Col de la Furka · 2 429 m · Uri · Valais · Réalp · Gletsch · Glacier du Rhône Col de la
Furka
Glacier du Rhône · Suisse
· Goldfinger · Route Alpine ·
2 429 mètres d'altitude. Pas le col le plus célèbre des Alpes, mais l'un des plus spectaculaires. La route serpente entre Uri et le Valais, dominant le glacier du Rhône qui recule année après année. James Bond l'a traversé en Aston Martin dans Goldfinger en 1964. Les cyclistes y grimpent depuis un siècle pour le panorama glaciaire et les lacets qui semblent monter à l'infini. La Furka est le col qui ne se raconte pas — il se vit, à 2 429 mètres, dans le silence alpin.
01Le col qui relie Uri et Valais par le glacier
La Furka n'est pas un col comme les autres. À 2 429 mètres d'altitude, il relie le canton d'Uri à l'est (vallée d'Urseren, village de Réalp) au Valais à l'ouest (Gletsch, au pied du glacier du Rhône). C'est une route alpine historique, ouverte en 1867, qui traverse des paysages lunaires où la roche nue domine, où les névés persistent même en août, où l'on se sent plus proche de l'Islande que de la Suisse touristique. Le glacier du Rhône est visible depuis la route — immense langue de glace qui alimente le fleuve éponyme, mais qui recule dramatiquement depuis le XIXe siècle. En 1850, le glacier descendait jusqu'à Gletsch. Aujourd'hui, il est à plus d'un kilomètre en retrait. La Furka est un col qui raconte l'histoire géologique des Alpes, et leur avenir incertain.
Ce qui distingue la Furka des autres cols suisses, c'est son caractère sauvage et son isolement relatif. Contrairement au Simplon ou au Grand-Saint-Bernard, la Furka ne voit pas de flux continu de camions — elle est fermée l'hiver (généralement d'octobre à juin), la route est étroite par endroits, et elle mène... nulle part de stratégique. On y va pour le col lui-même, pas pour passer d'un point A à un point B économiquement pertinent. Les cyclistes le savent : la Furka se mérite, et elle ne pardonne pas les départs trop rapides. Les deux versants sont longs, réguliers, implacables. Pas de section de repos, pas de faux plat descendant pour souffler. On monte, et on monte, jusqu'à ce que le paysage devienne minéral et que l'air se raréfie.
La Furka est le col alpin par excellence — hauteur, isolement, paysages glaciaires, route historique, fermeture hivernale. C'est l'un des plus beaux cols de Suisse, et l'un des plus exigeants pour les jambes. Si vous ne devez en faire qu'un dans les Alpes suisses centrales, c'est celui-ci. Goldfinger l'a immortalisé, les cyclistes l'adorent, et le glacier du Rhône rappelle à chacun que les Alpes changent sous nos yeux.
02Deux versants — deux caractères
La Furka se franchit par deux versants très différents. Depuis Réalp (Uri) à l'est, c'est une montée longue et progressive — 16 kilomètres à 7,2% de moyenne, départ depuis Andermatt à 1 440 m pour atteindre 2 429 m. La route traverse d'abord des alpages verts, puis monte par lacets réguliers dans un paysage qui devient de plus en plus minéral. La section haute au-dessus de 2 200 m est spectaculaire : vue sur les sommets des Alpes uranaises, sensation de bout du monde. Depuis Gletsch (Valais) à l'ouest, c'est une montée plus courte mais plus raide — 9 kilomètres à 9% de moyenne, départ à 1 750 m (déjà en altitude). La route grimpe rapidement, offrant des vues plongeantes sur le glacier du Rhône en contrebas. C'est le versant favori des cyclistes qui veulent un effort intense et bref.
03Les deux versants en détail
Versant Est — Depuis Réalp (Uri) La Montée Uranaise Hors Catégorie
Le versant est depuis Réalp (ou Andermatt, 5 km avant) est le plus long et le plus utilisé. On part de la vallée d'Urseren à 1 440 mètres (Andermatt) pour grimper jusqu'à 2 429 mètres — soit près de 1 000 mètres de dénivelé depuis Andermatt, 1 150 depuis Réalp. La première moitié traverse des alpages typiques du canton d'Uri — prairies vertes, chalets en bois, vaches avec cloches. Puis la végétation disparaît progressivement. Au-dessus de 2 000 mètres, on entre dans un monde minéral où seuls subsistent des lichens et des névés. La route serpente par lacets réguliers, jamais violents, mais implacables. Le sommet à 2 429 mètres offre une vue à 360° sur les Alpes uranaises, valaisannes et bernoises. Par temps clair, on aperçoit le Finsteraarhorn (4 274 m) au nord.
Versant Ouest — Depuis Gletsch (Valais) Le Versant du Glacier Hors Catégorie
Le versant ouest depuis Gletsch est plus court mais plus raide. 9 kilomètres à 9% de moyenne — c'est un effort intense, sans section de récupération. Le départ se fait à Gletsch (1 750 m), village minuscule au pied du glacier du Rhône, carrefour entre la Furka, le Grimsel et le tunnel de la Furka. La route monte rapidement par lacets serrés, offrant des vues spectaculaires sur le glacier en contrebas. On voit très bien la langue glaciaire, les moraines, et la grotte de glace creusée chaque été dans le glacier (attraction touristique). La pente ne faiblit jamais — elle oscille entre 8 et 9% jusqu'au sommet. C'est le versant préféré des grimpeurs qui aiment les montées courtes et intenses, et qui veulent voir le glacier du Rhône de près. Le panorama au sommet est identique au versant est, mais l'effort pour y parvenir est plus violent.
041964 — Goldfinger et l'Aston Martin DB5
En 1964, la production du troisième film de James Bond, Goldfinger, choisit la route de la Furka pour l'une des scènes de poursuite automobile les plus iconiques de la saga. Sean Connery (James Bond) roule en Aston Martin DB5 argentée sur les lacets vertigineux du col, poursuivi par les sbires d'Auric Goldfinger. La scène est tournée sur le versant est (Uri), avec en arrière-plan les sommets enneigés des Alpes suisses.
L'impact est immédiat. La Furka devient instantanément un lieu de pèlerinage pour les fans de Bond et les amateurs d'automobiles de collection. Pendant des décennies, les propriétaires d'Aston Martin DB5 viennent refaire la scène sur les mêmes lacets. Le col acquiert une dimension mythique qui dépasse largement le cyclisme — c'est désormais un symbole de l'élégance automobile et du cinéma d'espionnage des années 1960.
Aujourd'hui encore, la Furka est souvent appelée "le col de Goldfinger" par les cinéphiles. Des panneaux touristiques rappellent le tournage, et chaque été, on croise des Aston Martin qui montent au col pour l'hommage photographique obligatoire. Bond a immortalisé la Furka. Les cyclistes en profitent.
05Histoire de la route — 1867 à aujourd'hui
06Le Tour de Suisse et la Furka
La Furka n'a jamais accueilli le Tour de France — la géographie ne s'y prête pas, et les organisateurs français privilégient les cols franco-suisses comme le Grand-Saint-Bernard ou le col des Mosses. En revanche, le Tour de Suisse intègre régulièrement la Furka dans ses étapes de montagne les plus sélectives. Le col est un terrain de jeu idéal pour les grimpeurs : altitude élevée (2 429 m), pentes régulières, arrivée au sommet spectaculaire.
Les passages mémorables incluent des arrivées au sommet où les coureurs affrontent l'altitude et le froid même en juin. La Furka fait le tri dans le peloton du Tour de Suisse — ceux qui ne sont pas à l'aise au-dessus de 2 000 mètres perdent du temps rapidement. Le col est également utilisé en début d'étape comme mise en jambes avant d'autres ascensions (Grimsel, Nufenen). C'est un incontournable du cyclisme suisse professionnel.
07Les records — ce qui fait la réputation de la Furka
08Palmarès — les vainqueurs au sommet de la Furka
« La Furka n'est pas le col le plus dur des Alpes. Mais c'est peut-être le plus beau. Quand on arrive au sommet à 2 429 mètres et qu'on voit le glacier du Rhône en contrebas, les sommets à l'infini, et qu'on réalise qu'on est au milieu de nulle part — là, on comprend pourquoi on fait du vélo. »
— Ce que disent les cyclistes qui reviennent de la Furka
