Tirreno-Adriatico n’aime pas les échappées — seulement trois fuyards avaient levé les bras en seize éditions. Valgren en est le quatrième. Il lui a fallu quatre ans et demi d’attente, un partenaire nommé Alaphilippe, et un Santuario Beato Sante pour juge de paix.
Valgren et Alaphilippe : le coup de théâtre des Marches
L’échappée du jour a grossi jusqu’à cinq minutes de marge, portant quelques têtes glorieuses — Jack Haig (Ineos Grenadiers), Michael Valgren (EF Education EasyPost), Julian Alaphilippe (Tudor). Dans le peloton, la lessiveuse UAE-XRG a attendu les raidards sinueux des Marches pour enclencher la machine. Timing choisi par le vétéran danois pour sortir du groupe : à 26 km de l’arrivée, il s’est isolé avec le seul Alaphilippe dans sa roue.
Le Français de 33 ans, offensif et collaboratif jusqu’au bout, a tout donné. Mais il a cassé dans le juge de paix, le Santuario Beato Sante (4,2 km à 6,2 %), à 5 km de la ligne. Alaf’ terminera 17e, vidé et digne. Valgren, lui, a tenu — et franchi la ligne avec 11 secondes d’avance sur Del Toro.
« C’est incroyable de gagner à nouveau après une si longue attente. J’ai travaillé si dur pour cela. Je dédie cette victoire à mon fils, né il y a un mois. La course a été très difficile, avec de nombreuses attaques, mais je sentais que j’avais de bonnes jambes. Quand j’ai attaqué, Alaphilippe m’a suivi, mais dans les derniers instants, j’étais plus fort que lui. »— Michael Valgren (EF Education EasyPost), vainqueur de l’étape 5
Del Toro remet les pendules à l’heure — Pellizzari lâche 30 secondes
Dans le peloton, la course au maillot bleu a été sans pitié. Isaac Del Toro (UAE-XRG) a attaqué dans la montée finale pour finir 2e de l’étape à 11 secondes de Valgren, avec Matteo Jorgenson (Visma-Lease a bike) dans sa roue. Tobias Halland Johannessen (Uno-X) termine 4e à 24 secondes, Giulio Ciccone (Lidl-Trek) 5e. Giulio Pellizzari, le maillot bleu sortant, craque et n’arrive que 6e, à 30 secondes.
Au classement général, le Mexicain reprend les commandes avec 23 secondes d’avance sur Pellizzari. Jorgenson monte sur le podium à 34 secondes, aux dépens de Rogliç (4e, +44''). Ciccone fait irruption dans le top 5 à 1'05''.
Valgren, 34 ans et un fils d’un mois — la plus belle des réponses
On n’attendait plus vraiment Michael Valgren dans les grandes victoires. Plus de quatre ans et demi d’attente, une carrière en filigrane derrière les grands leaders. À 34 ans, père depuis un mois, le Danois d’EF Education EasyPost a fait preuve d’une maturité tactique remarquable : choisir le bon moment pour sortir du groupe, gérer son effort dans le Santuario Beato Sante, ne pas se laisser aspirer par la machine Del Toro. Il remonte de la 89e place au général à la 32e — et surtout, il gagne.
Tirreno-Adriatico a désormais son 4e fuyard vainqueur en 16 éditions. Et celui-là a une belle histoire à raconter.
« Je n’ai pas pu suivre Del Toro dans la montée finale. Mais le général reste ouvert — il y a encore des étapes de montagne devant nous. »— Giulio Pellizzari (Red Bull–Bora Hansgrohe), 2e du classement général
San Severino Marche › Camerino · 188 km · Côtes casse-pattes à répétition dans les Marches. Del Toro devra confirmer sa reprise de pouvoir face à un Pellizzari qui voudra la revanche. Jorgenson et Rogliç guettent à 34'' et 44''. Ciccone, discret jusqu’ici, est à surveiller. La course est loin d’être pliée.
