadrilatère de cols est le nœud routier alpin le plus dense du continent — cinq cols majeurs qui convergent vers la région d'Andermatt et du massif des Alpes Uranaises. La Furka est l'épine dorsale de ce système : le col qui relie la vallée de la Reuss, dans le canton d'Uri, à la vallée du Rhône naissant, dans le Valais. Une frontière géologique, hydrologique, linguistique et culturelle à 2 429 mètres d'altitude.
Le col doit son nom au latin furca — fourche — qui décrit sa forme de col en selle entre deux arêtes rocheuses. La route moderne a été construite entre 1864 et 1867, ouvrant définitivement le passage aux voitures et aux diligences. Avant cela, des sentiers muletiers permettaient aux habitants des deux versants de commercer, de passer, de fuir parfois. Mais c'est la route de 1867 qui a fait de la Furka ce qu'elle est aujourd'hui — un col praticable, photographié, filmé, et gravi par des millions de cyclotouristes depuis des décennies.
La Furka, c'est la Suisse à l'état pur : propre, précise, bien tracée, avec un décor de carte postale et une difficulté réelle que les pourcentages ne révèlent pas toujours. Ce qui frappe sur ce col, ce n'est pas la brutalité des pentes — c'est l'accumulation des kilomètres dans un environnement minéral de haute altitude, avec le glacier du Rhône en surplomb qui rappelle à chaque instant que la montagne ici n'est pas domestiquée. Un col pour les connaisseurs des Alpes suisses, loin de la foule des grands noms transalpins.
02Les données — chiffres d'un col suisse de caractère
03Deux versants — l'un minéral, l'autre glaciaire
Versant Est — Depuis Realp (Uri) La Montée Classique Hors Catégorie
Le versant est depuis Realp, dans la vallée de la Reuss à 877 mètres d'altitude, est la montée de référence dans les courses cyclistes — plus longue, plus continue, avec une pente moyenne de 6,5% qui ne laisse aucun répit prolongé. La route monte d'abord dans un décor de haute vallée alpine verdoyante avant de s'engager dans les lacets caractéristiques de la Furka au-dessus de 1 500 mètres. La section entre 1 800 et 2 200 mètres est la plus sévère — des épingles serrées taillées dans la roche, avec des passages à 9-10%, dans un environnement qui vire progressivement au minéral et à l'hostile. Dès 2 000 mètres, la végétation n'est plus que rase et les névés tardifs bordent la route jusqu'en juillet. Le glacier du Rhône apparaît en surplomb dans les derniers lacets — une langue de glace qui recule d'année en année mais reste spectaculaire, suspendue au-dessus de la route comme un rappel de ce que les Alpes étaient avant le réchauffement climatique.
Versant Ouest — Depuis Gletsch / Oberwald (Valais) Le Versant du Glacier Hors Catégorie
Le versant ouest depuis Gletsch est court mais direct — 9 kilomètres depuis 1 759 mètres jusqu'au sommet, avec une pente moyenne de 8,2% et des pointes à 11% dans les sections les plus raides. C'est le versant du glacier du Rhône — le hameau de Gletsch (qui signifie littéralement « glacier » en alémanique) est le point de départ depuis lequel la langue glaciaire est visible à l'œil nu dès le départ. La route monte en lacets très serrés dans un paysage de haute montagne dépouillé, sans ombre, avec des vues plongeantes sur le Grimsel et le Rhône naissant. Ce versant est le plus photogénique de la Furka — les lacets vus du dessus ressemblent à un dessin d'architecte. C'est aussi le versant par lequel l'Aston Martin DB5 de James Bond descendait dans Goldfinger.
04La montée depuis Realp — les quatre actes
Les sept premiers kilomètres depuis Realp remontent la haute vallée de la Reuss dans un décor encore pastoral — prairies alpines, chalets en bois sombres typiques d'Uri, forêts d'épicéas sur les versants. La pente est modérée, entre 4 et 6%, et le cadre invite à la contemplation plus qu'à l'effort. C'est exactement le piège de la Furka depuis l'est : la douceur apparente de la partie basse ne prépare pas aux 1 100 mètres de dénivelé qui restent dans les 17 kilomètres suivants. Le Mittagsgüpfi et les premières crêtes des Alpes Uranaises se profilent au loin, encore lointaines, encore rassurantes. Elles ne le resteront pas longtemps.
À partir du km 7, la route quitte le fond de vallée et commence à gagner de l'altitude en lacets plus marqués. La pente monte régulièrement vers 7-8%, la végétation change — les épicéas laissent place aux mélèzes, puis aux alpages à ras de terre. Cette section est celle où les jambes commencent à enregistrer l'effort accumulé, surtout si la Furka est précédée ou suivie du Gotthard ou du Grimsel dans la même journée — ce que les cyclotouristes ambitieux tentent régulièrement dans la région. Les vues sur la vallée d'Andermatt et de la Reuss s'ouvrent progressivement vers le bas, avec les crêtes du Gothard en toile de fond.
Au-dessus de 1 800 mètres, la Furka révèle son caractère véritable. La végétation disparaît presque entièrement, laissant place à la roche, aux éboulis et aux névés. Les lacets se resserrent et les pentes atteignent 9-10% dans les passages les plus raides. Le glacier du Rhône apparaît pour la première fois en surplomb au-dessus de la route — une masse de glace bleue et blanche suspendue dans le paysage, anachronique et magnifique à la fois. En juillet, des plaques de neige bordent encore la chaussée. Le vent froid des cimes s'installe définitivement. Ce sont les kilomètres que les coureurs du Tour de Suisse et du Giro négocient avec le plus grand soin tactique.
Les quatre derniers kilomètres sont les lacets mythiques de la Furka — ceux qui apparaissent dans toutes les photos et tous les films, vus du dessus comme une succession de courbes impeccables tracées dans la roche grise. C'est exactement ici que se déroulait la scène de Goldfinger en 1964 : la route en lacets au-dessus du glacier, l'Aston Martin DB5 argentée, la Rolls-Royce de Goldfinger. La pente reste sévère jusqu'au bout — 8-9% dans les derniers hectomètres — dans un décor de silence et de minéral absolu. Le sommet arrive de façon presque abrupte, marqué par quelques bâtiments d'altitude et la vue immédiate sur le glacier du Rhône en contrebas côté ouest. À 2 429 mètres, on est au-dessus de presque tout dans les Alpes centrales suisses.
05James Bond, le glacier et le train à vapeur — trois symboles d'un col unique
Le film Goldfinger, troisième opus de la saga James Bond avec Sean Connery, s'ouvre sur une scène de poursuite automobile sur la route de la Furka. L'Aston Martin DB5 argentée de 007 descend les lacets du versant ouest au-dessus du glacier du Rhône, suivie par la Rolls-Royce Silver Ghost de l'antagoniste Auric Goldfinger. Cette scène — tournée sur place en 1963 pour une sortie en 1964 — est devenue l'une des images les plus reproduites du col dans l'imaginaire populaire mondial. Des millions de spectateurs qui n'ont jamais entendu parler du Tour de Suisse ou du Giro d'Italia connaissent la Furka grâce à Bond. Aujourd'hui, des panneaux touristiques signalent les lieux de tournage sur la route du col.
Le glacier du Rhône, qui surplombe la route entre Gletsch et le sommet, est l'autre attraction majeure — et un sujet d'inquiétude croissante. La langue glaciaire recule depuis le milieu du XIXe siècle, mais le rythme s'est accéléré drastiquement depuis les années 1980. Depuis la fin du XXe siècle, le glacier perd chaque année plusieurs dizaines de mètres en longueur et plusieurs mètres en épaisseur. Des bâches blanches sont installées chaque été sur certaines portions pour ralentir la fonte. Il donne toujours naissance au Rhône — à quelques centaines de mètres sous le col, les premières eaux du fleuve jaillissent d'une grotte de glace aménagée pour les visiteurs.
Troisième symbole : le Dampfbahn Furka-Bergstrecke — le train à vapeur de la Furka. Une ligne ferroviaire de montagne à voie étroite, construite au début du XXe siècle, abandonnée en 1981 au profit du tunnel ferroviaire Furka, puis entièrement restaurée par des bénévoles passionnés entre 1985 et 2010. Ce train à vapeur vintage relie aujourd'hui Realp à Gletsch en saison estivale, longeant les lacets de la route et surplombant le glacier. Une curiosité ferroviaire et patrimoniale sans équivalent dans les Alpes.
06La Furka dans les grandes courses — Tour de Suisse, Giro, et les classiques suisses
07Les particularités — ce qui rend la Furka unique
08Palmarès — les noms gravés dans la roche de la Reuss
« La Furka, c'est la Suisse qui ne plaisante pas. Le décor est magnifique jusqu'à 1 800 mètres. Au-dessus, la montagne reprend ses droits. »
— Formule de cyclotouriste régulier, à Realp, après sa troisième ascension du col. Elle résume ce que les chiffres ne disent pas : la Furka est un col à deux visages, et c'est le second qui compte vraiment.
