C'est l'un des coureurs les plus polyvalents et précieux du peloton mondial. Mais Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike) ne compte pas rester éternellement dans l'ombre des géants.
L'Américain a profité de la rentrée pour afficher clairement la couleur : il se voit, à terme, endosser le costume de patron sur un Grand Tour.
Dans une équipe constellée de stars (Vingegaard, Kuss), la place est chère. Mais Jorgenson, lucide sur ses capacités actuelles, veut savoir jusqu'où il peut aller.
« Je pense qu'à l'avenir, j'aimerais faire un Grand Tour en tant que leader. Je ne sais pas si ce sera cette année ou quand, mais j'aimerais essayer d'en faire un comme leader. Ça ne marchera peut-être jamais, mais ce serait bien d'essayer. C'est un rêve pour sûr. »
2025, l'année du "Reality Check"
L'ambition est là, mais elle est tempérée par une analyse froide de la réalité. Jorgenson avoue que la saison passée lui a ouvert les yeux sur le fossé qui sépare un excellent coureur d'un vainqueur de Grand Tour.
« Si vous m'aviez demandé il y a 12 mois, j'aurais dit que je voulais vraiment gagner un Grand Tour. Je pense que l'année dernière a apporté un autre "reality check" (retour à la réalité) pour me faire réfléchir à savoir si c'est vraiment réaliste. »
Cette lucidité ne l'arrête pas. Au contraire, elle structure son plan de carrière. Il s'est engagé sur le long terme avec l'armada néerlandaise pour construire cette mutation physique et mentale.
Quatre ans pour devenir un patron
La prolongation de contrat de Jorgenson n'a pas été une décision prise à la légère. Il a hésité, pesé le pour et le contre, conscient des sacrifices immenses que demande le très haut niveau.
« Il m'a fallu des mois pour me sentir bien avec ça. C'est beaucoup de sacrifices d'être cycliste... Je voulais me sentir en phase avec ce que j'abandonne dans d'autres parties de ma vie. Maintenant, j'ai ces quatre années où je peux aller très loin sur ce chemin. »
Matteo Jorgenson ne veut plus naviguer à vue. Le message est passé à la direction de la Visma : l'Américain est prêt à prendre les clés du camion.
