Col de l'Iseran · 2 770 m · Savoie · Val-d'Isère · Bonneval-sur-Arc Col de
l'Iseran
des Alpes françaises
· Record absolu ·
2 764 mètres. Le point le plus haut que peut atteindre une route goudronnée dans les Alpes françaises. Entre la Tarentaise et la Maurienne, l'Iseran n'est pas le col le plus long ni le plus pentu — c'est le plus haut, et ça change tout. À cette altitude, l'air contient près de 30% d'oxygène en moins. Le Tour de France n'y est monté qu'une poignée de fois en 86 ans d'histoire — et chaque fois, l'Iseran a tout décidé.
01Le plus haut de tous — et le plus rare
Deux mille sept cent soixante-dix mètres. C'est le chiffre qui résume tout sur l'Iseran. Le Galibier culmine à 2 642 m — le Galibier, déjà considéré comme le toit du Tour. L'Iseran le dépasse de 122 mètres. Ce n'est pas un détail. À cette altitude, chaque mètre supplémentaire représente une raréfaction de l'air que les capteurs de puissance ne mesurent pas — une souffrance musculaire et respiratoire d'une nature différente. Le corps fonctionne dans une atmosphère appauvrie depuis plusieurs heures de course. L'Iseran ne fait pas que monter haut — il écrase.
Ce qui distingue l'Iseran de tous les autres cols de cette série, c'est aussi sa rareté absolue au Tour de France. Quand l'Alpe d'Huez s'est hissée plus de trente fois au programme de la Grande Boucle, quand le Tourmalet y revient presque chaque été depuis 1910, l'Iseran n'a été emprunté par le Tour qu'une poignée de fois en plus de 80 ans — en 1938, 1939, 1963, 1992, et 2019. Chaque passage est un événement. Chaque passage a marqué son édition de façon indélébile.
L'Iseran est le col des grandes occasions. On ne l'inclut pas dans un Tour pour meubler — on l'inclut pour trancher. Sa rareté même lui confère une dimension particulière : les coureurs qui l'affrontent savent qu'ils sont sur quelque chose d'exceptionnel. Et le public aussi. Quand l'Iseran est au programme, le Tour est sérieux.
02Deux versants — deux accès vers le toit des Alpes
Versant Nord — Depuis Val-d'Isère Le Versant Tour Hors Catégorie
Le versant nord part de Val-d'Isère, déjà à 1 810 mètres d'altitude — une des stations de ski les plus hautes d'Europe. La particularité est immédiate : on commence la montée de l'Iseran sans avoir quitté l'altitude. La pente est régulière, entre 7 et 8% sur l'essentiel de l'ascension, avec quelques passages à 10-12% dans la partie haute. La végétation disparaît rapidement — à partir de 2 200 mètres, c'est le désert minéral, les glaciers visibles en surplomb, le vent qui arrive sans obstacle depuis les crêtes. Le versant nord est le plus utilisé au Tour de France, car il s'enchaîne naturellement depuis les étapes de Tarentaise.
Versant Sud — Depuis Bonneval-sur-Arc La Montée Sauvage Hors Catégorie
Le versant sud depuis Bonneval-sur-Arc est le plus long et le plus sauvage. La route remonte la vallée de l'Arc à travers un paysage de haute montagne préservé, loin de toute station de ski, dans un environnement qui n'a quasiment pas changé depuis un siècle. Bonneval-sur-Arc est l'un des plus beaux villages de montagne de France — classé et protégé. Le versant sud de l'Iseran offre des vues exceptionnelles sur le Parc national de la Vanoise et sur les glaciers environnants. Moins utilisé au Tour, mais le plus beau des deux à parcourir.
03Les passages qui font la course
La sortie de Val-d'Isère donne une fausse impression de facilité. La pente est raisonnable, le paysage encore familier des stations alpines. Mais les coureurs sont déjà à 1 810 mètres — leur organisme se prépare à une raréfaction de l'air encore plus sévère dans les kilomètres à venir. Les équipiers ont tendance à imposer une allure élevée ici pour trier la course avant les lacets supérieurs. Erreur classique : partir trop vite dans cette section pour payer très cher au-dessus de 2 400 mètres.
C'est dans les 5 derniers kilomètres que l'Iseran révèle sa vraie nature. Au-dessus de 2 400 mètres, le manque d'oxygène devient perceptible même pour les meilleurs grimpeurs du monde. La fréquence respiratoire augmente, la puissance chute, les écarts se creusent à une vitesse déconcertante. Les coureurs qui arrivent là en bonne condition physique et avec une bonne gestion d'allure ont un avantage considérable sur ceux qui ont sur-forcé en vallée. L'Iseran récompense la patience et punit l'impatience.
Le sommet de l'Iseran offre un panorama de haute montagne absolument dépouillé — rochers, neige, ciel, et rien d't autre. La Chapelle Notre-Dame-de-Toute-Prudence, construite en 1939 juste après le premier passage du Tour, marque le point culminant. Par temps clair, la vue s'étend sur le Parc national de la Vanoise, les glaciers de la Vanoise, et par temps exceptionnel jusqu'au Mont-Blanc. À cette altitude, même en juillet, la température peut tomber sous zéro. Les organisateurs du Tour planifient toujours un plan B météo pour l'Iseran.
041938 — La naissance et 2019 — Le coup de théâtre
En 1938, le Tour de France emprunte l'Iseran pour la première fois — et immédiatement, le col fait parler. Le Belge Félicien Vervaecke passe en tête au sommet lors d'une étape qui traverse les Alpes dans leur partie la plus haute. C'est une première mondiale pour une épreuve cycliste : franchir une route à 2 770 mètres. La presse de l'époque parle d'exploit inhumain.
En 2019, l'Iseran revient au Tour après 27 ans d'absence. Et offre l'une des scènes les plus dramatiques de l'histoire moderne de la Grande Boucle : Egan Bernal (🇨🇴) passe en tête au sommet de l'Iseran avec une avance décisive — et l'étape est arrêtée peu après pour cause de glissements de terrain sur la descente dus aux intempéries. Bernal hérite du maillot jaune virtuel qui devient réel. Il remporte le Tour à 22 ans. L'Iseran avait tout décidé.
05L'Iseran au Tour — les passages qui ont compté
06Les records — l'altitude comme donnée absolue
07Palmarès — les passages au sommet
« L'Iseran ne pardonne pas les erreurs tactiques. Quand on arrive là-haut en manque d'oxygène, il n'y a plus personne pour vous aider. Ni coéquipier, ni foule. Juste le vent, les rochers et les 2 770 mètres. »
— La réalité de l'Iseran résumée par ceux qui l'ont gravi en courseVous préparez l'ascension à vélo ? Profil km par km, pentes, ravitaillement, accès, où dormir — Guide cycliste complet du Col de l'Iseran →
