Seixas, vainqueur de la Flèche Wallonne : « Peu importe l'âge, si j'arrive sur une course, c'est pour la gagner »
Plus jeune vainqueur de l'histoire de la Flèche Wallonne à 19 ans et 210 jours, Paul Seixas s'est présenté devant les micros après son sacre au sommet du Mur de Huy. Ni triomphalisme, ni fausse modestie. Le pensionnaire de Decathlon CMA CGM a livré une lecture chirurgicale à propos de son premier succès sur une grande classique ardennaise.
Sur le chaos du final : « Un rayon cassé en haut de la bosse »
« J'avais un plan différent ce matin, celui d'avoir un lead-out dans le Mur, mais on ne peut pas exécuter un plan à la perfection, surtout une course où le placement est chaotique. La preuve, j'ai un rayon qui a cassé en haut de la bosse ! Ça a beaucoup frotté. »
« Les placements étaient difficiles, tout le monde frottait pour tous les placements pendant cent kilomètres, c'était mentalement usant. L'équipe a fait un beau travail pour me positionner, puis j'y suis allé au feeling dans la bosse. J'ai regardé qui était autour de moi, j'ai jaugé mes adversaires et j'ai placé mon effort à 300 mètres de la ligne. L'équipe mérite cette victoire. »
Sur la découverte d'un nouveau type d'effort
« Je me suis un peu surpris dans le Mur car je ne me connaissais pas trop sur un type d'effort différent de ce que j'ai l'habitude de faire. C'est une très belle surprise, même si j'avais quelques repères avec le championnat d'Europe 2025 en Ardèche, où j'étais quand même bien. »
« Cela confirme ce que je pensais et je suis content de m'être testé sur un effort de puncheur, pour voir ce dont j'étais capable sur des efforts aussi courts. »
Le détail est loin d'être anodin. Seixas est d'abord connu pour ses performances sur les chronos et en haute montagne, les efforts longs, le seuil tenu dans la durée.
L'explosivité de puncheur sur 3-4 minutes à bloc, c'est une registre nouveau. Et il vient de le valider à la première occasion, sur l'une des arrivées les plus exigeantes du calendrier. Le registre n'est plus limité, il est complet.
Sur le record de précocité : « Je reste pragmatique »
« Je ne me rends pas tout à fait compte de l'ampleur de cette victoire. Je suis déjà focalisé sur Liège-Bastogne-Liège, les objectifs s'enchaînent et il faut rester concentré. C'est pour cela que je reste pragmatique. »
« Il nous reste un objectif avec l'équipe, alors je suis juste hyper content de ce qu'on a fait aujourd'hui. C'est super pour l'équipe. »
Ton mesuré, tête basse sur le guidon, déjà tourné vers dimanche. Ce qui étonne ici, c'est le contrôle émotionnel du personnage. À 19 ans et 210 jours, après une victoire dont certains coureurs mettent une carrière à rêver, Seixas parle prochain rendez-vous. Pas célébration. Une maturité qui intrigue autant qu'elle rassure sur la suite.
Sur la densité du WorldTour : « Ce n'est pas juste une question de puissance »
« C'est toujours difficile de gagner car le niveau World Tour est très rapproché. Il faut tout faire et tout bien économiser pour aller chercher une victoire comme celle-là. Je réalise un beau début de succès avec beaucoup de victoires, mais toute l'équipe s'emploie à 200% pour qu'on ait les stratégies les plus parfaites possibles. »
« On a les vidéos, des reconnaissances… Ça se joue à ces détails, ce n'est pas juste une question de puissance. Comme on l'a vu aujourd'hui, il y a aussi des chutes et il faut rester placé, avoir une équipe solide. Ce n'est pas facile et avec les mêmes coureurs au départ, il n'est pas dit que je sois le meilleur demain. »
La conclusion est signée d'un coureur qui a compris le cyclisme moderne. Puissance à haute dose, travail collectif, vidéos et reconnaissances, placement, économie d'énergie : la formule complète.
Seixas ne se pense pas intouchable, et le dit avec franchise — « il n'est pas dit que je sois le meilleur demain ».
Exactement ce qu'il fallait entendre pour apaiser les attentes françaises autour de Liège-Bastogne-Liège ce dimanche. Même vainqueur du Mur, Seixas ne promet rien pour La Doyenne. Il se concentre.
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