Qui dirigera le ski mondial ? Eliasch, Ospelt et Gosling face à face
Les 10 et 11 juin 2026, le 57e Congrès International du Ski se réunit à Belgrade (Serbie) pour élire le nouveau président de la fédération internationale de ski et de snowboard. Trois candidats, trois visions radicalement différentes pour l'avenir du sport de glisse.
La Fédération Internationale de Ski et de Snowboard tient son 57e Congrès les 10 et 11 juin 2026 à Belgrade. Au menu : l'élection du président, le poste le plus important du ski mondial. Trois candidats briguent la succession, ou la reconduction, à la tête de la FIS. Le sortant Johan Eliasch, en poste depuis 2021, est challengé par deux outsiders : Alexander Ospelt, juriste du Liechtenstein membre du Conseil FIS, et Victoria Gosling , patronne de GB Snowsports et ancienne CEO des Invictus Games. Tour d'horizon de leurs programmes respectifs, documents de candidature à l'appui.
Les grands enjeux de l'élection
- Transparence financière et distribution des revenus aux fédérations nationales
- Sécurité et bien-être des athlètes (concussions, santé mentale, droits)
- Adaptation climatique — l'enneigement, menace existentielle pour le ski
- Droits médias, croissance commerciale et stratégie digitale
- Gouvernance : relations entre la FIS et ses 141 associations membres
Johan Eliasch, le sortant qui veut finir ce qu'il a commencé
Eliasch est l'homme de la transformation. Élu en 2021 sur un programme de modernisation en rupture avec un siècle de gestion traditionnelle, il se représente avec un bilan chiffré conséquent : plus de 100 millions de CHF distribués aux fédérations nationales en cinq ans, un accord historique de centralisation des droits médias internationaux jusqu'en 2034, le rachat du Freeride World Tour, le lancement de FIS TV, et une explosion des réseaux sociaux (+1000% de portée depuis 2021/22 selon ses propres chiffres).
Sa candidature repose sur la continuité et l'accélération. Il veut transformer la FIS en global winter platform — une plateforme de contenus et de commerce, pas seulement un organe réglementaire. Intelligence artificielle, personnalisation des expériences fans, monétisation digitale ciblant 35% des revenus totaux : le projet est résolument business. Sur la durabilité, Eliasch se targue d'un engagement personnel de 30 ans dans la cause climatique — il a fondé le Rainforest Trust, rédigé l'Eliasch Review pour le gouvernement britannique — et veut couper les émissions opérationnelles de la FIS de 50% d'ici 2040.
Ses points clés pour un second mandat : des FIS Games quadriennaux (première édition en 2032), 10 000 jours d'entraînement par saison pour les fédérations en développement d'ici 2029/30, et un réseau alumni pour les athlètes en fin de carrière. Sur la gouvernance, il prône une parité 60/40 au sein des instances et l'usage de l'IA pour gagner en efficacité opérationnelle.
Les critiques ? Elles existent dans le milieu. Plusieurs fédérations nationales lui reprochent un style de management centralisateur et une communication parfois descendante. Il ne l'ignore pas et en fait une réponse directe dans son programme : "collaboration" et "empowerment" des membres reviennent en leitmotiv. Reste à convaincre ceux qui ont l'impression que la transformation s'est faite sur eux plutôt qu'avec eux.
Alexander Ospelt, le juriste du dialogue et de la confiance
Ospelt est le candidat anti-système — dans le bon sens du terme. Juriste de formation (PhD en droit de l'Université de Saint-Gall), consul honoraire de Belgique au Liechtenstein, vice-président de la FESA (fédération européenne de ski) de 2021 à 2024, il représente les petites nations qui se sentent étouffées par les grandes puissances du ski. Son programme ne brille pas par ses chiffres spectaculaires ni ses slogans de start-up : il mise sur la crédibilité, la transparence et la refondation du dialogue entre la FIS et ses 141 membres.
Son projet tient en quelques convictions fermes. La FIS doit revenir à ses fondamentaux statutaires : une fédération d'associations, pas une organisation centralement contrôlée. Les rôles du Président, du Conseil et de l'administration doivent être clairement séparés avec un organe de contrôle interne indépendant. La distribution des revenus doit être transparente et solidaire entre grandes et petites nations.
Sur les formats sportifs, Ospelt mise sur l'attractivité des compétitions pour les athlètes, les médias et les sponsors — avec la sécurité comme ligne rouge absolue. Sur la durabilité, il plaide pour un équilibre entre utilisation et protection de la nature, sans la rhétorique corporate parfois jugée superficielle dans ce domaine. Et il publie lui-même la liste exhaustive de ses mandats professionnels dans son dossier de candidature — un geste de transparence que peu d'élus sportifs feraient spontanément.
Son point faible évident : la notoriété internationale. Ospelt est peu connu au-delà des cercles européens du ski. Il n'a ni l'aura d'Eliasch ni le CV de grande scène sportive de Gosling. Mais son indépendance vis-à-vis des grandes fédérations et des alliances d'intérêts pourrait séduire précisément les petites nations lasses de se sentir spectatrices des décisions prises à Oberhofen.
Victoria Gosling, la bâtisseuse qui veut tout remettre à plat
Gosling serait la première femme présidente de la FIS dans l'histoire de la fédération fondée en 1924. Ce seul fait mérite d'être posé. Mais son programme ne se résume pas à ce symbole : c'est le dossier de candidature le plus structuré des trois, articulé autour de cinq priorités concrètes avec des engagements mesurables.
Son parcours est atypique dans le monde du ski : militaire de carrière (Group Captain de la RAF), CEO des Invictus Games à Orlando (2015-2017), elle a ensuite pris la tête de GB Snowsports en 2018 et obtenu les meilleurs résultats de l'histoire britannique en sports de neige. Elle parle espagnol couramment, a géré des opérations complexes en environnement multi-culturel, et revendique 30 ans de leadership de haut niveau dans trois secteurs très différents.
Ses cinq priorités : Athletes First. Always (sécurité, concussions, santé mentale, représentation permanente dans la gouvernance) ; Protect the Winters We Love (action climatique systématique, benchmarks environnementaux obligatoires pour chaque événement) ; Finances You Can See (audit indépendant dès la première année, rapport financier annuel compréhensible pour toutes les fédérations, revue de la distribution des prize money avec équité de genre) ; Governance That Unites (réforme de gouvernance dans les 12 premiers mois, consultation systématique avant chaque décision majeure) ; et A Sport the World Invests In (transformer les événements FIS en propriétés d'entertainment premium, capter des partenariats globaux, faire circuler les revenus vers tout l'écosystème).
Son diagnostic est le plus critique des trois vis-à-vis de l'état actuel de la FIS. Elle pointe sans ménagement le fait que la visibilité olympique ne s'est pas encore convertie en croissance commerciale soutenue, que les droits médias et le sponsoring restent sous le potentiel d'un sport à la portée mondiale. C'est la candidate du changement de fond — là où Eliasch est le candidat de la continuité et Ospelt celui du rééquilibrage.
Le tableau de bord
- FIS comme global content platform
- IA et technologie au cœur
- FIS Games quadriennaux
- 50% d'émissions en moins / 2040
- Parité 60/40 dans les instances
- 10 000 jours de formation/saison
- Dialogue et consensus
- Séparation des pouvoirs FIS
- Transparence des revenus
- Équilibre grandes/petites nations
- Sécurité athlètes non négociable
- Durabilité ancrée dans le sport
- Athletes First. Always.
- Audit indépendant dès l'an 1
- Rapport financier annuel public
- Réforme gouvernance 12 mois
- Climat dans chaque événement
- Première femme présidente FIS
Qui va gagner ?
Difficile à prédire sans connaître les coulisses des alliances nationales. Eliasch part avec l'avantage de l'incumbency, un premier mandat réel avec des résultats tangibles (droits médias, Freeride World Tour, FIS TV) et le soutien actif de l'industrie et du CIO, dont il est membre. Le sortant va probablement recevoir de nombreux soutiens venant des petites fédérations et probablement de la France, en raison de la place de Michel Vion, actuel bras droit d'Eliasch.
Ospelt peut séduire les nations agacées par ce qu'elles perçoivent comme une concentration du pouvoir à Oberhofen. Mais il lui manque la notoriété et la base internationale pour créer une coalition majoritaire, sauf surprise. Et quand on sait que les grandes fédérations (Autriche, Suisse, Allemagne, Norvège) sont vent debout contre Eliasch, on imagine bien Ospelt en profiter.
Gosling est la candidate la plus difficile à lire. Son programme est le plus structuré, son profil le plus original — et ses critiques les plus directes de l'état actuel de la FIS résonnent dans de nombreuses fédérations. Si elle a réussi à créer une coalition trans-continentale dans les mois précédant le congrès, elle peut créer la surprise. Sinon, son soutien restera fort dans la sphère anglo-saxonne.

