Cette saison 2010-2011 pourrait bien ressembler comme l’an passé à un fameux duel de générations. D’un côté les anciens Bjoerndalen et Sumann et de l’autre une ribambelle de jeunes talents avec Svendsen, Landertinger, Ustyugov, Boe, Pfeiffer et l’ensemble de l’équipe de France.
Alors qu'il aurait pu tirer sa révérence après les JO-2010, le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen n'est toujours pas rassasié et se croit encore capable, à bientôt 37 ans, de remporter la coupe du monde.
A Vancouver, Bjoerndalen a décroché un sixième titre olympique et une médaille d'argent, mais l'idée d'arrêter ne l'a même pas effleuré. "Ma motivation est toujours très grande, je ne sais pas vraiment pourquoi. Le biathlon, c'est ma vie, tout simplement", explique le plus beau palmarès du biathlon mondial.
Le roi OEB a encore du pain sur la planche: il veut franchir le seuil des 100 succès en Coupe du monde --il en est à 92--, soulever une septième fois le globe de N.1 mondial, participer peut-être aux Mondiaux-2011 de ski de fond d'Oslo et, pourquoi pas, pousser jusqu'aux JO-2014 pour rejoindre son compatriote Björn Daehlie, octuple champion olympique en ski de fond et légende des sports d'hiver.
Mais Bjoerndalen doit faire face à l'émergence d'une génération qu'il a inspirée.
"Il est plus difficile de gagner en Coupe du monde maintenant qu'il y a dix ans. Je ne suis pas une machine", prévient-il.
Il connaît bien son principal rival, son compatriote Emil Hegle Svendsen, lauréat de la dernière Coupe du monde et double champion olympique qu'il a longtemps conseillé.

"Super-Emil", 25 ans, a connu quelques pépins de santé, mais a fait mouche lors des courses d'avant-saiso. Svendsen a été ralenti dans sa préparation durant l’été en raison d’un ulcère mais depuis cela va beaucoup mieux même si il se plaignait, ces derniers jours, de son tir debout.
La Norvège, grande nation du biathlon masculin, comptera beaucoup cet hiver sur le nouveau prodige de 21 ans Tarjei Bö. Ce dernier possède à coup sur le potentiel pour grimper sur les podiums.
Il y aura donc une grosse équipe en Norvège mais ce sera la même chose avec la France qui alignera notamment son trio magique Vincent Jay, Martin Fourcade et Simon Fourcade.
Vincent Jay est conscient : après son retentissant titre olympique en sprint et sa médaille de bronze en poursuite, "Jay-Z" ne peut que décevoir.
"Pour 99% des Français, tu es champion olympique et tu dois être forcément
leader de la Coupe du monde", admet-il.
Les JO ont changé sa vie: la presse people s'est intéressée à son couple, il a été invité à suivre les rencontres de l'Olympique lyonnais, ses revenus ont doublé, mais lui assure ne pas avoir changé.
"J'essaie de rester humble, c'est essentiel dans notre sport à cause du tir notamment: tu sais très bien que tu vas faire un dix sur dix un jour et pas forcément un 20 sur 20 le lendemain", insiste-il.
Martin Fourcade ne s'est pas couvert d'or à Vancouver, mais le cadet des frères Fourcade a bien été "LA" révélation de la saison dernière avec sa médaille d'argent dans la mass-start des JO-2010, ses trois victoires en Coupe du monde, qui plus est consécutives, et une 5e place au classement mondial.
"Je n'ai pas d'objectif précis, car c'est se fixer des limites et c'est forcément être déçu", prévient-il. "Mon objectif, c'est de continuer à être moi et à me faire plaisir. J'ai
envie de gagner, cela serait mentir de dire que je ne pense pas au général", finit par reconnaître le biathlète de 22 ans.
Martin veut aussi et surtout "performer en famille" avec son aîné Simon avec qui il aimerait décrocher le titre mondial en relais.
Simon Fourcade : "Etre le doyen de l'équipe à 26 ans, cela fait bizarre", sourit l'aîné des frères Fourcade.
Celui qui a longtemps été présenté comme le nouveau Raphaël Poirée a vécu un drôle hiver 2009-10: il a porté le maillot jaune de leader de la Coupe du monde et fini au 7e rang mondial, mais il a vu son frère cadet et Vincent Jay monter sur un podium olympique.
"Je ne suis pas jaloux. Ils l'ont mérité, à moi de le mériter, cela va finir par payer", assure-t-il.
Ce stakhanoviste de l'entraînement a essayé de s'inspirer de l'état d'esprit de son cadet: "Comme je suis un peu passé à côté des JO, je me suis dit qu'il fallait prendre du recul sur les choses".

La France ne pourra plus compter sur le champion olympique 2006 Vincent Defrasne, en retraite, mais l’équipe reste très compétitive avec notamment le savoyard Alexis Bœuf qui sera la 4e homme de cette équipe. Auteur d’un podium sur le 20km d’Antholz la semaine dernière, il entend bien poursuivre sa progression et se rapprocher du trio de leaders. Bœuf pourrait également avoir sa chance en coupe du monde de sprint, ski de fond, très prochainement car il vient de remporter une course de sélection.
Pour cette étape d’Östersund et peut-être plus ? L’équipe de France sera complétée par Frédéric Jean et Lois Habert. Le dauphinois et le jurassien n’ont pas été retenu cette année dans les groupes Frances mais à force de travail et de volonté ils ont réussi à gagner leur place lors des courses de sélection. C’est une « petite revanche » qui demande à être maintenant validé par des résultats probants en coupe du monde.
On aura aussi une pensée pour Jean-Guillaume Beatrix qui devra se contenter pour l’instant de l’IBU Cup, mais il devrait avoir sa chance au plus haut niveau très prochainement.
Mais au-delà des performances habituelles, le directeur des équipes de France Christian Dumont nous a avoué « viser la première place du classement par nations », un challenge à la portée de nos biathlètes.
On a parlé de la Norvège et de la France, place maintenant à la troisième grande nation du biathlon masculin : La Russie.
Et là aussi il y a « du lourd » avec le champion olympique Evgueny Ustyugov, avec le 3e du général de la coupe du monde Ivan Tcherezov, avec le rapide Maxim Tchoudov et le métronome Maxim Maximov. Sans oublier une nouvelle génération prometteuse emmenée par Volkov et Shipulin. Une équipe de Russie qui pourrait briller dès ce 20km d’Östersund.
L’Autriche ne sera pas en reste avec l’expérimenté Christoph Sumann en leader. Second du classement général l’an dernier, il signerait certainement pour réussir le même coup en 2011. Avec lui on retrouvera le puissant Landertinger, le gaucher Simon Eder et le régulier Mesottisch. Tout cela donne un sacré cocktail !

L’Allemagne espère un renouveau avec l’arrivée tout d’abord d’un nouvel entraineur à la place de l’inamovible Frank Ullrich. Celui-ci a façonné de nombreux talents, Fischer, Luck, Gross, Sendel, Greis, etc …, durant plus de dix ans et personne ne l’oubliera outre-Rhin.
Les nouveaux coaches Mark Kirchner et Fritz Fischer auront la pression mais ils auront avec eux des garçons capables de briller avec les expérimentés Greis et Birnbacher mais aussi avec de jeunes talents comme Pfeiffer et Stephan.
En Suède on possède également des garçons pour jouer les podiums avec notamment l’excellent Bjoern Ferry et un Carl-Johan Bergmann revanchard. Enfin n’oublions pas le polonais Tomasz Sikora et l’américain Tim Burke, le compagnon de Andrea Henkel, qui a longtemps porté le dossard jaune l’an passé.
En attendant que la hiérarchie se décante, on aura un premier aperçu des forces de chacun après le 20km prévu jeudi à Östersund. Pour cette course le tir sera prépondérant car chaque erreur coutera une minute de pénalité.
Start-List à suivre sur www.ski-nordique.net
Photos : Nordic Focus
