Col du Susten · 2 224 m · Wassen · Innertkirchen · Berne · Uri · Alpes de l'Aar Col du
Susten
Frontière Berner Oberland–Urnerland · Steingletscher · 7,7% est
· Le Juge de Paix du Tour de Suisse ·
2 224 mètres. Pas le plus haut col suisse — le Nufenen voisin le coiffe de 254 mètres — mais peut-être le plus spectaculaire. Le Susten est le col des glaciers, celui où le Steingletscher descend jusqu'à frôler la route depuis le versant bernois, celui où le Tour de Suisse a rendu ses verdicts les plus nets depuis des décennies. Construit en 1945, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il relie Innertkirchen dans le Berner Oberland à Wassen dans l'Urnerland, deux cultures, deux dialectes, un col d'une beauté difficile à égaler dans les Alpes centrales. Le versant est depuis Wassen : 17 kilomètres à 7,7% de moyenne. Suffisant pour trier tout le peloton.
01Le col de la démesure visuelle — glacier, roche et altitude dans un seul panorama
Il y a des cols alpins qui vous font grimper. Et il y a le Susten, qui vous fait grimper et regarder. Depuis le versant ouest, la descente sur Innertkirchen dans le Berner Oberland, le Steingletscher est là — ce glacier suspendu dans les parois nord des Sustenhorn et du Tierberg, qui débordait jadis jusqu'à la route elle-même et qu'on observe désormais remonter d'année en année dans la roche, laissant derrière lui des langues de moraine grise et des lacs couleur d'ardoise. Le Susten est le seul grand col alpin suisse où le glacier est un élément constitutif du paysage de la route — pas en arrière-plan, pas au loin, mais présent, immédiat, dans le champ de vision du cycliste qui se retourne dans ses lacets.
Le col relie deux mondes qui n'ont pas grand-chose en commun hormis la Confédération helvétique. À l'ouest, Innertkirchen et la vallée de Hasli dans le Berner Oberland — culture bernoise, dialecte alémanique de l'Oberland, paysages verdoyants de l'avant-montagne alpine. À l'est, Wassen dans le canton d'Uri — le pays du Guillaume Tell, du Gothard, des vaches rouges dans les prairies de la Reuss. La frontière Berne-Uri au sommet du Susten est aussi la ligne de crête entre les bassins versants du Rhin et du Rhône/Rhin alpin — les eaux qui tombent côté bernois rejoignent l'Aar et le Rhin du nord, celles qui tombent côté uranais rejoignent la Reuss et, en aval, le même Rhin par le lac des Quatre-Cantons. Un col, deux océans à terme.
Le Susten est le col que vous connaissez même si vous n'y avez jamais mis une roue. Sa silhouette sur les affiches du Tour de Suisse, son glacier visible depuis la route, ses lacets côté Wassen taillés dans la roche sombre — il a une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Mais sous l'image, il y a 7,7% de moyenne sur 17 km depuis Wassen. C'est sérieux. Pas aussi sévère que le Nufenen, mais suffisant pour liquider n'importe quel peloton un jour de course.
02Les données — chiffres du col des glaciers
03Deux versants — l'un raide et direct, l'autre long et glaciaire
Versant Est — Depuis Wassen (Uri) La Montée Référence Hors Catégorie
Le versant est depuis Wassen dans la vallée de la Reuss est l'ascension de référence sportive — celle que les coureurs du Tour de Suisse affrontent le plus souvent, celle que les cyclosportifs viennent chercher comme benchmark. Dix-sept kilomètres depuis les 916 mètres de Wassen jusqu'au sommet à 2 224 mètres — 1 308 mètres de dénivelé à 7,7% de moyenne, dans un décor de haute montagne que la roche sombre et les névés tardifs rendent austère jusqu'en juillet. La route monte d'abord dans la forêt de conifères de la haute vallée uranaise, puis bascule dans le roc nu dès 1 600 mètres. Les sections les plus raides se situent entre le km 9 et le km 14, autour de 9 à 11% — c'est là que les écarts se forment dans les courses et que les cyclosportifs isolés constatent l'honnêteté brutale de ce col. Le versant est n'a pas les grandes vues du côté bernois, mais il a la pente et la régularité. Un col qui travaille en silence.
Versant Ouest — Depuis Innertkirchen (Berner Oberland) La Voie du Glacier Hors Catégorie
Le versant ouest depuis Innertkirchen, dans la vallée de Hasli, est le versant le plus long, le plus spectaculaire visuellement, et le plus doux en gradient moyen. Vingt-huit kilomètres avec une pente moyenne de 5,7% — ce qui ne veut pas dire que c'est facile, mais que la montée est plus progressive, alternant passages à 7-8% et faux-plats de récupération. C'est sur ce versant que se révèle le Steingletscher — d'abord comme une tache blanche dans le fond du cirque, puis de plus en plus proche au fur et à mesure que la route s'élève dans les lacets au-dessus du Sustlimmi. Les cartes postales du Susten sont toutes prises ici. C'est le versant des touristes, des cyclosportifs qui veulent la beauté en plus de l'effort. Le Giro et la Vuelta n'y viennent que rarement, mais le Tour de Suisse l'emprunte régulièrement pour les étapes avec arrivée ou passage au sommet par le sud-ouest.
04La montée depuis Wassen — trois actes dans la roche uranaise
Les cinq premiers kilomètres depuis Wassen sortent du fond de la vallée de la Reuss dans une pente régulière à 7-8%, à travers les forêts mixtes de la montagne uranaise. Wassen est connu dans toute l'Europe ferroviaire pour son église baroque perchée sur un éperon rocheux visible depuis les trois niveaux de la ligne du Gothard — le même clocher blanc apparaît trois fois aux voyageurs du train qui spirale dans les tunnels en hélicoïde. Les cyclistes qui partent de là ne regardent pas l'église : ils mesurent leurs watts. La pente s'établit d'emblée sans préambule. La forêt encaisse le vent, la route est propre, l'altitude de départ à 916 mètres ne donne pas encore l'impression d'être en haute montagne. C'est trompeur.
Les neuf kilomètres centraux sont le cœur de l'ascension est — celle où la forêt disparaît, où la roche prend toute la place, où le vent de nord-est commence à se faire sentir sur les épingles exposées. La pente atteint régulièrement 9 à 11% entre le km 9 et le km 14, dans une série de lacets qui découvrent progressivement les sommets des Alpes uranaises. C'est la section où les groupes de course explosent invariablement dans le Tour de Suisse — les puncheurs qui ont pu tenir jusqu'ici lâchent les grimpeurs purs, les grimpeurs purs lâchent ceux qui se sont mal positionnés avant l'entrée dans les lacets. Le Susten est un sélecteur naturel et sans appel dans cette zone, d'autant que l'altitude commence à se faire sentir à 1 800-2 000 mètres pour les organismes non acclimatés. La vue plongeante sur la vallée de la Reuss depuis les virages à 1 900 mètres est saisissante — Wassen, minuscule, 1 000 mètres en dessous, rappelle la distance parcourue.
Les trois derniers kilomètres entrent dans le cirque terminal à une pente légèrement plus douce (6-7%) — une fausse accalmie pour des jambes déjà engagées à fond depuis le bas. Le paysage bascule définitivement dans le minéral et le glaciaire : les névés persistants bordent la route jusqu'en juillet, les lacs de fonte aux couleurs laiteuses apparaissent dans le fond du vallon, et les parois des Sustenhorn (3 503 m) et du Stucklistock (3 313 m) ferment l'horizon. Le sommet à 2 224 mètres marque la frontière Berne-Uri. Côté bernois, le Steingletscher se révèle dans toute son ampleur déclinante — ou ce qu'il en reste. L'infrastructure au sommet est sobre : pas d'hôtel d'altitude, un restaurant modeste. Le col ne cherche pas à impressionner avec du béton. La montagne suffit.
051945 — Le col construit pendant la guerre, ouvert à la paix
La route du Susten a été construite entre 1938 et 1945 — c'est-à-dire entièrement pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. La Suisse, neutre mais encerclée, avait un besoin stratégique urgent de liaisons transalpines supplémentaires. Le Gotthard voisin était la grande artère économique et militaire, mais une route de plus entre le centre et l'Urnerland avait une valeur de désenclavement et de résilience. La construction a mobilisé des milliers d'ouvriers, dont beaucoup de saisonniers italiens et espagnols — dans des conditions difficiles, à des altitudes qui rendaient les travaux hivernaux quasi-impossibles.
Le Susten a ouvert ses premières saisons estivales en 1945, au moment précis où l'Europe sortait du conflit. Il fut immédiatement adopté par le cyclotourisme helvétique d'après-guerre — une population qui cherchait la liberté de mouvement après six ans de restrictions, et qui trouva dans ce nouveau col spectaculaire entre Berne et Uri une destination de choix. Le Tour de Suisse ne tarda pas à l'intégrer dans ses étapes alpines. Mais contrairement au Nufenen, qui resta confidentiel faute d'images fortes, le Susten avait le Steingletscher — une carte postale naturelle qui le propulsa rapidement dans la conscience collective des passionnés de grands cols.
06Le Susten dans les grandes courses — Tour de Suisse, verdict annuel
07Les particularités — ce qui rend le Susten unique dans les Alpes suisses
08Palmarès — les grimpeurs que le Susten a révélés ou confirmés
« Le Susten depuis Wassen ne ment pas. Il n'y a pas de section facile pour souffler, pas de mur court pour faire semblant d'attaquer. Dix-sept kilomètres à 7,7%, tu grimpes à ton niveau. Ni plus, ni moins. »
— Résumé d'un directeur sportif du Tour de Suisse, qui dit en une phrase ce que les données expriment en chiffres : le Susten est un test de vérité sur la durée. Le glacier au-dessus ajoute le décor. La pente fait le reste.
