Le Luberon a le don de révéler les hommes de caractère. Harold Tejada s’en souviendra toute sa vie : premier problème mécanique, changement de vélo dans l’avant-dernière montée, et une victoire en solitaire deux collès plus loin. La première de sa carrière en World Tour.
Le Luberon avale les échappées, une par une
La journée commence par les tentatives d’usage : Stefan Bisegger (Decathlon CMA CGM) et Sébastien Grignard (Intermarché-Lotto) passent une douzaine de kilomètres en avant, jamais à plus de 25 secondes. La route leur mange leur avance avant même qu’ils aient eu le temps de l’installer.
Au kilomètre 42, l’échappée sérieuse prend forme : Joshua Tarling (Ineos Grenadiers), Igor Arrieta (UAE Emirates-XRG), Stef Cras (Soudal Quick-Step) et Arthur Kluckers (Tudor) trouvent l’accord. Le quatuor part et grossit, jusqu’à 2'10'' de marge à l’approche de la côte de Bonnieux, grimpée à une moyenne frisant les 49 km/h. Cofidis prend en charge la poursuite dans le peloton, sans affolement.
La machine tourne. Trop bien, même : à quarante kilomètres du but, la marge est fondue à 1'20''. C’est le signal de Soren Kragh Andersen pour tenter le contre solitaire. Le Danois revient à 30 secondes au col de l’Aire Deï Masco — pendant que le peloton pointe à une minute. Mais il stagne en descente, récupère Cras, lâché par ses compagnons d’échappée, et le duo renonce ensemble à 20 km de l’arrivée. Retour dans le rang.
Côte de Saignon : Martinez attaque, Tejada contre — et c’est Tejada qui gagne
Le trio de tête — Tarling, Arrieta, Kluckers — passe le sprint intermédiaire de Saint-Martin-de-Castillon (km 163,2) avec 55 secondes d’avance. Lidl-Trek a pris le relais de Cofidis dans le peloton. Puis Visma-Lease a Bike hausse le ton dans la côte de Saignon, avec un Victor Campenaerts d’anthologie devant. Il n’en faut pas plus : à 500 m du sommet, Tarling et Arrieta sont avalés. L’échappée est morte.
Lenny Martinez (Bahrain-Victorious) choisit ce moment pour allumer la mèche. L’attaque est violente, mais le peloton répond. Martinez ne part pas. En revanche, le contre d’Harold Tejada au sommet est d’une autre nature : tranchant, décidé, tenu. Le Colombien de XDS Astana s’engouffre dans la descente et ne regarde pas derrière lui. À 2 km de la ligne, il dispose de 10 secondes — suffisant pour gérer l’arrivée en solitaire.
Dans son sillage, un sprint se joue pour les miettes. C’est le champion de France Dorian Godon (Ineos Grenadiers) qui l’emporte à 6 secondes, devant Lewis Askey (NSN Cycling Team) et Bryan Coquard (Cofidis).
« C’est un moment très émouvant pour moi. Ma première victoire en World Tour, le fruit d’une grande persévérance. J’ai eu un problème mécanique dans l’avant-dernière ascension — j’ai dû changer de vélo. Mes coéquipiers ont fait un travail incroyable. Dans le final, j’ai demandé à la radio si c’était gagné — ils m’ont répondu : « Oui, tu peux savourer ! » Champagne ! »— Harold Tejada (XDS Astana Team), vainqueur de l’étape 6
Vingegaard intouchable — et XDS Astana rêve en grand
Au classement général, Jonas Vingegaard ne bouge pas d’un millimètre. Le Danois a contrôlé sans se découvrir, laissant Visma-Lease a Bike faire le ménage pour lui dans le Luberon. Son avance sur Daniel Felipe Martínez reste à 3'22'', un gouffre avec deux étapes à jouer dont un contre-la-montre. Steinhauser (EF) pointe à 5'50'', Vauquelin (Ineos) à 6'09''.
Ce Paris-Nice aura déjà offert deux victoires d’étape à XDS Astana — celle de Max Kanter et maintenant celle de Tejada. Un bilan remarquable pour une équipe qui jouait au départ sur l’objectif podium, perdu dans les bordures. Le cyclisme fait bien les choses, parfois.
Paris-Nice entre dans son final. Vingegaard dispose de 3'22'' sur Martínez — une avance qui devrait se révéler déterminante si le CLM est le juge de paix attendu. Vauquelin (Ineos, 4e) et Lenny Martinez (Bahrain, 5e) n’ont plus la marge pour atténuer l’écart. La course vers Nice est pliée si Vingegaard reste debout.
