À quelques jours de l'ouverture de la Coupe du monde, l'argent s'est invité dans les têtes. Les finances tendues de la Fédération française de ski pèsent sur le moral des équipes de France d'alpin. Athlètes et entraîneurs en ont parlé sans détour au Dauphiné Libéré.
« C'est frustrant de se dire qu'on est au sommet d'un art qui intéresse de moins en moins. » Loévan Parand
« On a été prévenues que les budgets étaient ric-rac »
Côté athlètes, personne ne fait semblant de l'ignorer. La slalomeuse Chiara Pogneaux le reconnaît : « Forcément, on y pense un petit peu. On a été prévenue que les budgets étaient ric-rac cette année. »
Les skieuses de Coupe du monde pensent d'abord aux plus jeunes. Caitlin McFarlane espère que la FFS trouvera de quoi financer la relève, « car ce n'est pas nous qui sommes les plus impactées ».
« Moi je suis en groupe Coupe du monde, je ne suis pas celle la plus à plaindre, mais est-ce qu'on ne coupe pas l'herbe sous le pied à ceux de la Coupe d'Europe ? Des jeunes qui sont prometteurs, si les parents ne peuvent pas suivre, ils vont être forcés d'arrêter. » Marie Lamure
L'alpin ne fait plus recette
Les Bleus gardent des partenaires fidèles (Excoffier, Cimalpes, désormais Silex), leurs stations et leurs équipementiers. Mais le constat est cruel : l'alpin, discipline historique, peine à attirer l'argent, quand le biathlon, lui, a le vent en poupe.
Nouveau venu dans le groupe A, le géantiste Loévan Parand ne cache pas sa frustration, tout en gardant le cap : « Moi, je fais ça pour l'amour du ski, pas pour l'argent. »
Ce contexte n'arrange rien à un alpin tricolore déjà fragilisé : chez les dames, il n'y aura qu'une seule Française au départ du géant de Sölden.
Les entraîneurs inquiets, mais concentrés
Le discours le plus fort vient du directeur des équipes de France masculines.
« Ce qui me gonfle, c'est la mauvaise ambiance que ça peut générer, et j'ai l'impression que mon sport est en train de disparaître. Il y a beaucoup d'incertitudes mais on s'est juré d'arrêter d'en parler. Tout le monde fait gaffe… » Frédéric Perrin
Responsable du groupe technique dames, Vincent Blum résume l'état d'esprit : chaque dépense est surveillée, et chacun reste dans son rôle.
« On regarde tous les prix. On fait confiance aux personnes de la fédé pour qu'elles se "bougent les fesses" et qu'elles fassent leur travail de leur côté, et nous le nôtre en étant le plus performant possible. » Vincent Blum
Les réponses viendront aussi sur la piste, avec Léo Anguenot et les Bleus dès dimanche à Sölden.
Quant aux solutions, mis à part la retransmission des courses de coupe du monde sur une chaine gratuite, elles ne seront pas simples à trouver.
Pour ne rien arranger en France, les impôts et les taxes battent malheureusement des records, freinant ainsi de nombreuses entreprises susceptibles de devenir partenaires.
