Voyons tout cela de plus près avec quelques exemples concrets :

 

Si le final du récent 30km de La Clusaz a donné lieu à un spectacle d'anthologie, l'aprés-course ne fut pas moins mouvementé.

Peu aprés avoir franchi la ligne d'arrivée, Alexander Legkov s'est adressé avec virulence à son compatriote Vylegzhanin, lui reprochant de n'avoir pas joué la course d'équipe et des les avoir ainsi placé jusqu'au bout sous la menace du finish dangereux de Petter Northug.

 

Plus tard, Legkov chercha "mollement" à nuancer son propos, mais sans oublier de regretter amèrement que ses compatriotes se montrent toujours incapables de s'inspirer des tactiques de certaines équipes étrangères. L'affaire tournait au vinaigre entre les 2 champions russes, car ce n'est pas la 1ère fois qu'ils se marchent délibérément sur les skis. On peut ainsi se souvenir de la Mass Start de Rogla, l'hiver dernier, ou leur petite guéguerre fratricide favorisa la victoire d'un Northug qui n'en demandait pas tant..

 

HeikkinenCe même hiver dernier, lors du Tour de Ski 2010, nous avions également assisté à une situation trés surprenante, lors du 20km d'Oberhof. Alors que le finlandais Matti Heikkinen s'était porté seul en tête et avait creusé un écart trés intéressant sur la troupe, c'est tout simplement son compatriote Nousiainen qui lança le signal de la poursuite, accélérant violemment, et condamnant par son action l'offensive d'un Heikkinen qui semblait filer tout droit vers la victoire !!!  Ambiance, ambiance…

 

Lorsqu'on s'intéresse de plus prés au parcours de ces athlètes, on n'est pas surpris de constater leur proximité d'âge, et l'on peut supposer que leur rivalité ne date pas d'hier, puisqu'aussi bien Legkov et Vylegzhanin que Heikkinen et Nousiainen s'affrontent sur les pistes de ski depuis les rangs Juniors. Difficile, forcément, de transformer en soudaine complicité une adversité qui date d'une bonne décennie.

 

Le Biathlon n'échappe pas à ces rivalités nationales, comme vient de le prouver le clash récent entre Bjoerndalen et Svendsen. Mais là, il s'agit probablement d'un règlement de compte, car les 2 norvégiens n'appartiennent pas à la même génération. Battu par son illustre ainé à l'arrivée de la poursuite d'Oestersund, Svendsen laissa éclater sa colère, traitant Bjoerndalen de "lâche" et lui reprochant violemment de n'avoir jamais mis le nez à la fenêtre.

 

En fait, Ole venait sans doute de rendre la monnaie de sa pièce à un Svendsen qui avait magnifiquement joué "le mort" dans le dernier tour du mass-start des Mondiaux 2008, sur cette même piste. En cette circonstance, Bjoerndalen avait produit une effort total afin d'éviter le retour dangereux du russe Tchoudov, avant, évidemment, de se faire aligner par Svendsen à l'arrivée.. A l'arrivée, Bjoerndalen s'était montré beau joueur, mais il est évident que sa mésaventure restait présente dans un coin de sa tête, et qu'il attendait la bonne opportunité pour prendre sa revanche. Comme un symbole, c'est à Ostersund que celle-ci s'est présentée.

 

GroupSi un pays semble , à l'heure actuelle, devoir échapper à ce genre d'affaires patriotiques, c'est sans doute la Suède, qui prouve régulièrement qu'un sport individuel comme le ski de fond n'est pas obligatoirement étranger à toute stratégie collective. 

 

A La Clusaz, Legkov fit justement remarquer que Marcus Hellner avait tenté de protéger l'action de Soedergren en s'ingéniant à freiner l'allure du peloton. Une tactique que ces 2 mêmes athlètes avaient déjà employé lors de la poursuite des derniers JO, pour le plus grand bénéfice de Johan Olsson, Médaillé de bronze à l'arrivée. Les Suédois estiment peut-être que la présence d'un finisseur aussi exceptionnel que Northug , les contraint à s'écarter des schémas de courses traditionnellement dictés par la légitime ambition personnelle des athlètes. 

 

Mais la manoeuvre qui fit le plus vibrer les authentiques amateurs de ski nordique restera sans doute celle qui fut entreprise par Vincent Vittoz et Maurice Manificat dans le 50km d'Oslo.

 

Se sachant battus par les Northug, Hellner ou Vylegzhanin aux arrivées, les 2 français s'étaient engagé dans une échappée commune qui fit exploser la course bien avant l'heure habituelle ( 5 derniers km ), obligeant les finisseurs à puiser prématurément dans leur énergie. Northug s'étant montré vigilant et trop fort, la victoire devait finalement échapper aux français ( 3è place de Vittoz ), mais ce duo plein de panache avait donné ses premières lettres de noblesse à un format de course trés décrié, trop souvent insipide et réservé aux "renards" des courses . 

 

Des courses comme ça, tout le monde en redemande !

 

Photos : Nordic Focus