⚽ Football · Coupe du monde 2026 

Le football peut-il enfin devenir populaire aux États-Unis et au Canada ?

Le Mondial 2026 est un test culturel. La réponse : oui — mais pas de la manière que beaucoup imaginent.

Pendant des décennies, le football a vécu une étrange contradiction en Amérique du Nord. Des millions d'enfants y jouent chaque semaine, les stades se remplissent pour certains grands matchs internationaux, mais dans l'imaginaire collectif, le sport reste derrière le hockey, le football américain, le baseball ou le basketball. La Coupe du Monde de la FIFA 2026, organisée conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, représente donc bien plus qu'un événement sportif : c'est un test culturel.

La question est simple : le Mondial 2026 peut-il enfin rendre le football populaire aux États-Unis et au Canada ? Ma réponse est oui… mais pas de la manière que beaucoup imaginent.

Le football n'est déjà plus un sport marginal

L'idée selon laquelle le soccer serait encore un sport confidentiel en Amérique du Nord est dépassée. Aux États-Unis, le pays compte désormais plus de 62 millions d'amateurs de football selon une étude Nielsen publiée avant le tournoi. Le nombre total de fans en Amérique du Nord a augmenté de près de 11 % en cinq ans.

Au Canada, la progression est encore plus visible. La victoire historique de l'équipe canadienne contre le Qatar lors de la phase de groupes a attiré une audience record de 11,7 millions de téléspectateurs à travers le pays, un chiffre qui aurait semblé impensable il y a seulement dix ans.

Le football n'est donc plus un sport marginal. Il est déjà populaire. La véritable question est de savoir s'il peut devenir central.

La Coupe du Monde crée des habitudes, pas des miracles

L'erreur classique consiste à croire qu'une Coupe du Monde transforme un pays du jour au lendemain. L'histoire montre que ce n'est jamais aussi simple.

L'exemple de la Coupe du Monde 1994 aux États-Unis est souvent cité. Le tournoi n'a pas immédiatement détrôné la NFL ou la NBA. En revanche, il a créé les conditions qui ont permis la naissance puis le développement de la Major League Soccer. Trente ans plus tard, la MLS attire des foules importantes et connaît une croissance spectaculaire de son audience. En 2026, son nombre moyen de téléspectateurs a augmenté de plus de 60 % par rapport à l'année précédente.

La Coupe du Monde ne crée pas des supporters permanents en un mois. Elle crée des habitudes. Des enfants qui découvrent le sport. Des parents qui regardent un match pour la première fois. Des villes qui investissent dans leurs infrastructures. Des médias qui consacrent enfin du temps d'antenne au football. C'est un changement lent, mais durable.

Le Canada est peut-être le pays qui a le plus à gagner

Paradoxalement, le Canada pourrait être le grand bénéficiaire de ce Mondial. Les États-Unis possèdent déjà une ligue solide, un marché immense et plusieurs stars internationales. Le football y poursuit une progression constante depuis des années.

Au Canada, en revanche, le potentiel de croissance est plus important. Le pays cherche encore son identité footballistique. La présence de joueurs comme Alphonso Davies et Jonathan David, combinée à l'organisation de matchs à Toronto et Vancouver, offre une occasion unique de créer une génération de supporters attachés à une équipe nationale compétitive.

Les chiffres d'audience observés pendant la compétition montrent déjà un enthousiasme inédit. Les festivals des supporters affichent une forte fréquentation et les rencontres de l'équipe nationale génèrent un intérêt médiatique rarement vu pour ce sport au Canada.

Les chiffres de paris sportifs confirment également la tendance à la hausse à tous les niveaux, même quand il s’agit de parier sur la Coupe du Monde au Canada.

Mais le football ne deviendra jamais le nouveau hockey

Il faut également éviter les excès d'optimisme. La Coupe du Monde ne fera pas disparaître la culture du hockey au Canada ni celle du football américain aux États-Unis. Ces sports occupent une place historique, émotionnelle et économique gigantesque.

D'ailleurs, de nombreux sondages et discussions publiques montrent qu'une partie importante de la population reste indifférente au football, même lorsqu'un Mondial est organisé à domicile. Le succès du football nord-américain ne se mesurera donc pas à sa capacité à remplacer les sports dominants, mais à devenir un choix naturel parmi eux.

La Coupe du Monde 2026 ne transformera pas soudainement les États-Unis et le Canada en versions nord-américaines de l'Argentine ou du Brésil. En revanche, elle pourrait marquer le moment où le football cesse définitivement d'être considéré comme un sport secondaire.

Dans vingt ans, les historiens du sport regarderont peut-être 2026 non pas comme l'année où le football est devenu roi en Amérique du Nord, mais comme celle où il est devenu impossible à ignorer. Et, pour un sport longtemps perçu comme étranger à la culture nord-américaine, ce serait déjà une révolution.