🇨🇭 Berne · Uri · Frontière Berner Oberland–Urnerland ⛰ 2 224 m · Le Col des Glaciers · Alpes de l'Aar · Steingletscher Route ouverte 1945 · Tour de Suisse · Wassen · Innertkirchen · 7,7% versant est

Col du Susten · 2 224 m · Wassen · Innertkirchen · Berne · Uri · Alpes de l'Aar Col du
Susten

2 224 m Le col des glaciers entre Berne et Uri · Route ouverte en 1945
Frontière Berner Oberland–Urnerland · Steingletscher · 7,7% est
· Le Juge de Paix du Tour de Suisse ·

2 224 mètres. Pas le plus haut col suisse — le Nufenen voisin le coiffe de 254 mètres — mais peut-être le plus spectaculaire. Le Susten est le col des glaciers, celui où le Steingletscher descend jusqu'à frôler la route depuis le versant bernois, celui où le Tour de Suisse a rendu ses verdicts les plus nets depuis des décennies. Construit en 1945, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il relie Innertkirchen dans le Berner Oberland à Wassen dans l'Urnerland, deux cultures, deux dialectes, un col d'une beauté difficile à égaler dans les Alpes centrales. Le versant est depuis Wassen : 17 kilomètres à 7,7% de moyenne. Suffisant pour trier tout le peloton.

 
2 224 mAltitude sommet
17 kmDepuis Wassen (est)
1 308 mDénivelé est
11%Pente max
7,7%Pente moyenne est
1945Ouverture route

01Le col de la démesure visuelle — glacier, roche et altitude dans un seul panorama

Il y a des cols alpins qui vous font grimper. Et il y a le Susten, qui vous fait grimper et regarder. Depuis le versant ouest, la descente sur Innertkirchen dans le Berner Oberland, le Steingletscher est là — ce glacier suspendu dans les parois nord des Sustenhorn et du Tierberg, qui débordait jadis jusqu'à la route elle-même et qu'on observe désormais remonter d'année en année dans la roche, laissant derrière lui des langues de moraine grise et des lacs couleur d'ardoise. Le Susten est le seul grand col alpin suisse où le glacier est un élément constitutif du paysage de la route — pas en arrière-plan, pas au loin, mais présent, immédiat, dans le champ de vision du cycliste qui se retourne dans ses lacets.

Le col relie deux mondes qui n'ont pas grand-chose en commun hormis la Confédération helvétique. À l'ouest, Innertkirchen et la vallée de Hasli dans le Berner Oberland — culture bernoise, dialecte alémanique de l'Oberland, paysages verdoyants de l'avant-montagne alpine. À l'est, Wassen dans le canton d'Uri — le pays du Guillaume Tell, du Gothard, des vaches rouges dans les prairies de la Reuss. La frontière Berne-Uri au sommet du Susten est aussi la ligne de crête entre les bassins versants du Rhin et du Rhône/Rhin alpin — les eaux qui tombent côté bernois rejoignent l'Aar et le Rhin du nord, celles qui tombent côté uranais rejoignent la Reuss et, en aval, le même Rhin par le lac des Quatre-Cantons. Un col, deux océans à terme.

⚡ Notre avis

Le Susten est le col que vous connaissez même si vous n'y avez jamais mis une roue. Sa silhouette sur les affiches du Tour de Suisse, son glacier visible depuis la route, ses lacets côté Wassen taillés dans la roche sombre — il a une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Mais sous l'image, il y a 7,7% de moyenne sur 17 km depuis Wassen. C'est sérieux. Pas aussi sévère que le Nufenen, mais suffisant pour liquider n'importe quel peloton un jour de course.

02Les données — chiffres du col des glaciers

1945Ouverture de la routeAchevée à la fin de la Seconde Guerre mondiale
7,7%Pente moyenne versant est17 km · 1 308 m D+ · Depuis Wassen
SteingletscherGlacier directement visible depuis la route · côté bernois

03Deux versants — l'un raide et direct, l'autre long et glaciaire

Versant EstHC

Versant Est — Depuis Wassen (Uri) La Montée Référence Hors Catégorie

17 km1 308 m D+7,7% moy.11% max

Le versant est depuis Wassen dans la vallée de la Reuss est l'ascension de référence sportive — celle que les coureurs du Tour de Suisse affrontent le plus souvent, celle que les cyclosportifs viennent chercher comme benchmark. Dix-sept kilomètres depuis les 916 mètres de Wassen jusqu'au sommet à 2 224 mètres — 1 308 mètres de dénivelé à 7,7% de moyenne, dans un décor de haute montagne que la roche sombre et les névés tardifs rendent austère jusqu'en juillet. La route monte d'abord dans la forêt de conifères de la haute vallée uranaise, puis bascule dans le roc nu dès 1 600 mètres. Les sections les plus raides se situent entre le km 9 et le km 14, autour de 9 à 11% — c'est là que les écarts se forment dans les courses et que les cyclosportifs isolés constatent l'honnêteté brutale de ce col. Le versant est n'a pas les grandes vues du côté bernois, mais il a la pente et la régularité. Un col qui travaille en silence.

Versant OuestHC

Versant Ouest — Depuis Innertkirchen (Berner Oberland) La Voie du Glacier Hors Catégorie

28 km1 600 m D+5,7% moy.9% max

Le versant ouest depuis Innertkirchen, dans la vallée de Hasli, est le versant le plus long, le plus spectaculaire visuellement, et le plus doux en gradient moyen. Vingt-huit kilomètres avec une pente moyenne de 5,7% — ce qui ne veut pas dire que c'est facile, mais que la montée est plus progressive, alternant passages à 7-8% et faux-plats de récupération. C'est sur ce versant que se révèle le Steingletscher — d'abord comme une tache blanche dans le fond du cirque, puis de plus en plus proche au fur et à mesure que la route s'élève dans les lacets au-dessus du Sustlimmi. Les cartes postales du Susten sont toutes prises ici. C'est le versant des touristes, des cyclosportifs qui veulent la beauté en plus de l'effort. Le Giro et la Vuelta n'y viennent que rarement, mais le Tour de Suisse l'emprunte régulièrement pour les étapes avec arrivée ou passage au sommet par le sud-ouest.

04La montée depuis Wassen — trois actes dans la roche uranaise

La Vallée de la Reuss — La Sortie de Wassen km 0 à 5 · 916 m à 1 280 m

Les cinq premiers kilomètres depuis Wassen sortent du fond de la vallée de la Reuss dans une pente régulière à 7-8%, à travers les forêts mixtes de la montagne uranaise. Wassen est connu dans toute l'Europe ferroviaire pour son église baroque perchée sur un éperon rocheux visible depuis les trois niveaux de la ligne du Gothard — le même clocher blanc apparaît trois fois aux voyageurs du train qui spirale dans les tunnels en hélicoïde. Les cyclistes qui partent de là ne regardent pas l'église : ils mesurent leurs watts. La pente s'établit d'emblée sans préambule. La forêt encaisse le vent, la route est propre, l'altitude de départ à 916 mètres ne donne pas encore l'impression d'être en haute montagne. C'est trompeur.

La Zone Haute — Les Lacets dans le Roc km 5 à 14 · 1 280 m à 2 000 m

Les neuf kilomètres centraux sont le cœur de l'ascension est — celle où la forêt disparaît, où la roche prend toute la place, où le vent de nord-est commence à se faire sentir sur les épingles exposées. La pente atteint régulièrement 9 à 11% entre le km 9 et le km 14, dans une série de lacets qui découvrent progressivement les sommets des Alpes uranaises. C'est la section où les groupes de course explosent invariablement dans le Tour de Suisse — les puncheurs qui ont pu tenir jusqu'ici lâchent les grimpeurs purs, les grimpeurs purs lâchent ceux qui se sont mal positionnés avant l'entrée dans les lacets. Le Susten est un sélecteur naturel et sans appel dans cette zone, d'autant que l'altitude commence à se faire sentir à 1 800-2 000 mètres pour les organismes non acclimatés. La vue plongeante sur la vallée de la Reuss depuis les virages à 1 900 mètres est saisissante — Wassen, minuscule, 1 000 mètres en dessous, rappelle la distance parcourue.

L'Approche du Sommet — Le Bassin Glaciaire km 14 à 17 · 2 000 m à 2 224 m

Les trois derniers kilomètres entrent dans le cirque terminal à une pente légèrement plus douce (6-7%) — une fausse accalmie pour des jambes déjà engagées à fond depuis le bas. Le paysage bascule définitivement dans le minéral et le glaciaire : les névés persistants bordent la route jusqu'en juillet, les lacs de fonte aux couleurs laiteuses apparaissent dans le fond du vallon, et les parois des Sustenhorn (3 503 m) et du Stucklistock (3 313 m) ferment l'horizon. Le sommet à 2 224 mètres marque la frontière Berne-Uri. Côté bernois, le Steingletscher se révèle dans toute son ampleur déclinante — ou ce qu'il en reste. L'infrastructure au sommet est sobre : pas d'hôtel d'altitude, un restaurant modeste. Le col ne cherche pas à impressionner avec du béton. La montagne suffit.

051945 — Le col construit pendant la guerre, ouvert à la paix

🏔 1945 — La Dernière Grande Route Alpine Avant le Nufenen

La route du Susten a été construite entre 1938 et 1945 — c'est-à-dire entièrement pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. La Suisse, neutre mais encerclée, avait un besoin stratégique urgent de liaisons transalpines supplémentaires. Le Gotthard voisin était la grande artère économique et militaire, mais une route de plus entre le centre et l'Urnerland avait une valeur de désenclavement et de résilience. La construction a mobilisé des milliers d'ouvriers, dont beaucoup de saisonniers italiens et espagnols — dans des conditions difficiles, à des altitudes qui rendaient les travaux hivernaux quasi-impossibles.

Le Susten a ouvert ses premières saisons estivales en 1945, au moment précis où l'Europe sortait du conflit. Il fut immédiatement adopté par le cyclotourisme helvétique d'après-guerre — une population qui cherchait la liberté de mouvement après six ans de restrictions, et qui trouva dans ce nouveau col spectaculaire entre Berne et Uri une destination de choix. Le Tour de Suisse ne tarda pas à l'intégrer dans ses étapes alpines. Mais contrairement au Nufenen, qui resta confidentiel faute d'images fortes, le Susten avait le Steingletscher — une carte postale naturelle qui le propulsa rapidement dans la conscience collective des passionnés de grands cols.

Le Susten est né d'une guerre, inauguré dans la paix, et porté par un glacier. Trois destins dans un seul col. Ce n'est pas banal dans l'histoire des routes alpines suisses.

06Le Susten dans les grandes courses — Tour de Suisse, verdict annuel

⏱ Le Susten dans les grandes compétitions cyclistes
50
Années 1950 — Les premières grandes étapes
Le Susten entre dans le Tour de Suisse dès les premières années d'après-guerre. Hugo Koblet (🇨🇭), le "pédaleur de charme", vainqueur du Tour de France 1951, y domine les grimpeurs étrangers avec la légèreté élégante qui était sa signature — une puissance de grimpeur déguisée en facilité apparente. Le col, tout juste ouvert, est déjà un sélecteur naturel dans les étapes alpines suisses.
60
Années 1960 — Anquetil et les rouleurs-grimpeurs
Jacques Anquetil (🇫🇷) participe à plusieurs Tours de Suisse qui traversent le Susten. Le Normand, rouleur supérieur, gère les cols plutôt qu'il ne les attaque — le profil du Susten, régulier et exigeant sur la durée, convient mieux à sa philosophie de course qu'aux purs grimpeurs de Méditerranée. Le résultat : des écarts contrôlés plutôt que des coups d'éclat, mais des victoires finales qui ne trompent pas sur la valeur du col.
82
1982 — Hinault, la domination froide
Bernard Hinault (🇫🇷) dans le Tour de Suisse — le Blaireau sur les cols suisses est un phénomène particulier. Les pentes régulières à fort gradient sont exactement son terrain : la puissance maintenue sur la durée, sans explosivité mais sans défaillance. Le Susten depuis Wassen, 7,7% sur 17 km, c'est un col fait sur mesure pour le rouleur-grimpeur breton. Les adversaires qui cherchaient à l'accrocher dans les pentes raides de la zone médiane ressortaient invariablement derrière.
99
Fin des années 1990 — La génération Zülle
Alex Zülle (🇨🇭), le grimpeur saint-gallois, utilise le Susten comme terrain de prédilection dans les Tours de Suisse des années 1990. La régularité de la pente sur le versant est convient parfaitement à sa cadence de pédalage élevée — il tire les gros rapports sur les faux-plats, accélère dans les parties à 9-10%, récupère sur les quelques mètres de replat. Le col vu depuis un grimpeur de sa génération : pas spectaculaire à l'œil, mais implacable dans les jambes.
10
2010 — Schleck, Contador, le Tour de Suisse comme préparation
Le Tour de Suisse de la décennie 2010 voit le Susten jouer son rôle habituel de sélecteur. Frank Schleck (🇱🇺) et Alberto Contador (🇪🇸) s'y affrontent dans les étapes alpines utilisées comme préparation au Tour de France. Sur les 17 km du versant est, les différences de niveau entre les deux types de grimpeurs — l'explosif sur pente raide et l'endurant sur gradient constant — ressortent clairement. Le Susten n'est pas un mur : c'est un examen de fond.
+
Ère actuelle — Pogačar, Vingegaard, le thermomètre de juin
Le Susten reste un passage obligé du Tour de Suisse de juin. Tadej Pogačar (🇸🇮) l'a utilisé comme répétition générale avant ses victoires au Tour de France. Le col a acquis une fonction précise dans le calendrier des grands champions : le thermomètre de forme de fin juin — on ne vient pas gagner sur le Susten, on vient vérifier si les jambes répondent sur 17 km de régularité à 7,7%. Les résultats ne mentent pas. Ils ne l'ont jamais fait.

07Les particularités — ce qui rend le Susten unique dans les Alpes suisses

❄ Le Steingletscher — Le Glacier en Train de Mourir
Le Steingletscher est l'un des glaciers alpins les plus photographiés d'Europe — et l'un des plus médiatisés pour son recul spectaculaire. En 1900, sa langue glaciaire descendait jusqu'à 1 300 mètres d'altitude, presque au niveau de la route actuelle. Aujourd'hui, son front se situe à plus de 1 800 mètres, ayant perdu plusieurs centaines de mètres de longueur et une épaisseur considérable. Les scientifiques du glacier le suivent comme un indicateur climatique de premier ordre. Pour le cycliste qui monte côté bernois, le Steingletscher est aussi un cours d'histoire accélérée du réchauffement climatique — une leçon que la montagne donne sans demander permission.
📐 7,7% — La Régularité qui Épuise Plus que les Murs Courts
La pente moyenne de 7,7% sur le versant est peut sembler moins impressionnante que les 9,6% du Nufenen ou les 8,1% de l'Alpe d'Huez. Elle est trompeuse. La régularité sans vrai pallier sur 17 km oblige à un effort constant qui use l'organisme différemment des murs courts à 10-12% — le lactate ne monte pas en flèche, mais il s'accumule lentement, inexorablement, sans fenêtre de récupération. Les cyclosportifs qui ont grimpé les deux cols savent que le Susten depuis Wassen est plus difficile à gérer dans la durée que des cols plus raides mais plus courts. La régularité est une forme de cruauté alpine spécifique. Le Susten en est l'expression parfaite.
🗣 Deux Cultures, un Seul Col
Le Susten sépare deux cultures alpines suisses distinctes. Côté bernois (ouest) : le Haslitaler Bärndütsch, dialecte alémanique du Berner Oberland, l'une des régions les plus touristiques et les plus identitairement marquées de Suisse. Côté uranais (est) : l'Uri dialecte alémanique, plus rude, plus isolé, profondément catholique et attaché à ses traditions de fondateurs de la Confédération. Au sommet, la frontière cantonale Berne-Uri est aussi une frontière confessionnelle historique — les deux cantons ont eu des relations tendues au fil des siècles. La montagne réconcilie ce que l'histoire a parfois séparé.
🌊 Le Nœud des Bassins Versants Alpins
Le Susten marque la ligne de partage entre le bassin versant de l'Aar (côté bernois, vers le Rhin du nord) et celui de la Reuss (côté uranais, vers le Rhin via le lac des Quatre-Cantons). C'est l'une des lignes de crête hydrologiques les plus importantes de Suisse centrale — une goutte de pluie qui tombe à un mètre près peut théoriquement finir dans la mer du Nord ou dans la mer Adriatique, selon le versant. Ce détail géographique n'est pas qu'une curiosité scolaire : il rappelle que le Susten est un col de frontière au sens le plus littéral du terme — des eaux, des langues, des cultures, et des jambes de cyclistes.

08Palmarès — les grimpeurs que le Susten a révélés ou confirmés

🏆 Vainqueurs emblématiques au Susten
🇨🇭3Hugo KobletLe pédaleur de charme — premier grand nom des étapes du Susten dans les années 1950
🇫🇷2Bernard HinaultLe Blaireau — les 17 km réguliers, terrain parfait du rouleur-grimpeur breton
🇨🇭3Alex ZülleLe grimpeur saint-gallois — cadence haute sur gradient constant, son style de prédilection
🇪🇸2Alberto ContadorEl Pistolero — préparations Tour de France sur les cols suisses à gradient régulier
🇱🇺2Frank SchleckLe grimpeur luxembourgeois — à l'aise sur les cols suisses longs et constants
🇸🇮2Tadej PogačarLa génération actuelle — le Susten comme thermomètre de forme avant les grands tours
🇩🇰1Jonas VingegaardLe rival danois — préparations alpines suisses, affrontements avec Pogačar

« Le Susten depuis Wassen ne ment pas. Il n'y a pas de section facile pour souffler, pas de mur court pour faire semblant d'attaquer. Dix-sept kilomètres à 7,7%, tu grimpes à ton niveau. Ni plus, ni moins. »

— Résumé d'un directeur sportif du Tour de Suisse, qui dit en une phrase ce que les données expriment en chiffres : le Susten est un test de vérité sur la durée. Le glacier au-dessus ajoute le décor. La pente fait le reste.
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