Biathlon — Les vérités de Siegfried Mazet

Après dix années à façonner l'invincible armada norvégienne, Siegfried Mazet a décidé de rentrer en France.

Au micro d'Eurosport, le célèbre entraîneur de tir a et révélé certaines divergences, apparues récemment, qui ont pesé dans son choix.

La rébellion du groupe B

Sentait-il que cette histoire était arrivée à son terme et qu'il était mis sur la touche ? La réponse du technicien français est sans appel.

« Exactement, même si ce n'est pas que ça, bien sûr. Pour être honnête, l'année dernière, quand on a eu les réunions de fin de saison, il y a eu un certain mécontentement chez les athlètes du groupe B.

Le comité directeur de la fédération norvégienne s'est alors emparé du sujet et nous a imposé un système de sélection pour cette année olympique avec lequel je n'étais pas du tout d'accord. »

Mazet a dû se plier à la hiérarchie : « Je n'étais pas d'accord, depuis le début, mais après, je me soumets, parce que je suis professionnel et que s'il y a 15 personnes qui me disent 'C'est comme ça', je ne vais pas aller contre et je me dis que je vais faire avec.

Mais cette saison a été difficile par rapport à cette situation. Mon collègue Egil (Kristiansen, le coach ski de fond du groupe masculin, et moi, on a un peu perdu le contrôle de ce qu'on avait mis en place les neuf années précédentes. »

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« On ne prépare plus les Jeux, on prépare juste des gens à se qualifier »

Au cœur de la discorde : une vision fondamentalement opposée du haut niveau et de la gestion de la pression.

Sous la pression des staffs réservistes, la méthode qui a fait la gloire de la Norvège a été sacrifiée sur l'autel du turnover permanent.

« Les coachs des "gars de l'équipe B" voulaient imposer de nouvelles règles pour que leurs gars soient pris en compte.

« Je ne dis pas qu'on ne les prenait pas en compte dans nos sélections, mais on avait un processus où on essayait, quand on faisait venir des mecs en Coupe du monde, de les garder trois semaines, pour une période assez longue, où ils ont la chance de performer et de pouvoir rester sur du long terme.

Les coachs des "B" voulaient au contraire un turnover beaucoup plus important et que tout le monde passe par la case sélection en permanence. »

Une hérésie totale pour Mazet : « À mon avis, ça crée une pression constante et être sous pression tout le temps du mois de novembre aux J.O., ce n'est pas la bonne solution. On ne prépare plus les Jeux, on prépare juste des gens à se qualifier. Je n'étais pas d'accord.

Ce n'était pas ma philosophie. Et quand on adhère plus à un système... Même si, encore une fois, ce n'est pas l'unique raison. »

L'électrochoc Johannes Boe

Car au-delà de ces désaccords avec sa hiérarchie, un autre élément a pesé : le départ à la retraite de sa star absolue l'an passé. Ce vide immense a agi comme un révélateur.

« Le fait d'avoir été avec les frères Boe, la relation que j'avais avec Johannes... Tout ça m'a fait prendre conscience ce que tout avait une fin, oui.

Je me suis remis en question à ce moment-là et j'ai fait un choix de quitter la Norvège », conclut-il avec nostalgie