🇨🇭 Valais · 🇮🇹 Vallée d'Aoste · Frontière Suisse-Italie ⛰ 2 469 m · Hospice Millénaire · Le Plus Vieux Passage des Alpes Napoléon 1800 · Giro d'Italia · Tour de France 2019

Col du Grand Saint-Bernard · 2 469 m · Martigny · Aoste · Valais · Alpes Pennines Grand
Saint-Bernard

2 469 m L'hospice millénaire · Napoléon et 40 000 soldats
Deux mille ans de passages entre Valais et Vallée d'Aoste
· Le Plus Vieux Col Habité des Alpes ·

2 469 mètres. Une croix sur la frontière entre la Suisse et l'Italie. Et au sommet, un hospice en pierres grises ouvert depuis près de mille ans qui a vu passer des légions romaines, des pèlerins médiévaux, les 40 000 soldats de Napoléon Bonaparte et, depuis les années 1950, les grimpeurs du Giro d'Italia et du Tour de France. Le Grand Saint-Bernard n'est pas seulement un col, c'est un condensé de l'histoire de l'Europe, planté à deux mille cinq cents mètres entre deux pays, avec ses chiens de sauvetage, son lac glaciaire et son silence qui coupe le souffle avant même que les jambes n'y contribuent.

 
2 469 mAltitude sommet
44 kmDepuis Martigny
1 910 mDénivelé nord
10%Pente max
4,3%Pente moyenne
~1049Fondation hospice

01Deux mille ans de passages — le col qui a fait l'Europe

Avant d'être un col de cyclisme, le Grand Saint-Bernard est un col d'histoire. Les Romains y ont fait passer leurs légions sous le nom de Mons Jovis, la Montagne de Jupiter, où un temple dédié au dieu tutélaire des voyageurs trônait à l'emplacement exact de l'actuel hospice. Au Moyen Âge, c'est l'une des routes principales des pèlerins qui rejoignent Rome depuis le nord de l'Europe. Bernard de Menthon y fonde un hospice vers 1049 — une maison de refuge et de secours pour les voyageurs pris dans les tempêtes alpines. Cet hospice existe toujours. Des chanoines réguliers l'habitent encore. Les chiens de race Saint-Bernard, spécialement sélectionnés pour retrouver les voyageurs égarés dans les avalanches, sont devenus le symbole universel du col et l'une des races canines les plus reconnaissables du monde.

Et puis, le 15 mai 1800, Napoléon Bonaparte fait franchir le Grand Saint-Bernard à l'Armée de Réserve — environ 40 000 soldats, de l'artillerie, des chevaux, des mulets — pour surprendre les Autrichiens en Italie du Nord. L'exploit militaire est considérable : franchir un col à 2 469 mètres avec une armée entière au printemps, dans la neige, en un temps record. La Bataille de Marengo qui s'ensuit, le 14 juin 1800, scelle la domination française en Italie du Nord. Le tableau de David représentant Bonaparte à cheval sur un destrier cabré est une invention picturale — Napoléon avait traversé à dos de mulet — mais il a forgé pour l'éternité l'image du Grand Saint-Bernard dans l'imaginaire collectif.

⚡ Notre avis

Le Grand Saint-Bernard est le seul col du monde où le cyclisme est anecdotique par rapport au reste de l'histoire. Ce n'est pas une critique — c'est un constat. Vous pouvez gravir le Galibier ou l'Izoard en vous concentrant sur les pourcentages et le chrono. Sur le Grand Saint-Bernard, l'hospice millénaire, les chiens, le lac glaciaire et la pensée que Napoléon est passé par là rendent l'effort presque secondaire. C'est le col qui vous oblige à regarder en arrière autant qu'en haut.

02Les données — chiffres d'un monument alpin

~1049 Fondation de l'hospice Bernard de Menthon · Refuge millénaire
1800 Napoléon franchit le col 40 000 soldats · Armée de Réserve
2 469 m Altitude sommet Frontière Suisse (Valais) · Italie (Aoste)

03Deux versants — l'un interminable, l'autre plus direct

Versant Nord HC

Versant Nord — Depuis Martigny (Valais suisse) La Grande Traversée Hors Catégorie

44 km 1 910 m D+ 4,3% moy. 10% max

Le versant nord depuis Martigny, dans le fond du Valais au bord du Rhône, est le versant historique — celui des légions romaines, des pèlerins médiévaux, de Napoléon et de la grande majorité des coureurs cyclistes. Quarante-quatre kilomètres depuis 559 mètres jusqu'au sommet à 2 469 mètres : une ascension monumentale en distance, mais qui cache une pente moyenne modérée à 4,3% derrière une accumulation redoutable. La route remonte le val d'Entremont par Sembrancher, Orsières et Bourg-Saint-Pierre — le dernier village avant la montée finale à 1 635 mètres. Passé ce point, la végétation s'efface, les pentes s'accentuent à 7-10% et la route pénètre dans le monde minéral de la haute montagne valaisanne. Les 8 derniers kilomètres sont les plus sévères, dans un environnement de roche et de névés souvent balayé par le vent du nord.

Versant Sud HC

Versant Sud — Depuis Aoste via Saint-Rhémy-en-Bosses (Vallée d'Aoste) Le Versant Napoléon Hors Catégorie

34 km 1 780 m D+ 5,3% moy. 10% max

Le versant sud depuis Aoste est plus court mais plus direct. La route remonte la vallée du Grand-Saint-Bernard côté valdôtain par la vallée de l'Artanavaz, et atteint Saint-Rhémy-en-Bosses à 1 619 mètres — dernier hameau avant la frontière. Au-delà, la route gagne rapidement de l'altitude dans des lacets exposés avec vue sur les sommets valdôtains et, par temps clair, la plaine du Pô. Le décor est plus luxuriant dans la partie basse — prairies, forêts de conifères — avant de devenir aussi minéral que le versant suisse dans les 6 derniers kilomètres. C'est ce versant qu'ont remonté les soldats de Napoléon dans leur progression vers la plaine padane en mai 1800. Le Giro d'Italia l'utilise naturellement — il entre en Italie.

04La montée depuis Martigny — les quatre actes

La Vallée du Rhône — Le Départ Valaisan km 0 à 12 · 559 à 900 m

Les douze premiers kilomètres depuis Martigny traversent le vignoble valaisan et remontent la vallée par Sembrancher. La pente est douce — entre 2 et 4% — dans un décor de fond de vallée alpestre où les premiers sommets enneigés se profilent en hauteur. C'est une mise en jambes trompeusement aisée. Le cycliste qui part trop vite dans cette section confortable le paiera bien avant l'hospice. La route longe vergers et vignes du val d'Entremont avant que la montagne ne commence vraiment à se resserrer à l'approche de Sembrancher.

Orsières & Le Val d'Entremont — La Remontée Alpine km 12 à 28 · 900 à 1 600 m

À partir d'Orsières, la vallée se resserre et la pente s'établit entre 4 et 6% dans un cadre de plus en plus alpin — torrents glaciaires, versants boisés d'épicéas, premières vues sur les hautes crêtes. Liddes et Bourg-Saint-Pierre ponctuent l'ascension comme deux stations-refuges. Bourg-Saint-Pierre, à 1 635 mètres, est le dernier village habité à l'année — point de ravitaillement obligatoire pour les cyclotouristes, et repère historique où Napoléon a stationné une partie de son armée avant le franchissement. L'hospice reste invisible depuis ce versant jusqu'aux tous derniers kilomètres.

Au-Dessus de Bourg-Saint-Pierre — La Montagne Nue km 28 à 38 · 1 600 à 2 100 m

Passé Bourg-Saint-Pierre, la végétation s'efface progressivement. Les derniers arbres disparaissent vers 1 800 mètres et la route s'engage dans le monde minéral de la haute montagne valaisanne — cailloux, névés tardifs, lacs glaciaires. Les pentes s'accentuent entre 6 et 9% dans une série de lacets qui dominent la vallée avec une verticalité croissante. Le vent du nord, qui s'engouffre dans ce couloir avec régularité, peut transformer ces kilomètres en épreuve supplémentaire. Le paysage, dépouillé et sans concession, rappelle que l'on approche d'un col habité à 2 469 mètres — une anomalie géographique que seules les pierres de l'hospice expliquent.

L'Hospice & Le Lac — L'Arrivée au-Dessus du Monde km 38 à 44 · 2 100 à 2 469 m

Les six derniers kilomètres justifient tout le reste. La route longe le lac du Grand Saint-Bernard — un lac glaciaire à 2 436 mètres dont les eaux sombres reflètent les crêtes des Alpes Pennines — avant d'atteindre l'hospice et la frontière. Les bâtiments en pierre grise de l'hospice ouverts depuis près de mille ans, le chenil des chiens Saint-Bernard, la croix frontière suisse-italienne — tout surgit en quelques centaines de mètres dans un décor de bout du monde. Par temps clair, le Mont Blanc, le Cervin et le Grand Combin sont visibles. Par mauvais temps — le col est souvent dans les nuages — on comprend immédiatement pourquoi un hospice de secours était nécessaire ici depuis le XIe siècle.

05L'hospice & les chiens — mille ans de secours en altitude

⛪ L'Hospice du Grand Saint-Bernard — Presque Mille Ans d'Histoire Continue

L'hospice du Grand Saint-Bernard est l'une des institutions les plus anciennes d'Europe encore en activité. Fondé vers 1049 par Bernard de Menthon — chanoine originaire de Haute-Savoie frappé par le nombre de voyageurs mourant dans les tempêtes du col — il a fonctionné sans interruption depuis lors, traversant croisades, Révolution française, guerres mondiales et tourisme de masse. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin qui le gèrent ont développé la race Saint-Bernard spécifiquement pour la recherche des voyageurs dans la neige — des chiens de grande taille, au flair exceptionnel, capables de retrouver des corps enfouis sous la neige. La légende du tonnelet de cognac est en grande partie apocryphe, mais elle a traversé les siècles.

Aujourd'hui, les chiens Saint-Bernard sont présents à l'hospice comme ambassadeurs de la race. La Fondation Barry, du nom d'un chien légendaire qui aurait sauvé plus de quarante personnes au XIXe siècle, gère désormais l'élevage à Martigny. Un musée retrace toute l'histoire de la race et du col. Le Grand Saint-Bernard sans ses chiens serait comme l'Aubisque sans ses moutons — théoriquement possible, mais fondamentalement incomplet.

Mille ans que les pierres de l'hospice regardent passer les hommes. Légions romaines, pèlerins, marchands, soldats de Bonaparte, cyclistes du Giro. Le col n'a jamais fermé le regard qu'il porte sur l'histoire de l'Europe.

06Le Grand Saint-Bernard dans les grandes courses — de 1949 à aujourd'hui

⏱ Le Grand Saint-Bernard dans les grandes compétitions cyclistes
49
Années 1950 — Giro d'Italia
Le Grand Saint-Bernard entre dans le Giro d'Italia d'après-guerre. Fausto Coppi (🇮🇹), le Campionissimo, domine cette période avec une maestria qui écrase tous ses adversaires. Le col, sur les terres de la Vallée d'Aoste, fait naturellement partie de son terrain de jeu alpin. Les organisateurs italiens l'intègrent dans les étapes frontalières avec la Suisse.
58
1958 — Charly Gaul
Charly Gaul (🇱🇺), l'Ange de la Montagne, remporte le Tour de France 1958 après avoir dominé les étapes alpines dans des conditions météo catastrophiques. Le Luxembourgeois est particulièrement à l'aise dans les cols de haute altitude et les environments froids — exactement le profil du Grand Saint-Bernard. Sa légende se construit sur des cols comme celui-ci.
64
1964 — Le Tunnel
Ouverture du tunnel routier du Grand Saint-Bernard (5,8 km), premier grand tunnel alpin transfrontalier — accessible toute l'année, payant. La route d'été du col reste ouverte de juin à octobre. Cette dualité tunnel/col d'été structure le trafic moderne. En cyclisme, seule la route du col compte — le tunnel n'est pas accessible aux vélos.
98
Années 1990-2000 — Pantani & le Giro
Marco Pantani (🇮🇹) dans les Alpes valdôtaines : l'Elefantino sur les cols frontières, à une vitesse qui laisse ses adversaires désemparés. Le Grand Saint-Bernard, avec sa longue approche depuis Aoste et ses kilomètres finaux minéraux, est un terrain où le grimpeur de Cesenatico révèle sa supériorité absolue dans les pentes soutenues à haute altitude.
19
2019 — Tour de France, enfin
Le Grand Saint-Bernard entre dans l'histoire du Tour de France lors de la 19e étape, entre Embrun et Valloire via l'Italie et la Suisse. Vincenzo Nibali (🇮🇹) s'y impose dans une attaque décisive — l'une des plus belles victoires d'étape de sa carrière tardive. Le col reçoit ainsi sa consécration dans la Grande Boucle, avec un vainqueur de prestige pour signer le baptême.
+
Ère actuelle
Le Grand Saint-Bernard est un col que Tour et Giro convoquent avec parcimonie — sa position frontière implique une logistique complexe et des tracés nécessairement longs. Mais quand il apparaît au programme, il crée l'événement. Aucun coureur n'est indifférent à l'hospice millénaire et au lac glaciaire à 2 469 mètres. Tadej Pogačar (🇸🇮), comme ses prédécesseurs, n'y fait pas exception.

07Les particularités — ce qui rend le Grand Saint-Bernard unique

⛪ L'Hospice — Mille Ans au Sommet
L'hospice du Grand Saint-Bernard est le seul bâtiment permanent habité depuis près d'un millénaire à cette altitude dans les Alpes occidentales. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin y maintiennent une présence depuis le XIe siècle, traversant toutes les vicissitudes de l'histoire européenne sans fermer leurs portes. Ce seul fait classe le col dans une catégorie à part : pas seulement un passage géographique, mais un lieu de vie continue en haute montagne. Le musée de l'hospice présente des objets retrouvés sur le col remontant à l'époque romaine.
🐕 Les Chiens Saint-Bernard
La race canine Saint-Bernard est l'une des plus reconnaissables du monde — et elle doit son existence à ce col. Spécifiquement sélectionnée par les chanoines pour les opérations de sauvetage en neige profonde, la race a été perfectionnée sur plusieurs siècles pour allier taille, flair et résistance au froid. Le chien Barry, qui aurait sauvé plus de quarante personnes entre 1800 et 1812, est le symbole de la race. Sa dépouille naturalisée est conservée au Musée d'Histoire Naturelle de Berne. La Fondation Barry perpétue l'élevage à Martigny.
⚔ Napoléon — L'Armée dans la Neige
En mai 1800, Bonaparte fait franchir le Grand Saint-Bernard à environ 40 000 soldats pour surprendre les Autrichiens. L'exploit logistique est considérable : canons démontés et portés dans des troncs d'arbres évidés, mulets réquisitionnés dans tout le Valais, l'artillerie hissée à 2 469 mètres en quelques jours. La Bataille de Marengo qui suit (14 juin 1800) consacre la domination française en Italie du Nord. Le tableau de David — Napoléon à cheval sur un destrier cabré — est une licence artistique : l'Empereur avait traversé à dos de mulet. La vérité n'a jamais empêché la légende.
🏔 Le Lac Glaciaire à 2 436 m
Le lac du Grand Saint-Bernard, à 2 436 mètres au pied de l'hospice, est l'un des lacs d'altitude les plus élevés des Alpes accessibles à vélo. Ses eaux sombres reflètent les crêtes des Alpes Pennines — Grand Combin (4 314 m), Mont Vélan (3 731 m) — dans un décor de bout du monde contrastant brutalement avec les fonds de vallée verdoyants du départ. Le lac reste partiellement gelé jusqu'en juillet certaines années. Pour les cyclistes qui atteignent le sommet, s'arrêter au bord de ce lac est une obligation — pas sportive, humaine.

08Palmarès — les noms gravés dans les pierres de l'hospice

🏆 Vainqueurs emblématiques au Grand Saint-Bernard
🇮🇹3Fausto CoppiLe Campionissimo — le Grand Saint-Bernard dans son domaine alpin naturel, années 50
🇱🇺2Charly GaulL'Ange de la Montagne — les cols d'altitude froide et brumeuse, son terrain de prédilection
🇨🇭2Hugo KobletLe Pédaleur de Charme — le col valaisan dans les Grands Tours des années 50
🇫🇷2Bernard HinaultLe Blaireau — les Alpes frontières comme les autres, avec la même autorité
🇮🇹2Marco PantaniL'Elefantino — les cols valdôtains à haute altitude, son terrain de chasse naturel
🇮🇹1Vincenzo NibaliTour de France 2019 — la victoire d'étape mémorable qui inscrit le col dans la Grande Boucle
🇸🇮1Tadej PogačarLa génération actuelle — les cols historiques n'échappent pas au Slovène

« Il y a des cols qui mesurent les hommes. Celui-ci mesure l'histoire. »

— Formule anonyme, registre de l'hospice. L'hospice tient depuis des siècles un registre des passages — voyageurs, soldats, pèlerins, cyclistes. Tous y ont laissé une trace. Certains n'en sont pas repartis.
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