Le silence était lourd, hier matin mardi, dans la cour d'assises du tribunal judiciaire d'Annecy.
Pull vert, visage impassible mais les mains nouées dans le dos, Alexis Pinturault s'est avancé à la barre pour faire face à ses démons.
À quelques mètres de lui, dans le box des accusés, les quatre hommes soupçonnés d'avoir violemment tenté de pénétrer dans sa maison de Saint-Jorioz, en juillet 2023, pour y dérober une montre estimée à 500 000 euros.
Une nuit d'horreur
Rapidement submergé par l'émotion, le double champion du monde a raconté l'indicible.
Réveillé en sursaut, nu, par les hurlements de son épouse Romane, enceinte de quatre mois, à une heure trente du matin, il se retrouve nez à nez avec des assaillants armés. L'instinct de survie prend alors le dessus.
« Au début, je subis la situation. Ils essaient de m'assommer », raconte-t-il froidement (propos rapportés par l'Equipe)
« Mais quand je subtilise l'arme, je renverse le rapport de force et je m'en sers comme d'une matraque... Je pense à notre survie, et notre survie passe par éliminer mes adversaires. »

L'effondrement d'un homme face à la peur
Mais le vernis du guerrier craque lorsqu'il évoque sa femme, enceinte de quatre mois au moment des faits.
En sanglots, incapable de terminer ses phrases, Pinturault doit accepter le mouchoir tendu par un huissier.
« On doit vivre avec ce traumatisme. On a bien conscience que les accusés ne sont pas forcément les commanditaires.
On pense sérieusement à déménager. Mais on est aussi conscients que, si ces gens-là nous traquent, le répit sera de courte durée. »
« Ces gens n'ont pas d'humanité »
Le témoignage de Romane, son épouse, dans l'après-midi, a jeté un froid glacial sur l'audience. Anéantie, la jeune maman a avoué ses terreurs les plus sombres.
« Vu leur comportement, j'ai peu de doute qu'ils auraient pu me frapper, me violer », lâche-t-elle en larmes.
« Aujourd'hui, on a un enfant, on doute de tout, je me réveille trois fois par nuit pour aller vérifier les caméras de surveillance... Ces gens n'ont pas d'humanité. »
La parole comme thérapie
À l'issue de cette journée éprouvante, Alexis Pinturault semblait soulagé d'avoir pu vider son sac.
« Ça fait du bien de pouvoir s'exprimer. C'est comme une thérapie », a glissé le skieur.
« Ce sont des jeunes qui ont pris un mauvais chemin. Ils vivent dans un monde de sauvages. »
Le champion français n'assistera pas à la fin du procès car il a immédiatement pris la route de Kranjska Gora, en Slovénie, pour retrouver la coupe du monde.

