Col du Nufenen · 2 478 m · Ulrichen · Airolo · Valais · Tessin · Alpes Lépontines Col du
Nufenen
Frontière Valais alémanique · Tessin italophone
· La Route qui n'avait pas de Raison d'Exister ·
2 478 mètres. C'est le plus haut col routier de Suisse — et presque personne ne le sait. Pas de glacier mythique comme à la Furka, pas de Napoléon comme au Grand Saint-Bernard, pas de James Bond. Juste 13 kilomètres depuis Ulrichen à 9,2% de pente moyenne, une route construite en 1969 qui n'avait initialement pas de justification économique, une frontière entre deux mondes — le Valais alémanique et le Tessin italophone — et un silence de haute montagne que les 2 478 mètres d'altitude imposent naturellement. Le Nufenen est le col pour ceux qui cherchent l'essentiel sans le décor.
012 478 m — le toit routier de la Suisse que personne ne cite
Dans la hiérarchie des grands cols alpins suisses, le Nufenen est l'anomalie. Il est le plus haut col routier de Suisse — plus haut que la Furka, plus haut que le Grimsel, plus haut que le Susten, plus haut que le Gotthard. Et pourtant, posez la question à cent cyclistes européens : combien citent spontanément le Nufenen comme toit routier de la Confédération helvétique ? Dix ? Vingt au mieux. Le Nufenen est victime de sa discrétion et de sa jeunesse relative — la route n'a été ouverte qu'en 1969. Pas de siècles de légende, pas de passage napoléonien, pas d'hospice millénaire. Juste la montagne, les pentes, et les 2 478 mètres au sommet d'une route qui, selon ses détracteurs de l'époque, n'avait aucune raison d'être construite.
Ils avaient peut-être raison économiquement. Le Nufenen ne relie pas deux grandes villes, ne désenclave pas une région stratégique, ne remplace pas une voie ferroviaire. Il relie le village d'Ulrichen, dans le Haut-Valais germanophone, à Airolo, au Tessin italophone — deux localités que le tunnel ferroviaire du Gotthard dessert déjà depuis 1882. La route du Nufenen est donc une route de montagne pure, construite pour la montagne elle-même, pour les randonneurs et les cyclotouristes, pour ceux qui veulent franchir les Alpes Lépontines à 2 478 mètres plutôt que de les traverser en dessous. Sur ce terrain-là, elle n'a pas de concurrent en Suisse.
Le Nufenen est le col pour les puristes. Pas de curiosité touristique au sommet, pas de film culte, pas de train à vapeur. Juste 13 kilomètres depuis Ulrichen à 9,2% de moyenne — une montée courte et brutale qui ne pardonne rien, dans un décor de haute montagne minérale à 2 478 mètres. C'est le col suisse qui ressemble le plus à ce que les Alpes sont vraiment quand on enlève le folklore : de la roche, du vent, et de l'altitude. Le grimpeur pur s'y retrouve instantanément.
02Les données — chiffres du toit routier suisse
03La frontière des deux Suisses — un col, deux mondes
04Deux versants — l'un redoutable, l'autre long
Versant Nord — Depuis Ulrichen (Goms, Valais) La Montée Brutale Hors Catégorie
Le versant nord depuis Ulrichen, à 1 340 mètres dans la vallée du Goms, est l'un des versants les plus sévères de tous les grands cols alpins suisses. 13 kilomètres à 9,2% de moyenne, avec des passages à 12-13% dans les sections les plus raides — des chiffres qui classent le Nufenen nord parmi les montées les plus dures de Suisse, devant la Furka, le Grimsel et le Susten en termes de gradient moyen. Pas de faux plat pour souffler, pas de plateau intermédiaire pour récupérer : la pente s'installe dès les premiers kilomètres et ne relâche son emprise que dans les 2 derniers kilomètres sous le sommet. La route est directe, presque rectiligne dans ses intentions — quelques épingles dans la partie haute, mais aucune zone de répit prolongée. Sur ce versant, la tactique cycliste se résume à une seule décision : partir à la bonne allure dès le départ, ou souffrir catastrophiquement dans les 6 derniers kilomètres.
Versant Sud — Depuis Airolo (Tessin) La Montée Tessinoise Hors Catégorie
Le versant sud depuis Airolo, dans la vallée de la Léventine à 1 142 mètres, est très différent du versant nord — plus long, moins brutal, avec un dénivelé total de 1 860 mètres réparti sur 30 kilomètres à 6,2% de moyenne. La route traverse la vallée de Bedretto, une des vallées les plus sauvages et les plus isolées du Tessin — presque sans habitation sur les 25 premiers kilomètres, bordée de forêts de conifères et de torrents de montagne avant de s'engager dans les lacets finaux au-dessus de 2 000 mètres. Ce versant est le préféré des organisateurs du Giro d'Italia pour les étapes qui franchissent les Alpes depuis l'Italie vers la Suisse — une montée longue et progressive depuis la plaine padane qui filtre les coureurs avant le sommet. La vallée de Bedretto est d'une beauté austère et préservée que les circuits touristiques habituels ignorent totalement.
05La montée depuis Ulrichen — les trois actes
Les quatre premiers kilomètres depuis Ulrichen remontent le fond du Goms dans un décor de haute vallée valaisanne — prairies larges, chalets en bois sombre typiques du Haut-Valais, le jeune Rhône qui serpente dans la plaine alluviale avant de devenir le grand fleuve qu'on connaît. La pente s'établit immédiatement entre 8 et 10% — pas d'introduction en douceur sur le versant nord du Nufenen. Le col vous annonce la couleur dès les premiers coups de pédale. Les cyclistes qui partent trop fort dans cette section paient une dette qui s'accumule avec chaque pourcentage franchi. La vue sur le Goms et ses villages typiques s'ouvre rapidement vers le bas, donnant une première mesure de l'altitude déjà gagnée.
Au-dessus de 1 700 mètres, la route quitte les derniers arbres et entre dans les alpages ouverts — une zone d'altitude exposée à tous les vents qui donne au Nufenen son caractère le plus authentique. C'est ici que la pente se maintient sans relâche entre 9 et 12%, dans un décor de haute montagne où aucun obstacle naturel ne protège du vent ni du soleil. Les troupeaux de vaches et de moutons valaisans paissent sur les versants à quelques dizaines de mètres de la route — une présence animale qui contraste avec la sévérité minérale du col. À 2 000 mètres, le paysage bascule vers le minéral, les névés apparaissent en juillet sur les combes nord, et la silhouette du sommet commence à se dessiner dans la ligne de crête. Ces kilomètres-là sont ceux qui font ou défont les ascensions du Nufenen.
Les trois derniers kilomètres sont dans un environnement de haute montagne austère et saisissant — roche nue, absence totale de végétation, vues à 360° sur les crêtes des Alpes Lépontines et, par temps clair, sur les sommets tessinois et les Alpes valaisannes. La pente se détend légèrement dans le final — 7 à 8% — mais les jambes qui ont absorbé les 10 kilomètres précédents à 9-12% ressentent cette accalmie relative comme un mirage. Le sommet est marqué par quelques bâtiments d'altitude sobres, sans l'hospice du Grand Saint-Bernard ni la croix de la Croix de Fer. Juste le col, le vent, et la vue — au nord vers le Valais, au sud vers la vallée de Bedretto et le Tessin. La frontière linguistique de la Suisse passe ici, à 2 478 mètres, dans un silence que seul le vent rompt.
06Une route construite en 1969 — et pourtant indispensable
Le col du Nufenen est, dans la chronologie des grandes routes alpines suisses, un des derniers-nés. La route est inaugurée en 1969 — 105 ans après la Furka, 102 ans après la route carrossable du Gotthard. À l'époque, certains élus valaisans et tessinois s'interrogent sur la pertinence économique d'un col à 2 478 mètres quand le tunnel du Gotthard dessert déjà les mêmes régions. La réponse viendra du tourisme, du cyclisme et de la randonnée — trois activités pour lesquelles une route de col d'altitude est indispensable précisément parce qu'elle reste en surface, dans la montagne, sous le ciel.
La route du Nufenen a été construite en tenant compte de la sévérité du terrain : le versant nord avec ses 9,2% de moyenne est l'un des plus raides parmi les grands cols suisses, le résultat d'un tracé qui ne pouvait pas s'offrir le luxe de contourner les pentes par de longs lacets en raison du terrain accidenté. Ce qui aurait pu être un défaut d'ingénierie est devenu la marque de fabrique du col — la pente est là, assumée, brutale, et les cyclistes qui viennent sur le Nufenen savent exactement ce qui les attend. Il n'y a pas de surprise sur le Nufenen. Juste 13 kilomètres de vérité.
07Le Nufenen dans les courses — Tour de Suisse et Giro d'Italia
08Les particularités — ce qui rend le Nufenen unique
09Palmarès — les noms gravés dans la roche lépontine
« Sur le Nufenen, il n'y a rien pour te distraire de la douleur. Pas de glacier, pas de château, pas de pancarte Bond. Juste la pente et toi. »
— Cyclotouriste tessinois au sommet du Nufenen, résumant avec une précision chirurgicale ce qui distingue ce col de tous ses voisins suisses : l'absence totale de distraction et la pureté brutale de l'effort.
