La méthode Pichler pour ramener l'Autriche au sommet
Nouvel entraîneur de l'équipe autrichienne, le Bavarois de 71 ans dévoile ses objectifs sans détour, sa vision du mérite sportif et son regard sur les athlètes qui préfèrent les structures privées.
C'est une mission de taille qui attend Wolfgang Pichler : ramener l'équipe autrichienne de biathlon au sommet de la hiérarchie mondiale. Dans une interview exclusive accordée au journal Krone, le Bavarois de 71 ans a livré sans filtre sa vision du manque d'esprit d'équipe qu'il a pu observer, du potentiel des athlètes à sa disposition, et de ceux qui continuent de préférer les structures privées au programme de la fédération autrichienne, l'ÖSV.
Un appel de Sumann et un défi qui l'a séduit
Pichler revient d'abord sur les circonstances de son arrivée à ce poste, une décision prise sur un coup de tête après un appel déterminant.
C'était une décision spontanée. Après l'appel de Christoph Sumann, j'y ai réfléchi. Le défi m'a séduit.
Fort de son expérience toute récente avec la Bulgarie, où il avait décroché une médaille olympique jugée impossible par beaucoup, l'entraîneur croit fermement pouvoir reproduire l'exploit avec l'Autriche.
J'ai remporté une médaille aux Jeux olympiques cette année avec la Bulgarie, chose que personne ne croyait possible. Alors je me suis dit : pourquoi ne pourrais-je pas faire de même avec l'Autriche ?
Des objectifs chiffrés et sans ambiguïté
Loin des discours vagues, Pichler a d'ores et déjà fixé des cibles précises pour ses deux équipes, hommes et femmes.
Je souhaite amener l'équipe féminine au sommet du classement mondial la saison prochaine et la hisser dans le top 5 de la Coupe des Nations, afin de garantir six places de titulaire. Je vise également un podium pour les femmes, de préférence en relais, car l'Autriche n'y est jamais parvenue. Quant aux hommes, nous voulons réintégrer le top 10 de la Coupe des Nations ; il faudra se battre pour cela. Nous devons les ramener au milieu du peloton.
Un fossé générationnel à combler
Interrogé sur les difficultés récentes de l'équipe masculine autrichienne, Pichler pointe un problème structurel partagé par plusieurs nations, dont l'Allemagne : le maintien trop long d'athlètes expérimentés au détriment de l'éclosion des jeunes talents.
À l'instar d'autres nations, dont l'Allemagne, la Fédération autrichienne de ski a rencontré des difficultés liées à une équipe déjà bien établie. La présence d'athlètes plus âgés et l'absence de la possibilité de leur imposer un classement parmi les cinq premiers pour leur maintien dans l'équipe ont empêché les jeunes talents d'y accéder.
Il rappelle au passage les départs successifs de plusieurs cadres historiques — Sumann en 2014, Mesotitsch en 2019, Landertinger en 2020, Eberhard en 2022 — sans que cela n'ait suffi à combler le vide laissé.
Certes, les jeunes athlètes ont eu de nombreuses opportunités ces dernières années. Mais un fossé important s'est creusé. Le principe aurait dû être que les athlètes plus âgés ne participent que si ils qui sont les meilleurs. Cela n'a pas été le cas, mais je ne commettrai pas la même erreur. Chacun a sa chance, mais si les athlètes plus âgés ne sont pas performants, un plus jeune prendra sa place.
Müllauer et Gandler, la tentation des structures privées
Le cas de Fabian Müllauer, qui préfère évoluer au sein d'une équipe privée plutôt que sous la bannière de l'ÖSV, illustre bien les défis auxquels Pichler doit faire face pour convaincre certains talents de le rejoindre.
C'est un type formidable et j'adorerais l'avoir dans l'équipe, mais il ne le souhaite pas. Il serait un atout précieux pour nous car il a un grand potentiel en tant que skieur. Mais il doit encore apprendre à tirer.
Même situation, avec plus de compréhension affichée, pour Anna Gandler, qui s'entraîne elle aussi en dehors du giron fédéral.
Je le comprends ; l'important, c'est qu'elle participe aux sélections. Je lui ai aussi dit que j'espérais qu'elle aurait vraiment envie de me montrer de quoi elle est capable.
Une équipe féminine plus profonde qu'il n'y paraît
Malgré ces défections, Pichler se veut résolument optimiste sur la richesse de son groupe féminin, qu'il détaille nom par nom avec précision.
Globalement, nous avons une équipe féminine solide. Andexer est vraiment très forte. Elle est capable de réaliser de superbes derniers tours. Zdouc a réalisé de bonnes performances jusqu'à présent ; elle pourrait être un atout précieux pour une équipe de relais. Rothschopf se débrouille bien, mais son tir est encore irrégulier. Juppe est également bonne. Nous n'avons pas une seule, mais cinq, six, voire sept femmes ici.
Pas de temps à perdre avec les jeunes talents
Fidèle à sa réputation d'entraîneur pressé et sans concession, Pichler refuse catégoriquement l'approche traditionnellement prudente adoptée en Autriche vis-à-vis des jeunes athlètes.
Je ne procède pas ainsi ! Pourquoi attendre ? Ce serait absurde ! Magdalena Neuner est devenue championne du monde très jeune, à 19 ans, et sur le Tour de France, un Français de 19 ans s'est hissé aux avant-postes. Dans les sports d'endurance, les choses ont bien changé. Je ne crains pas que nous commettions des erreurs. Si nous continuons d'attendre, les athlètes vont se reposer sur leurs lauriers, et ce n'est pas pour cela que je suis là.
« C'est tout à fait moi »
Enfin, interrogé sur sa réputation d'entraîneur exigeant, voire intransigeant, Pichler assume pleinement ce trait de caractère qui a forgé sa longue carrière.
Oui, je suis d'accord, c'est tout à fait moi. J'ai une certaine expérience, pourquoi changerais-je ?
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