Tennis · WTA Madrid · Conférence de presse 2 mai 2026

Madrid : Kostyuk libérée, victorieuse  « La victoire n'est qu'un bonus »

Après son premier titre WTA 1000 sur la Caja Mágica, Marta Kostyuk a livré une conférence de presse en profondeur : libération du poids de ses succès précoces, hommage à sa mère entraîneuse, lucidité sur Roland-Garros. Le portrait d'une joueuse qui a trouvé la paix.

Il y a des victoires qui délivrent autant qu'elles consacrent. Marta Kostyuk n'a pas seulement battu Mirra Andreeva 6-3 7-5 ce samedi sur le Manolo Santana, elle a surtout prouvé, à elle-même et au circuit, que le tennis peut redevenir un plaisir après des années à en faire une obligation. En conférence de presse, la nouvelle championne de Madrid a dit ces choses-là avec une franchise désarmante.

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Nouveau classement WTA
Le rang mondial de Kostyuk dès lundi, son meilleur classement en carrière. Parti de 26e tête de série à Madrid, son parcours lui propulse également en bonne position pour la suite de la saison sur terre battue.

« Gagner ici, c'est incroyable »

Kostyuk n'a pas toujours été à l'aise sur la Caja Mágica. La première année, une défaite au premier tour sans comprendre pourquoi. L'an passé, arrivée blessée, un quart de finale inattendu. Et ce samedi, le titre. La progression est étourdissante, mais elle n'est pas le fruit du hasard.

Gagner ici, c'est incroyable. J'avais toujours eu un très mauvais bilan dans ce tournoi jusqu'à l'année dernière, alors c'est vraiment excitant. Je voulais profiter pleinement de ce match, quel que soit le résultat. C'est l'objectif que j'ai atteint,  la victoire n'est qu'un bonus. Marta Kostyuk — après le titre

Sur la finale elle-même, Kostyuk a détaillé ses intentions tactiques : mettre Andreeva sous pression dès l'entame avec un service solide, tenir sa lancée dans le deuxième set malgré la résistance de la Russe. Le match a failli basculer balles de break perdues, deux balles de set concédées, mais l'Ukrainienne est restée solide.

Mon service était excellent aujourd'hui. Dans le deuxième set, elle a joué trois jeux de très haut niveau. Je voulais simplement continuer sur ma lancée, et ça a fonctionné. La victoire aurait pu basculer d'un côté comme de l'autre, mais je suis très contente d'avoir conclu en deux sets. Marta Kostyuk

Se libérer du fardeau de l'enfant prodige

Le passage le plus fort de la conférence de presse n'a pas concerné le match, mais la joueuse. Kostyuk a expliqué comment elle s'était débarrassée d'un poids qui l'écrasait depuis ses 14-15 ans, quand ses premiers résultats avaient immédiatement fait d'elle la grande espoir du tennis ukrainien. Une étiquette paralysante.

En début d'année, j'ai confié à mon équipe que je ne ressentais plus le poids de mes succès de 14 et 15 ans. Pendant longtemps, j'ai vécu sous le poids des attentes de tous, comme si ces premiers résultats avaient été un fardeau. En m'en libérant, tout a changé. Je suis très fière de ce que j'ai accompli étant jeune, mais maintenant, je peux pleinement profiter du tennis. Marta Kostyuk

Sa mère, première entraîneuse  et toujours la plus proche

Il y avait aussi cet hommage, touchant et lucide à la fois, à sa mère. Kostyuk a grandi en s'entraînant avec elle, ce qui n'est jamais simple quand les rôles de parent et d'entraîneur se superposent. La rupture professionnelle a été difficile, mais le lien est resté intact — et même décisif dans sa préparation terre battue.

Ce n'est pas facile de rompre cette relation professionnelle quand elle est aussi la personne la plus proche de moi. Aujourd'hui encore, je l'appelle quand j'ai besoin de soutien. J'ai fait un petit stage d'entraînement avec elle avant la saison sur terre battue, je lui dois beaucoup pour ces résultats. Il y a souvent des histoires compliquées quand des parents entraînent leurs enfants, mais j'en suis ressorti plus forte, meilleure sur le plan personnel et sportif. Marta Kostyuk — sur sa mère

Roland-Garros ? « Je n'y ai pas encore pensé »

On attendait Kostyuk sur Roland-Garros, où son nom va désormais circuler autrement. Elle a coupé court, avec cette sagesse qu'elle semble avoir trouvée cette année : ne pas brûler les étapes, ne pas céder à l'impatience des autres.

Roland-Garros, c'est dans trois semaines et je n'y ai pas encore pensé. Avant ça, il y a Rome, Strasbourg et beaucoup de travail. L'an dernier, j'ai très mal joué à Paris. Je restais sur de bons résultats à Madrid et à Rome et j'avais peut-être des attentes trop élevées. Je veux revenir à l'essentiel — prendre du plaisir et être prête à relever les défis. Roland-Garros est encore loin. Marta Kostyuk

Il y a quelque chose de rare dans ce discours. Dans un tennis où les joueurs alimentent sans cesse les ambitions de leurs sponsors et de leur fédération, Kostyuk refuse de jouer ce jeu. Elle parle de processus, de voyage, de plaisir. Pas de podiums hypothétiques ni de prédictions grandiloquentes. « Je veux continuer à faire la même chose : travailler et apprécier le processus. C'est le voyage qui compte, pas la destination. » Une championne de Madrid, et une femme qui a trouvé son équilibre. Ce n'est pas si souvent que les deux coïncident.