Les 6 plus belles randonnées
dans le Livradois-Forez
Le Livradois-Forez est le massif montagneux le moins connu de France — à 45 km de Lyon et 30 km de Clermont-Ferrand, ses crêtes de 1 600 mètres sont couvertes de landes à bruyère et de tourbières, traversées par les jasseries d'altitude où se fabrique la Fourme d'Ambert depuis le Moyen Âge.
Le Livradois-Forez est le seul massif de France où l'on fabrique encore du fromage dans des bergeries d'altitude médiévales appelées jasseries — et où les moutons descendent à la vallée avant l'hiver exactement comme ils le faisaient au XIe siècle
Le Livradois-Forez est composé de deux entités distinctes séparées par la vallée de la Dore : à l'ouest, le massif du Forez (avec Pierre-sur-Haute à 1 634 m, point culminant) — un plateau granitique de haute altitude couvert de landes à bruyère, de tourbières et de forêts de résineux ; à l'est, les collines du Livradois (600-900 m) — un bocage d'élevage et de forêts mixtes moins spectaculaires mais d'une douceur campagnarde particulière. Le Parc Naturel Régional du Livradois-Forez (créé en 1986, 311 000 hectares) est le plus grand PNR d'Auvergne-Rhône-Alpes et un des plus étendus de France.
Ce qui distingue radicalement le Livradois-Forez de tous les autres massifs de la série est son caractère pastoral médiéval intact. Les jasseries — bâtiments d'estive traditionnels bâtis sur les crêtes du Forez, à toit de lauze ou de chaume, où les fromagers montent avec leurs troupeaux de vaches de mai à octobre — continuent de fonctionner comme elles le faisaient au XIe siècle. La Fourme d'Ambert, fromage AOP à pâte persillée bleu-vert, est encore fabriquée dans certaines jasseries de la crête selon un procédé ancestral. Ce lien direct et vivant entre le paysage, les bâtiments et la production fromagère est unique en France.
La faune des crêtes du Forez est dominée par les rapaces — le milan royal (Milvus milvus), facilement reconnaissable à sa longue queue fourchue, est l'espèce emblématique du Livradois-Forez, avec une des populations nicheuses les plus importantes de France. L'aigle royal (Aquila chrysaetos) est observé régulièrement sur les crêtes, et le busard des roseaux et le busard Saint-Martin chassent dans les landes.
La ville d'Ambert (Puy-de-Dôme) est la capitale culturelle du Livradois — une ville médiévale aux trois singularités remarquables : une église gothique ronde (Saint-Jean-Baptiste, la seule église gothique circulaire de France), la proximité de la papeterie Richard de Bas (la plus ancienne papeterie active de France, en fonctionnement depuis 1326, produisant du papier à la main selon des méthodes médiévales), et l'AOP Fourme d'Ambert qui porte son nom à l'international.
Le Top 6 des randonnées dans le Livradois-Forez
Pierre-sur-Haute (1 634 m) – Le Toit du Forez entre Ciel et Landes
📍 Chalmazel (870 m) · Crête du Forez · Pierre-sur-Haute (1 634 m) · Loire / Puy-de-DômePierre-sur-Haute (1 634 m) est le point culminant des monts du Forez — et le sommet le plus haut du Massif Central au sens strict, à l'exclusion du Massif du Cantal (1 855 m) et du Massif des Volcans d'Auvergne (Puy de Sancy, 1 885 m). C'est un sommet marqué par la présence d'une station militaire — antennes et radômes qui couvrent le sommet depuis les années 1970 (relais de communication militaire). Cette présence militaire, curieusement, est devenue une des caractéristiques visuelles les plus reconnaissables du sommet.
La montée depuis Chalmazel (870 m) traverse les étapes classiques de la végétation en altitude : forêt de hêtres jusqu'à 1 100 m, puis landes à genêts, puis landes à bruyère callune (Calluna vulgaris) et myrtilles (Vaccinium myrtillus), puis landes à nard raide (Nardus stricta) et tourbières à sphaignes jusqu'au sommet. En août-septembre, la floraison de la bruyère teint les versants d'un violet intense — un spectacle que les randonneurs habitués aux landes bretonnes ou écossaises reconnaissent, mais qui surprend toujours en Auvergne.
Par temps clair (surtout après un épisode de mistral ou de tramontane qui purifie l'atmosphère), le panorama depuis Pierre-sur-Haute est un des plus larges de France centrale : les Alpes du Mont-Blanc à 280 km au nord-est, le Puy de Sancy et les volcans d'Auvergne à l'ouest, la Méditerranée à 220 km au sud (visible une vingtaine de jours par an), les Pyrénées à 350 km au sud-ouest.

Station militaire : le sommet de Pierre-sur-Haute est propriété militaire — une clôture délimite la zone interdite autour des antennes. La randonnée atteint le point géodésique et le belvédère situé juste en dehors de la clôture militaire — le panorama est identique depuis ce point accessible. Pas d'accès à l'intérieur de la station.
Myrtilles et bruyère : en juillet-août, les myrtilles sont mûres sur les versants — une cueillette traditionnelle pratiquée par les habitants depuis des générations. En septembre, la bruyère callune est en pleine floraison — les versants exposés au nord (plus longtemps humides) sont les plus colorés. La floraison dure 4-6 semaines selon l'altitude et l'exposition.
Crêtes des Jasseries – Sur les Traces des Fromagers d'Altitude
📍 Col des Supeyres (1 366 m) · Crête des Jasseries · La Pierre Bazanne · Puy-de-Dôme / LoireLes Crêtes des Jasseries — entre le Col des Supeyres (1 366 m) et la Pierre Bazanne (1 500 m) — constituent la section la plus emblématique et la plus accessible des crêtes du Forez. C'est ici que les jasseries sont les plus nombreuses et les mieux conservées — de petits bâtiments en granite, à toit de lauze ou de chaume, disséminés sur la crête à intervalles réguliers, certains encore habités et en fonctionnement de mai à octobre.
La Fourme d'Ambert (AOP depuis 1972, une des premières AOP fromagères françaises) est fabriquée dans les jasseries depuis le Moyen Âge — les sources médiévales mentionnent le paiement de la redevance seigneuriale en "fromages du Forez" dès le XIe siècle. Le fromage à pâte persillée bleu-vert, au lait de vache cru, est reconnaissable à sa forme cylindrique haute et étroite (19 cm de hauteur, 13 cm de diamètre) — une forme qui le distingue des autres fromages bleus français (Roquefort, Bleu des Causses) et qui a probablement été dictée par les contenants utilisés dans les jasseries médiévales.
La randonnée sur la crête des Jasseries offre des paysages ouverts et amples — la végétation basse des landes laisse voir loin, jusqu'aux Alpes par temps clair. Les milans royaux planent souvent à faible altitude au-dessus des landes, chassant les campagnols dans la végétation rase. Au bout de la crête, la Pierre Bazanne (un rocher de granite imposant à 1 500 m) marque un belvédère naturel sur la plaine du Forez et sur les versants à l'est.
Visiter une jasserie en fonctionnement : de juin à octobre, certaines jasseries sont ouvertes à la visite et à la vente directe de Fourme d'Ambert fraîche — vérifier auprès de l'OT d'Ambert (tourisme-ambert.fr) quelles jasseries sont accessibles chaque été. La visite d'une jasserie en fonctionnement, avec les fromagers en train d'affiner les fromages dans la fraîcheur des caves naturelles, est une des expériences les plus authentiques de l'Auvergne profonde.
Fourme d'Ambert en direct : la différence entre une Fourme d'Ambert de jasserie (lait cru, affinage en altitude naturelle) et une Fourme d'Ambert industrielle (lait pasteurisé, affinage en cave) est considérable — la version traditionnelle est plus crémeuse, plus complexe et moins amère. Les fermes productrices de Fourme d'Ambert en direct sont listées sur le site du Syndicat de la Fourme d'Ambert (fourme-ambert.fr).
Vallée du Fossat & Crêtes – La Vallée Encaissée et ses Vergers Sauvages
📍 Job (600 m) · Vallée et crêtes du Livradois · Puy-de-DômeLa Vallée du Fossat est peut-être la plus belle vallée du Livradois — un vallon encaissé entre des versants de 400 m de dénivelé, couvert d'une végétation de bois mixtes (hêtres, chênes, châtaigniers), de landes à bruyère et de vergers abandonnés où subsistent des pommiers et des poiriers sauvages en fleur au printemps. Le village de Job (600 m) est un des bourgs les mieux conservés du Livradois — des maisons en granite gris aux volets colorés, une économie locale basée sur l'élevage et l'artisanat, une population qui refuse la modernisation à marche forcée.
La randonnée monte depuis le fond de la vallée de Job vers les crêtes du Livradois (900-1 000 m), traversant successivement les vergers, les haies bocagères denses, les landes à genêts (jaunes au printemps, secs et odorants en été) et les forêts de sapins qui couvrent les hauteurs. Les vues depuis les crêtes du Livradois — différentes de celles du Forez car moins spectaculaires mais plus intimes — s'ouvrent sur un bocage de collines rondes, parsemé de fermes isolées, qui évoque plus l'Irlande ou les Highlands écossais que l'Auvergne stéréotypée des volcans.
Le milan royal (Milvus milvus) est omniprésent dans la vallée de Job — sa queue fourchue caractéristique le distingue immédiatement du buse variable (queue arrondie) et du milan noir (queue peu fourchue). C'est un rapace charognard et opportuniste qui profite de l'élevage extensif du Livradois — les prairies permanentes et les fermes isolées lui fournissent une nourriture abondante.

Vergers sauvages et cueillette : en septembre-octobre, les pommiers et poiriers sauvages des versants de Job produisent des fruits — petits, parfois acides, mais parfumés de façon incomparable. La cueillette sur les arbres des chemins publics est autorisée — une pratique ancestrale que les habitants de Job maintiennent. Ces pommes sauvages, pressées en cidre ou en jus, constituent un des produits artisanaux les plus authentiques du Livradois.
Musée du Papier le Nil : à 15 km de Job, à Ambert (rue des Moulins), le Musée du Papier le Nil est installé dans une ancienne papeterie du XVIIe siècle — une introduction à l'histoire de la papeterie dans la région, complémentaire à la visite de Richard de Bas. Entrée ~5 €, ouvert en saison.
Tour d'Ambert & Papeterie Richard de Bas – La Ville Ronde et son Moulin à Papier
📍 Ambert (535 m) · Papeterie Richard de Bas · Vallée de la Dore · Puy-de-DômeAmbert est la seule ville de France dotée d'une église gothique circulaire — l'église Saint-Jean-Baptiste (XVe-XVIe siècle), de plan circulaire à l'extérieur avec un chœur gothique à l'intérieur, est une singularité architecturale absolue dans le paysage de l'art religieux français. Cette forme circulaire (probablement liée à la nécessité de s'adapter au plan d'une place ronde médiévale) donne à Ambert une silhouette urbaine reconnaissable dans toute la région.
La Papeterie Richard de Bas (à 3 km d'Ambert, sur la Dore) est la plus ancienne papeterie encore active de France — en fonctionnement depuis 1326, soit près de 700 ans sans interruption. Elle produit du papier à la main selon les techniques médiévales, avec des chiffons macérés dans l'eau de la Dore, battus, mis en forme sur des cadres et séchés à l'air. Le papier produit par Richard de Bas est utilisé par des artistes, des éditeurs de livres d'art et des calligraphes du monde entier. La visite (musée et démonstration de fabrication du papier) est une des plus étonnantes d'Auvergne.
La randonnée autour d'Ambert combine la visite de l'église ronde, le chemin de la Dore jusqu'à Richard de Bas, et la montée sur les collines du Livradois qui encadrent la ville — offrant des vues sur Ambert dans son écrin de collines et sur les crêtes du Forez enneigées en hiver.
Musée de la Fourme d'Ambert (maison-de-la-fourme.com) : installé au cœur d'Ambert, il retrace l'histoire de la Fourme d'Ambert depuis les jasseries médiévales jusqu'aux fromageries industrielles modernes — avec dégustation en fin de visite. Une visite de 45 min qui donne les clés pour apprécier les jasseries de crête ensuite.
Marché d'Ambert : marché le vendredi matin — un des marchés les plus authentiques du Massif Central, avec producteurs locaux (Fourme d'Ambert en différents stades d'affinage, lentilles vertes du Puy, miel de bruyère du Forez, saucissons auvergnats, fromages de chèvre du Livradois).
Vallée de la Dore & Thiers – Du Fleuve des Couteliers aux Gorges Sauvages
📍 Thiers (480 m) · Gorges de la Dore · Musée de la Coutellerie · Puy-de-DômeThiers est une des villes les plus surprenantes du Massif Central — accrochée à un flanc de coteau au-dessus des gorges de la Dore, avec ses maisons médiévales à colombages et ses ateliers de couteliers qui s'enchaînent le long des rues. Thiers est la capitale française de la coutellerie depuis le XVe siècle — elle produit aujourd'hui environ 75% des couteaux fabriqués en France, des couteaux de cuisine aux Laguiole en passant par les couverts de table et les couteaux de poche. La Dore alimentait historiquement les meules des couteliers — la rivière comptait jusqu'à 300 moulins à son apogée au XVIIIe siècle.
La randonnée descend depuis Thiers dans les gorges de la Dore — un canyon de 200-300 m de profondeur taillé dans le granite, avec l'eau claire et rapide de la Dore sur le fond, des cascades, des marmites de géants et des forêts de chênes et d'aulnes en galerie sur les berges. Ces gorges, accessibles depuis Thiers par le sentier de la Vallée des Rêves, sont sauvages et peu fréquentées — un contrepoint naturel au bruit des ateliers de couteliers en hauteur.
La Dore est une rivière à truites fario (Salmo trutta) d'excellente qualité — ses eaux froides, oxygénées et claires sur fond de granite, riches en invertébrés aquatiques, accueillent une des populations de truites les plus importantes du Puy-de-Dôme. La pêche à la mouche dans les gorges de la Dore est une des activités phares du PNR.

Couteaux de Thiers : plusieurs ateliers de couteliers artisanaux proposent visite et vente directe à Thiers — notamment Forge de Laguiole Thiers (forge-de-laguiole.com) et Pradel Couteliers. La spécialité de Thiers est le couteau pliant à cran d'arrêt ("Pradel" ou "Douk-Douk"), mais les plus beaux travaux sont les couteaux de table et les couteaux de chasse avec manche en corne, en buis ou en bois de cerf.
Gorges de la Dore (Thiers) : le sentier de la Vallée des Rêves descend depuis Thiers dans les gorges (D+ 250 m, 4 km aller, 1h30 de descente, 2h de remontée) — un sentier vertigineux parfois équipé de câbles et d'échelons dans les sections les plus raides. Ne pas tenter avec de jeunes enfants ou en cas de chaussures inadaptées.
Grand Tour du Livradois-Forez – La Traversée du Massif de Part en Part
📍 Ambert · Grand Tour · GR 412 · 6–10 jours · Puy-de-Dôme / Loire / Haute-LoireLe Grand Tour du Livradois-Forez sur le GR 412 est le circuit itinérant de référence du massif — 180-220 km selon les variantes, praticables en 6-10 jours, qui traverse de part en part le Parc Naturel Régional en révélant successivement tous ses paysages : les crêtes du Forez (landes, tourbières, jasseries), le versant occidental boisé, les gorges de la Dore, le bocage du Livradois, les vallées encaissées, les villages de granit, et retour par les hautes terres.
Ce grand tour est probablement la randonnée itinérante la moins connue et la plus authentique de toute la France centrale — pas de foule, pas d'équipement touristique abondant, des gîtes ruraux parfois spartains, des villages où le randonneur de passage est encore une curiosité agréable plutôt qu'un flux à gérer. Le Livradois-Forez a su rester à l'écart du tourisme de masse qui a transformé d'autres massifs.
Le GR 412 est balisé en rouge-blanc sur l'ensemble du parcours — il relie le PNR du Livradois-Forez aux massifs voisins (Volcans d'Auvergne à l'ouest, Velay à l'est) et peut être étendu pour constituer des itinéraires de plusieurs semaines. Les étapes moyennes sont de 20-25 km avec des dénivelés de 500-700 m — une randonnée physiquement engagée mais sans difficulté technique particulière.
Période idéale : juin (genêts en fleur, jasseries qui ouvrent) et septembre (bruyère en fleur, myrtilles mûres, lumière dorée de l'automne auvergnat). Juillet-août : chaud sur les crêtes mais idéal pour les étapes en forêt. Éviter mai (dernier fond de neige possible sur Pierre-sur-Haute) et octobre (fermeture des jasseries, jours courts).
Ravitaillement : le Livradois-Forez est un territoire rural peu dense — les villages étape ont parfois une épicerie ou une boulangerie, parfois rien du tout. Prévoir les ravitaillements en nourriture depuis les villes (Ambert, Thiers, Viverols) et ne jamais compter sur une épicerie à chaque étape.
Tableau récapitulatif des 6 randonnées
| # | Randonnée | Altitude max. | Distance | D+ | Durée | Difficulté |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Pierre-sur-Haute (1 634 m) – toit du Forez | 1 634 m | 10–18 km | 764 m | 4h30–7h | Moyen/Difficile |
| 2 | Crêtes des Jasseries & Fourme d'Ambert | 1 500 m | 8–16 km | 200–400 m | 3h–6h | Facile/Moyen |
| 3 | Vallée de Job – bocage et landes | 1 000 m | 8–16 km | 400–600 m | 4h–7h | Moyen |
| 4 | Ambert & Papeterie Richard de Bas 1326 | 600 m | 6–12 km | 100 m | 2h30–5h | Facile |
| 5 | Vallée de la Dore & Thiers couteliers | 700 m | 8–16 km | 250–450 m | 3h30–6h | Moyen |
| 6 | Grand Tour GR 412 – traversée complète | 1 634 m | 180–220 km | 7 000 m total | 6–10 jours | Moyen |
FAQ – Randonnée dans le Livradois-Forez
Qu'est-ce qu'une jasserie et quel est son lien avec la Fourme d'Ambert ?
La jasserie est un bâtiment d'estive traditionnel des monts du Forez — un terme spécifique à cette région qui n'a pas d'équivalent exact dans le reste de la France (les "chalets d'alpage" alpins ou les "cayolars" basques jouent un rôle similaire mais dans des contextes géographiques et architecturaux différents).
Qu'est-ce qu'une jasserie : une jasserie est une construction en granite des crêtes du Forez, à toit traditionnellement de lauze (schiste plat) ou de chaume, comprenant plusieurs espaces fonctionnels : l'étable pour les vaches (le plancher de l'étable produit de la chaleur par fermentation du fumier, chauffant naturellement l'espace de fabrication au-dessus), la fromagerie où le lait est transformé, le chai d'affinage, et le logement du fromager et de sa famille. Ces constructions sont bâties directement sur les crêtes, à 1 200-1 450 m d'altitude, exposées à tous les vents — leur robustesse en granite est une nécessité.
Le cycle pastoral : au printemps (mai-juin), les fromagers montent avec leurs troupeaux de vaches Salers ou Abondance depuis les fermes de vallée jusqu'aux jasseries de crête — une transhumance verticale qui se répète depuis le Moyen Âge. Sur les estives d'été (juin-octobre), le lait est transformé en Fourme d'Ambert chaque jour. À l'automne (octobre), avant les premières neiges, les troupeaux redescendent et les jasseries ferment pour l'hiver. Ce cycle, pratiquement inchangé depuis le XIe siècle, est une des continuités culturelles les plus remarquables de France.
La Fourme d'Ambert AOP : la Fourme d'Ambert est un fromage à pâte persillée fabriqué au lait de vache (entier, cru dans les jasseries artisanales, pasteurisé dans les fromageries industrielles). Sa forme cylindrique haute et étroite (19 cm × 13 cm), sa pâte blanche à persillé bleu-vert discret et son goût doux et crémeux (moins piquant que le Roquefort, moins fort que le Bleu des Causses) en font le fromage bleu le plus accessible de France. L'AOP (Appellation d'Origine Protégée) garantit la zone géographique de production — les monts du Forez et le Livradois.
Pourquoi Thiers est-elle la capitale de la coutellerie française depuis 600 ans ?
Thiers représente environ 75% de la production nationale de couteaux aujourd'hui — une concentration industrielle héritée d'une histoire qui remonte au XIVe siècle et qui s'explique par une combinaison de facteurs géographiques et économiques précis.
Les origines médiévales : la coutellerie à Thiers est mentionnée dans des textes dès le XIVe siècle. La ville bénéficiait de plusieurs atouts : la Dore (rivière à fort débit et pente importante dans les gorges de Thiers) qui alimentait les roues hydrauliques des meules de polissage, un accès facile au charbon de bois des forêts du Forez pour les forges, un sous-sol en granite fournissant les meules d'affûtage, et une tradition artisanale locale ancrée dans la population.
La division du travail : dès le XVe siècle, la production du couteau à Thiers est organisée en étapes séparées, chaque artisan spécialisé dans une opération — les forgerons (formage de la lame), les rectifieurs (ponçage de la lame), les affûteurs (affûtage du tranchant), les émouleurs (polissage final), les gainiers (fabrication des manches), les monteurs (assemblage). Cette proto-industrialisation médiévale a permis d'atteindre des volumes et une qualité impossibles dans un atelier artisanal intégré.
L'émoulage à plat ventre : la technique la plus caractéristique — et la plus dure — de la coutellerie thiernoise était l'émoulage couché à plat ventre sur une planche inclinée au-dessus de la meule hydraulique, pour affûter la lame à angle précis. Cette position, imposée par la configuration des installations hydrauliques dans les gorges de la Dore, était pénible et dangereuse (éclats de meule, humidité, position prolongée). Des témoignages du XIXe siècle décrivent les émouleurs qui vieillissaient prématurément dans cette position.
Pourquoi les landes à bruyère du Forez sont-elles violettes en août et que sont les tourbières ?
Les deux éléments végétaux les plus caractéristiques des crêtes du Forez — les landes à bruyère et les tourbières — sont étroitement liés à la géologie granitique et au climat humide du massif.
La bruyère callune (Calluna vulgaris) est la plante dominante des landes de crête — une plante vivace arbustive basse (20-50 cm) qui recouvre les versants exposés en un tapis continu. Sa floraison en août-septembre produit des milliers de petites fleurs rose-mauve par tige — multipliées sur des hectares de versant, ces fleurs créent un violet intense qui teinte littéralement les montagnes. Ce phénomène est bien connu dans les Highlands écossais et en Bretagne, mais sa présence dans le Massif Central surprend souvent.
Pourquoi cette dominance : la bruyère callune se développe sur des sols très acides et pauvres en nutriments — exactement le type de sol produit par l'altération du granite sous les pluies acides des plateaux du Forez. Elle tolère l'humidité, le froid et le vent, et résiste aux feux pastoraux (les bergers brûlaient historiquement les landes pour favoriser le regain d'herbe fraîche, mais la bruyère repousse rapidement depuis ses souches). La gestion pastorale extensive des crêtes du Forez a maintenu les landes à bruyère pendant des siècles — l'abandon de l'élevage dans certains secteurs menace aujourd'hui cette végétation par envahissement des résineux.
Les tourbières du Forez : les replats et les dépressions des crêtes du Forez accueillent des tourbières — des milieux humides formés par l'accumulation de sphaignes (Sphagnum spp., mousses capables d'absorber jusqu'à 20-30 fois leur poids en eau) dans des conditions de drainage très mauvais. Ces tourbières sont des puits de carbone importants — la matière organique non décomposée s'accumule pendant des millénaires, stockant le carbone atmosphérique. Les tourbières du Forez sont parmi les plus importantes du Massif Central — elles abritent des espèces rares comme la linaigrette à feuilles étroites, le rossolis à feuilles rondes (plante carnivore), et le cuivré de la bistorte (papillon).
Comment rejoindre le Livradois-Forez depuis Paris ou Lyon et quelle est la meilleure saison ?
Le Livradois-Forez est un massif central sans desserte ferroviaire directe — les voitures restent le moyen le plus pratique.
Depuis Paris : TGV Paris-Gare-de-Lyon → Clermont-Ferrand (3h30, plusieurs directs par jour). Depuis Clermont : voiture vers Ambert (75 km, 1h15 via D906) ou vers Thiers (40 km, 50 min via A72/N89). Alternativement : TGV Paris → Vichy (1h50) + voiture vers Thiers (50 km, 50 min) — option rapide pour la partie nord du massif.
Depuis Lyon : voiture directe vers Ambert (100 km, 1h30 via N89-D906) ou vers Thiers (60 km, 50 min via A89). Lyon est la grande ville la plus proche du Livradois-Forez — une proximité qui reste peu exploitée par les Lyonnais.
En voiture depuis Paris : Paris → Ambert (430 km, 5h via A10-A71-A75-D906).
Meilleures saisons :
— Juin : les genêts balais (Cytisus scoparius) fleurissent en jaune vif sur les versants ensoleillés, les jasseries ouvrent, les prairies sont vertes et fleuries. Température idéale sur les crêtes (10-18°C). Peu de monde.
— Juillet-début août : myrtilles mûres (cueillette libre), jasseries en pleine activité, promenades sur les crêtes agréables (20-25°C en journée, frais le soir).
— Août-septembre : LA MEILLEURE PÉRIODE pour la bruyère en fleur (violet intense des versants, spectacle le plus caractéristique du Forez). Myrtilles encore présentes début août. Lumière de fin d'été magnifique.
— Octobre : couleurs d'automne sur les hêtres et les châtaigniers des versants. Jasseries qui ferment (mi-octobre). Bruyère passée mais paysage plus coloré que l'été.
— Hiver (novembre-avril) : neige fréquente sur les crêtes du Forez (Pierre-sur-Haute peut être sous 1 m de neige de décembre à mars). Ski de fond à Chalmazel. Les crêtes sont déconseillées sans équipement spécifique (raquettes, crampons légers). Le Livradois (600-900 m) reste praticable toute l'année.
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