"J'admire leur précision. Il y a eu un bond en avant formidable", dit-il, admiratif de la génération actuelle du ski français, emmenée par Julien Lizeroux, avant de se remémorer pour l'AFP ses exploits olympiques.

"Le slalom, c'était dans le stade olympique en présence d'Adolf Hitler" en février 1936. "Il y avait des milliers de gens, je n'avais jamais vu ça", se souvient Emile Allais, très alerte à 97 ans.

"Quand je suis parti, je ne sentais pas mes jambes. J'ai eu la chance d'être quatrième à la descente, troisième au slalom et troisième au combiné", poursuit celui qui avait décroché à l'époque la médaille de bronze au combiné (les autres épreuves n'offrant pas de médailles, ndama), et qui skie toujours soixante-quatre ans plus tard.

Après son retour à Megève, où certains lui reprochèrent de n'avoir terminé que troisième, Emile Allais, fils de boulanger, devenait en 1937 le premier champion du monde français de ski alpin à Chamonix, avant de prendre sa retraite sportive en 1939.

Il mettait ensuite sa nouvelle notoriété au service du ski en participant à la première méthode en France, "Ski français", qui mettait fin à la domination du virage chasse-neige au profit du ski parallèle.

"Pour moi, le futur du ski c'était le ski parallèle. Mon idée était de skier le plus vite possible au lieu de perdre son temps à faire des virages chasse-neige", souligne M. Allais, également à l'initiative de la création de la première école de ski en France.

Après la guerre, il partait enseigner le ski au Chili, au Canada et aux Etats-Unis où il participait à la création de Squaw Valley en Californie, qui deviendra l'une des plus célèbres stations américaines de ski.

"Quand je suis arrivé à Squaw Valley, ils m'ont dit +qu'est-ce qu'on fait avec la montagne ?+. Ca a commencé comme ça", se souvient celui qui faisait alors la couverture du magazine Life et enseignait le ski aux stars d'Hollywood.

"Ca m'a ouvert un nouvel horizon et permis de faire autre chose que moniteur de ski. Quand on avait besoin de conseils pour les pistes, on m'appelait".

Fort de son expérience américaine, il participait à son retour en France à la création de la station de Courchevel, où il introduisait le damage à l'aide de chenillettes.

"Ce qui était important, c'était de rendre le ski agréable. Les pistes, c'est la valeur d'une station de sport d'hiver. J'avais appris tout ça en Amérique", souligne-t-il. "Les choses me frappent peut-être un peu plus tôt que les autres. J'aime bien rêver à quelque chose de mieux. Mais c'était les débuts" du ski de loisir » poursuit-il modestement.

Il restera également dans l'Histoire comme celui ayant introduit en France les premiers skis métalliques, mis au point par l'ingénieur américain Howard Head, vers lesquels Rossignol se tournera pour fabriquer les célèbres Allais 60, qui équipèrent Jean Vuarnet, médaillé olympique à Squaw Valley en 1960. (avec AFP)