Col du Simplon · Simplonpass · Passo del Sempione · 2 005 m · Alpes valaisannes · Brigue · Iselle Col du Simplon
Route Napoléon · Hospice
· 1805 · Alpes · Mythique ·
2 005 mètres d'altitude. Le Col du Simplon relie depuis 1805 le canton suisse du Valais à la province italienne du Verbano-Cusio-Ossola. Première grande route carrossable des Alpes voulue par Napoléon Bonaparte, le Simplon est aujourd'hui l'un des cols les mieux aménagés d'Europe — et l'un des rares ouverts toute l'année. Au sommet, l'Hospice des chanoines du Saint-Bernard et l'Aigle de pierre de huit mètres rappellent la dimension historique du lieu. Depuis Brigue ou Iselle, le Simplon se mérite par 22 kilomètres de montée régulière, entre Alpes valaisannes à l'ouest et Alpes lépontines à l'est.
01Le col historique des Alpes suisses
Le Simplon n'est pas un col comme les autres. Pendant que la plupart des cols alpins ferment six mois par an sous la neige, le Simplon reste ouvert toute l'année — ou presque. Première grande route carrossable des Alpes, voulue par Napoléon Bonaparte entre 1801 et 1805 pour faire passer son artillerie vers l'Italie, la route du Simplon est aussi la plus historique des routes alpines. À 2 005 mètres d'altitude, le col relie le canton suisse du Valais (versant nord, côté Brigue) à la province italienne du Verbano-Cusio-Ossola (versant sud, côté Domodossola). C'est la frontière entre les Alpes valaisannes à l'ouest et les Alpes lépontines à l'est.
Ce qui distingue le Simplon des autres grands cols alpins, c'est son histoire millenaire et son aménagement exceptionnel. Avant Napoléon, ce n'était qu'un sentier muletier — emprunté principalement par les contrebandiers et les mercenaires, l'étroite gorge de Gondo (Gondoschlucht) étant considérée infranchissable même par les ingénieurs romains. Au milieu du XVIIe siècle, le négociant de Brigue Kaspar Stockalper bâtit un véritable réseau commercial à travers le col, transportant le sel de Méditerranée à dos de mulet et devenant l'un des hommes les plus riches d'Europe. Le Palais Stockalper à Brigue, plus grand édifice baroque profane de Suisse, témoigne encore de cette époque dorée. Aujourd'hui, le Simplon est considéré comme le col le mieux aménagé de Suisse — ce qui n'empêche pas la montée d'être exigeante : 22 kilomètres de pente régulière à 6-7% de moyenne.
Le Simplon n'a pas l'aura cycliste du Tourmalet ou du Galibier — le Tour de France n'y est jamais allé, le Giro d'Italia n'y passe que rarement. Mais c'est l'un des cols alpins les plus singuliers d'Europe : route impériale façonnée par Napoléon, hospice millenaire, viaduc moderne du Ganter, gorges spectaculaires de Gondo. Le trafic poids lourds important reste son principal handicap pour les cyclistes — mais l'ancienne route empruntée côté nord permet largement d'éviter les camions.
02Deux versants — deux pays
Le Simplon se franchit par deux versants principaux, similaires en distance mais radicalement différents en ambiance. Depuis Brigue (versant nord, suisse), on grimpe 22 kilomètres à environ 6% de moyenne depuis l'altitude 691 m. C'est le versant historique — celui de la route impériale, du viaduc du Ganter et des paysages de prairies valaisannes. Le trafic est important mais l'ancienne route napoléonienne, encore praticable, permet d'éviter une grande partie des camions. Depuis Iselle ou Domodossola (versant sud, italien), la montée est plus longue si l'on part de la plaine du Pô : 64 km depuis Stresa sur le lac Majeur, 41 km depuis Domodossola. Mais en partant d'Iselle (633 m), on retrouve une distance comparable au versant suisse : 22 kilomètres à 6,2% de moyenne, dont la célèbre traversée des gorges de Gondo, encadrées de parois de granit.
03Les deux versants en détail
Versant Nord — Depuis Brigue (Valais, Suisse) Le Versant Napoléon Hors Catégorie
Le versant nord depuis Brigue (691 m d'altitude) est le plus célèbre et le plus emprunté par les cyclistes. La montée débute dans la vallée du Rhône, quitte progressivement la plaine valaisanne et grimpe en longs lacets à travers les prairies surplombées par le Wasenhorn et le Monte Leone. Le viaduc du Ganter, ouvrage spectaculaire long de 678 mètres, inévitable depuis 1980, marque la mi-montée. La pente est régulière entre 6 et 7%, sans pourcentage extrême mais sans répit non plus. La route principale (N9) est large et bien revêtue, mais le trafic poids lourds international peut rendre la montée désagréable. L'astuce des cyclistes : emprunter l'ancienne route napoléonienne, qui s'écarte de la N9 sur plusieurs sections et offre un calme total dans des paysages pastoraux préservés. Au sommet : l'Hospice du Simplon et l'Aigle de pierre de 8 mètres.
Versant Sud — Depuis Iselle / Domodossola (Italie) Le Versant Gondo Hors Catégorie
Le versant sud depuis Iselle (633 m) traverse l'un des passages les plus spectaculaires des Alpes : les gorges de Gondo. La route, taillée dans le granit, s'enfonce entre des parois verticales sur plusieurs kilomètres avant de s'élever vers Gondo (854 m), village frontalier suisse, puis Simplon-Dorf (1 475 m). Les toits en plaques de pierre des maisons rappellent l'Italie toute proche. La pente est plus irrégulière que côté nord : sections roulantes en gorges, puis raidillons jusqu'à 10% dans la montée finale. Pour ceux qui veulent vraiment souffrir, on peut partir de plus bas : 41 kilomètres depuis Domodossola (272 m), soit 1 733 m de dénivelé, ou 64 kilomètres depuis Stresa sur les rives du lac Majeur (200 m), soit 1 808 m de dénivelé. Le panorama au sommet, côté nord, offre une vue exceptionnelle sur les Alpes bernoises avec le Bietschhorn et les pentes glaciaires du Fletschhorn et du Weissmies, sommets de plus de 4 000 m.
04L'Hospice et l'Aigle de pierre — le sommet patrimonial
Au sommet du col, à 2 005 mètres d'altitude, deux bâtiments marquent immédiatement le paysage : l'Hospice du Simplon et un imposant Aigle de pierre haut de 8 mètres. L'Hospice actuel, tenu par les chanoines du Saint-Bernard (la même congrégation que celle du Grand-Saint-Bernard), trouve ses origines dans un premier hospice fondé au Moyen Âge sur la route du col. Il a accueilli pendant des siècles les voyageurs, marchands, pèlerins et soldats qui traversaient les Alpes par le Simplon. Aujourd'hui, l'hospice combine vocation religieuse et accueil touristique — on peut y dormir, y manger, y faire halte avant ou après la montée.
L'Aigle de pierre, monument haut de 8 mètres dressé près du col, rappelle la mobilisation des soldats suisses pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit de l'un des symboles les plus reconnaissables du col du Simplon — impossible de le manquer en arrivant au sommet. Il rappelle également la position stratégique du col, point de passage clé entre l'Europe centrale et la Méditerranée depuis l'Âge de pierre.
Pour les cyclistes qui atteignent le sommet du Simplon, l'Hospice et l'Aigle de pierre constituent une récompense visuelle unique en Europe. Aucun autre col alpin ne propose une telle concentration de patrimoine au point culminant de la route. On y oublie les 22 kilomètres de montée, on commande une fondue ou un café au restaurant du col, et on prend conscience que cette route a vu passer Napoléon, Stockalper, des contrebandiers, des pèlerins, des cars postaux et des cyclistes — soit deux mille ans d'histoire alpine condensés en un seul lieu.
051801-1805 — Napoléon et la première route carrossable des Alpes
En 1800, après sa victoire à Marengo, Napoléon Bonaparte décide de doter la France d'une route stratégique vers l'Italie qui ne dépendrait pas du Mont-Cenis ou du Grand-Saint-Bernard. Le choix se porte sur le Simplon — jusque-là simple sentier muletier. Les travaux débutent en 1801 et durent jusqu'en 1805. Le défi est immense : il faut tailler la route dans le granit des gorges de Gondo, construire des galeries pour protéger des avalanches, bâtir des ponts au-dessus de torrents tumultueux. Le résultat : la première grande route carrossable des Alpes, capable de faire passer l'artillerie impériale. Cette route, modernisée à de multiples reprises (notamment dans les années 1960-1980 avec l'ajout d'abris contre les avalanches et le viaduc du Ganter), reste aujourd'hui l'épine dorsale de la traversée du col.
Plus d'un siècle plus tard, en 1906, le tunnel ferroviaire du Simplon est inauguré — long de 19,8 km, il fut considéré jusqu'il y a peu comme l'un des plus longs tunnels du monde. Il permet le passage entre Brigue et Iselle, même en hiver, par ferroutage. Depuis 1968, les cars postaux suisses circulent toute l'année sur la route du col, grâce à un programme d'aménagement (abris contre les avalanches, prolongement de tunnels) qui a permis de garder le col ouvert même en plein hiver — un cas extrêmement rare en Europe pour un col à plus de 2 000 m.
06Le Simplon dans le cyclisme — Giro et Tour de Suisse
07Les records — ce qui fait la singularité du Simplon
08Palmarès — les passages célèbres
« Le Simplon n'est pas le col le plus haut, ni le plus pentu, ni le plus mythique pour le cyclisme. Mais c'est probablement le col alpin le plus chargé d'histoire d'Europe : route impériale de Napoléon, hospice millenaire, gorges taillées dans le granit, Aigle de pierre commemoratif. Quand on roule sur l'ancienne route napoléonienne, on roule littéralement dans deux siècles d'histoire alpine. »
— Ce que retiennent les cyclistes après avoir gravi le Simplon
