Elle l'a fait. En obtenant, lors du 10km d'Otepaa, sa 43è victoire en Coupe du monde, Marit Bjoergen vient de dépasser sa prestigieuse compatriote Bente Skari. Elle avait annoncé avant le début de sa saison qu'elle se lançait à la "chasse aux records", et en voici donc déjà un dans sa besace. Etant donné sa domination actuelle, les records d'Elena Vaelbe ( 45 victoires ) et Bjorn Daehlie (48 victoires ) ne devraient pas tarder à tomber également.
Marit Bjoergen mérite t'elle pour autant qu'on lui attribue le titre officieux de "Meilleure fondeuse de l'histoire" ?? Certainement pas, puisqu'il reste toujours difficile, voire impossible, de comparer les époques et les générations, et que les chiffres, lorsque l’on les regarde de plus prés, ne parlent pas forcément en faveur de la musculeuse Marit.
On remarque en effet que Bjoergen a obtenu 43 victoires en 157 participations , ce qui lui donne le pourcentage appréciable de 27°/° de succès obtenus dans son parcours en Coupe du Monde. Mais elle est quand même devancée par Bente Skari, vainqueur à 42 reprises en 139 courses ( 30°/°) et surtout par la russe Vaelbe, qui propose des chiffres simplement ahurissants: 45 victoires et 81 podiums pour 109 courses disputées, ce qui équivaut à 41°/° de victoires et ...74°/° de podiums !!!
Même s'il convient de rester prudent avec ces statistiques, il est évident que Elena Vaelbe reste, et restera, la fondeuse qui aura le plus nettement dominé sa génération. Le règne de l'actuelle patronne du ski de fond russe aura pratiquement duré une décennie, entre 1989 et 1998, années durant lesquelles elle aura remporté 5 Globes de Cristal ( 89, 91, 92, 95, 97 ) et aura obtenu 4 podiums supplémentaires ( 2è en 90, 93, 96 et 3è en 94 ). Des chiffres qui en disent long sur la constance et la trajectoire linéaire de cette exceptionnelle athlète.
A contrario, lorsqu'il s'agit de suivre le fil de sa carrière, Bjoergen ne peut guère se prévaloir d'une domination aussi "radicale". Sa 1ère période d'influence se situe entre 2004 et 2006, période ou ses qualités de sprinteuse pure (2003, 2004 ) ont laissé la place à une athlète complète et toute distance ( 2005 ). Cependant, elle aura subi la supériorité constante de Katerina Neumanova, en style libre de distance. Par contre, le pouvoir qu'elle exerce depuis les JO de Vancouver s'apparente aux meilleures périodes de Vaelbe et Skari. Signalons qu'en 2003, Bente s'est imposé 12 fois en 15 Coupes du Monde disputées !!!!
Une Skari qui, à la manière de Vaelbe, a imposé sa maitrise sur plusieurs saisons consécutives, entre 1998 et 2003: Vainqueur du Globe de Cristal en 1999,2000, 2002 et 2003, et 2è en 1998 et 2001. ( C'est mieux que Bjoergen, mais moins bien que Vaelbe )
Une chose très importante à considérer lorsqu'il s'agit d'entreprendre une comparaison entre des athlètes, c'est, évidemment, la qualité de l'adversité. Comme on l'a déjà souligné, Bjoergen bénéficie probablement d'une période "creuse" de l'histoire du ski de fond féminin. Malgré tout le respect que l'on doit à "l'athlète" Kowalczyk, ses cruelles déficiences techniques lui valent les sarcasmes répétés d'un milieu qui se moque constamment de ses maladresses, de ses « chasse-neiges » en descente et de ses dépenses énergétiques inconsidérées.
Toutes les qualités physiques et toutes les faiblesses techniques de l'adversaire n°1 de Bjoergen peuvent se résumer en 1 seul fait de course, lors du 30km libre Mass-Start des JO de Turin. Au pied de la dernière ascension, Kowalczyk place une violente accélération, et distance une par une des adversaires nommées Smigun, Paruzzi, Tchepalova et Neumanova !!!
Elle bascule seule au sommet, ayant sorti tout le monde de l'aspiration...avant de se faire reprendre par Tchepalova et Neumanova dans la descente et de se faire battre très facilement au sprint par ses 2 adversaires. En quelques minutes, on venait d'admirer le physique supérieur d'une formidable athlète , avant de constater les terribles lacunes techniques de cette même athlète...
Mais malgré cela, Kowalczyk reste la n°2 de la hiérarchie actuelle, et assez nettement devant les autres, ce qui peut confirmer l'opinion selon laquelle le ski de fond féminin actuel n'a plus la compétitivité qu'il a eu dans le passé. En son temps, Elena Vaelbe devait faire face aux redoutables Belmondo, Di Centa, Kirvesniemi, Neumanova, ainsi qu'à l'armada russe des Danilova, Egorova, Lazutina, Tchepalova, Nagejkina ou Gavriljuk, et Bente Skari n'était certes pas mieux lotie , puisqu'elle devait y ajouter Smigun et Paruzzi !!
Un dernier élément, sans doute le plus subjectif, peut rentrer en compte au moment de placer les sportifs devant l'histoire : le souvenir et l'image laissés en chemin . A ce titre, Bente Skari possède plusieurs longueurs d'avance sur ses adversaires, tant elle représentait , en style classique, l'harmonie sur 2 planches.
Photos : Nordic Focus
