Mont Ventoux · 1 912 m · Bédoin · Malaucène · Sault · Vaucluse Mont Ventoux
au Tour de France
· Wim Van Est · Pays-Bas ·
1 912 mètres. Un dôme chauve battu par le mistral, recouvert de cailloux blancs qui réverbèrent la chaleur provençale. Trois versants, trois caractères, une seule certitude : le Ventoux ne ment pas. Il révèle les forts, il brise les autres. La montagne de Tom Simpson, de Marco Pantani, de Chris Froome. La montagne la plus redoutée du cyclisme.
01Un géant sans équivalent dans le cyclisme mondial
Il n'y a pas d'autre montagne dans le cyclisme qui cumule autant de dimensions — géographique, climatique, historique, dramatique. Le Ventoux est seul de son espèce : un sommet isolé en pleine Provence, sans chaîne de montagne pour le protéger du vent, visible à 300 kilomètres par temps clair, reconnaissable entre tous à sa calotte de cailloux blancs qui lui donnent l'air d'une montagne lunaire ou d'une dent usée jusqu'à l'os. Quand les coureurs s'y engagent, ils savent qu'ils ne tricheront pas.
Ce qui rend le Ventoux unique, c'est la combinaison de facteurs qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. La chaleur d'abord — en juillet, le mercure dépasse régulièrement 40°C en bas de l'ascension, et la zone de cailloux réverbère encore plus. Le vent ensuite — le mistral peut souffler à 90, 100, voire 200 km/h au sommet, transformant les derniers kilomètres en cauchemar aérodynamique. Et les pentes — pas les plus longues du Tour, pas les plus raides au mètre, mais tenues sur une durée qui fait craquer les organismes et les certitudes.
Le Ventoux n'est pas forcément le col le plus difficile techniquement du Tour de France. Mais c'est le plus impitoyable. La chaleur, le vent, l'isolement, le symbole — tout se cumule pour en faire la montagne de vérité absolue du cyclisme. On ne survit pas au Ventoux. On le traverse, ou il vous traverse.
02Trois versants — trois expériences différentes
Le Ventoux peut se gravir par trois côtés. Chacun a son identité, ses pièges, sa logique propre. Le Tour de France emprunte presque toujours le versant de Bédoin — le plus dur, le plus logique, le plus cinématographique. Mais les deux autres ont leur noblesse et leur intérêt.
Versant Bédoin — Le Classique, Le Brutal Sud Hors Catégorie
Le versant utilisé par le Tour de France dans la quasi-totalité de ses passages. La montée commence doucement dans les vignes et les cerisiers de Bédoin, puis bascule brutalement dans la forêt du Comtat après le village de Saint-Estève — la pente passe d'un coup à 9-10% et ne lâche plus pendant 6 km. C'est là que la sélection se fait. Après la forêt vient Chalet Reynard (1 440 m) et la sortie de la végétation : le coureur se retrouve face au désert de pierres blanches, exposé au soleil et au vent, sans aucune protection, pour les 6 derniers kilomètres les plus redoutables du cyclisme. C'est là que Simpson est mort. C'est là que Pantani a explosé. C'est là que tout se joue.
Versant Malaucène — Le Moins Connu, Le Tout Aussi Dur Nord Hors Catégorie
Le versant nord est techniquement presque identique à Bédoin — même longueur, dénivelé légèrement inférieur, mêmes pentes maximales. Mais il est rarement utilisé par le Tour, ce qui lui confère une aura différente : le versant des connaisseurs, des cyclotouristes qui veulent l'expérience sans la foule du côté sud. La montée est plus irrégulière, avec des faux-plats et quelques passages moins raides qui peuvent tromper sur l'effort total. La zone de cailloux est identique et l'arrivée au sommet indifférenciée.
Versant Sault — L'Option Raisonnable Est Catégorie 1
Le versant de Sault est le plus long des trois mais le moins pentu en moyenne — ce qui ne veut pas dire facile. Il passe par des paysages de lavande qui font sa réputation touristique. La montée rejoint Chalet Reynard à 1 440 m, puis partage les 6 derniers kilomètres avec le versant Bédoin — les mêmes 6 km de cailloux blancs et de vent. Le Sault est souvent utilisé comme versant de descente lors des étapes qui attaquent par Bédoin. C'est la bonne option pour une première fois sur le Ventoux.
03Les zones qui font et défont les courses
Le virage de Saint-Estève marque la fin de la montée douce dans les vignes et le basculement immédiat dans la forêt. La pente passe brutalement à 9-10% et ne desserre pas l'étau pendant 6 kilomètres. C'est le premier filtre. Ceux qui sont encore là après Saint-Estève peuvent y croire. Les autres commencent à souffrir en silence et à compter les lacets.
Neuf kilomètres de forêt, de pentes entre 8 et 12%, sans vue sur le sommet, sans repère visuel motivant, dans une chaleur étouffante que les arbres emprisonnent. La forêt du Comtat est l'endroit où les contre-la-montre mentaux se jouent. On ne voit pas où on va. On sait juste que ça monte encore. C'est ici que Tom Simpson a dit ses derniers mots. C'est ici que les isolés craquent et que les équipes s'effacent.
Le Chalet Reynard (1 440 m) marque la sortie de la forêt et l'entrée dans la zone de pierres blanches. Psychologiquement, c'est le moment le plus cruel de l'ascension : on voit enfin le sommet, mais il reste 6 km et le vent s'engouffre brutalement. Les coureurs qui arrivent ici avec des jambes encore fraîches peuvent jouer le coup. Ceux qui sont déjà dans le rouge sont condamnés à subir.
La zone la plus photographiée et la plus redoutée du Ventoux. Les arbres disparaissent, la végétation aussi. Il ne reste que des pierres calcaires blanches, une pente entre 7 et 10%, le vent du mistral sans aucun obstacle pour l'atténuer, et le soleil qui réverbère sur les roches. La température ressentie peut dépasser 55°C sur cette section en juillet. C'est ici que la stèle de Tom Simpson est plantée, à 1 km du sommet. Chaque coureur la voit. Chaque coureur sait ce qu'elle représente.
04Tom Simpson — la montagne et la mort
Tom Simpson, champion du monde 1965, maillot arc-en-ciel, Britannique adulé sur le continent, s'effondre à 1 km du sommet lors du Tour de France 1967. Il fait 54°C au sol dans la zone de cailloux. Il a pris des amphétamines, combinées à l'alcool, dans un peloton où le dopage est alors généralisé et banalisé. Ses derniers mots aux soigneurs qui veulent le stopper : « Remettez-moi sur le vélo. »
Il meurt quelques instants plus tard d'une défaillance cardiaque liée au cocktail chaleur-effort-produits. Il avait 29 ans. Sa mort va directement provoquer l'introduction des premiers contrôles antidopage dans le cyclisme professionnel.
05Le Ventoux au Tour de France — les dates clés
06Les records — ce que les chiffres disent vraiment
07Palmarès — les noms qui comptent
« Sur le Ventoux, tu peux être le meilleur grimpeur du monde. Si tu pars trop fort dans la forêt, tu finiras à genoux dans les cailloux. »
— Sentiment universel parmi les coureurs du Tour de FranceVous préparez l'ascension du Ventoux à vélo ? Profil km par km des 3 versants, pentes, ravitaillement, Chalet Reynard, Mistral, où dormir — Guide cycliste complet du Mont Ventoux →
