Col du Susten · Sustenpass · 2 224 m · Alpes bernoises · Uri · Innertkirchen · Wassen · Gadmen · Steingletscher Col du Susten
Steingletscher · Galeries Uri · 1945
· Berne · Uri · Furka-Grimsel-Susten ·
2 224 mètres d’altitude. Le Col du Susten est le plus discret des trois cols de la grande boucle suisse — et probablement le plus beau. Entre Innertkirchen (Berne) à l’ouest et Wassen (Uri) à l’est, la route inaugurée en 1945 après sept ans de chantier en pleine guerre traverse deux mondes que tout oppose : les vastes alpages verts du Gadmental côté bernois, les galeries de granite taillées à l’explosif et les parois verticales du versant uranais. Au sommet et dans la descente est, le Steingletscher — glacier emblématique visible depuis la route, l’un des plus photographiés d’Europe et l’un des plus visiblement en recul — domine un paysage de haute montagne que peu de cols alpins égalent. Le Susten mérite qu’on le sort enfin de l’ombre de ses voisins.
01Le plus beau des Trois Cols — et le moins connu
Demandez à un cycliste suisse de nommer le plus spectaculaire des cols de la boucle Furka-Grimsel-Susten, et neuf fois sur dix il répondra le Susten — puis avouera que personne ne le connaît vraiment. C’est le paradoxe de ce col : inauguré seulement en 1945, sans le poids historique du Grimsel ni la renommée touristique de la Furka, le Susten s’est construit une réputation confidentielle de chef-d’oeuvre architectural et paysager. À 2 224 m d’altitude, il relie le canton de Berne (Haslital, Gadmental) au canton d’Uri (vallée de la Reuss, Wassen). La route est l’une des rares routes alpines conçue dés l’origine comme une route touristique — avec des panoramas aménagés, des galeries pour l’hiver et une tracé qui optimise les vues.
Ce qui distingue le Susten des autres grands cols suisses de cette série, c’est avant tout l’extrême variété d’ambiances sur un seul itinéraire. Côté Berne, le Gadmental offre 28 kilomètres de montée progressive à travers une vallée pastorale larges, avec des paysages d’alpage qui n’auraient pas changé depuis deux siècles. Côté Uri, tout change brutalement : galeries de granite taillées à l’explosif dans les années 1940, parois verticales, torrents en contrebas, et au sortir des tunnels la vision soudaine du Steingletscher — une des plus grandes surprises que les Alpes suisses peuvent offrir depuis une route. Ce contraste extrême entre les deux versants fait du Susten un col à part entière, irréductible à une simple liaison alpine.
Le Susten est la révélation de la boucle des Trois Cols. Moins célèbre que le Grimsel avec son barrage et ses bunkers, moins touristique que la Furka avec son glacier du Rhône, il est pourtant celui qui offre les vues les plus saisissantes — le Steingletscher qui surgit soudainement dans la descente est, les galeries de granite, le plateau sommital. La montée ouest depuis Innertkirchen (28 km, 5,7%) permet de monter à son rythme dans un décor grandissant ; le versant est depuis Wassen (17 km, 7,7%) est plus pentu et plus dramatique. Dans les deux sens, la descente vaut autant que la montée.
02Deux versants — deux mondes alpins
Les deux versants du Susten sont parmi les plus contrastés de l’arc alpin suisse. Depuis Innertkirchen (625 m, versant ouest, Berne), 28 kilomètres à 5,7% de moyenne dans la vallée du Gadmental — l’une des plus belles vallées alpines de Suisse, largement préservée du tourisme de masse. La route monte progressivement à travers des alpages verts ponctués de fermes d’alpage, avec des vues sur les sommets bernois qui s’agrandissent à mesure que l’altitude augmente. C’est le versant long et narratif, idéal pour les cyclotouristes qui veulent savourer le paysage. Depuis Wassen (916 m, versant est, Uri), 17 kilomètres à 7,7% de moyenne — le versant court, plus exigeant, celui des galeries et du granite. La route d’Uri est une prouesse d’ingénierie des années 1940 : plusieurs tunnels et galeries taillées dans la roche pour protéger la route des avalanches, avec des fenêtres qui s’ouvrent soudainement sur le vide et sur le Steingletscher. L’effet de surprise est total à chaque sorties de galerie.
03Les deux versants en détail
Versant Ouest — Depuis Innertkirchen (Berne, Gadmental) Le Versant Pastoral Hors Catégorie
Le versant ouest depuis Innertkirchen (625 m) est l’un des plus longs et des plus réguliers des Alpes bernoises. La route remonte le Gadmental en suivant le torrent de l’Gadmer Lauenen, traversant successivement Meiringen (en option depuis la gare, 4 km supplémentaires), les premiers hameaux du Gadmental, puis le village de Gadmen (à mi-pente, environ 1 200 m). La pente est régulière entre 5 et 7% — on trouve peu de passages vraiment plats, mais également peu de coups de cul injustes. La vallée est large, lumineuse, bordée d’un coté par les parois du massif du Sustenhörner et de l’autre par les alpages typiques de l’Oberhasli bernois. Le trafic est modéré — le Susten n’est pas un axe de transit international — et la route est bien revêtue. Dans les derniers kilomètres avant le sommet, le paysage devient minéral, le granite prend le dessus sur la végétation, et le Sustenhorn (3 503 m) se profile plein est. Au sommet, le restaurant du col et la vue sur l’ensemble du massif bernois constituent une récompense à la hauteur de l’effort.
Versant Est — Depuis Wassen (Uri) Le Versant des Galeries Hors Catégorie
Le versant est est une expérience architecturale autant que sportive. Depuis Wassen (916 m) — le village uranais célèbre pour son église visible depuis trois angles différents depuis l’autoroute du Gothard — la route s’engage immédiatement dans le granite. La pente est plus soutenue que côté Berne (7,7% de moyenne), avec des passages à 9-10% dans les sections les plus raides. Mais ce qui caractérise ce versant, c’est sa suite de galeries et de tunnels construits lors du chantier 1938-1945 : la route traverse plusieurs tunnels courts, dotées de fenêtres latérales ouvertes sur l’extérieur. Chaque sortie de galerie révèle un paysage nouveau — parfois un à-pic vertigineux, parfois l’apparition soudaine du Steingletscher dans toute son ampleur. La montée du versant est se fait en alternant effort dans l’obscurité relative des tunnels et éblouissement visuel à chaque reapparition de la lumière. C’est une expérience unique dans les Alpes suisses. En dessous du glacier, le Steinsee — lac glaciaire en expansion constante à mesure que le glacier recule — miroite dans un cirque de parois verticales.
04Le Steingletscher — la star involontaire du col
Le Steingletscher est l’image emblématique du Col du Susten. Ce glacier de la chaîne du Sustenhorn s’écoule depuis des décennies sur le versant uranais, visible depuis plusieurs points de la route et de la descente est. Sa couleur — le bleu profond des séracs contraste avec le blanc des névés et le granite gris de la montagne — en fait l’un des sujets photographiques les plus reproduits des Alpes suisses. L’Hôtel-Restaurant Steingletscher, bâtiment à la fois restaurant d’altitude et ancien point de départ pour les ascensions au glacier, occupe un balcon naturel face à cet environnement.
Sous le glacier se trouve le Steinsee (lac de Stein) — un lac glaciaire qui a considérablement grandi au cours des dernières décennies à mesure que le Steingletscher recule. Ce recul est l’un des plus documentés de Suisse : les photographies historiques depuis 1870 montrent que le glacier s’est retiré de plusieurs kilomètres vers l’amont, libérant un espace occ&upceil;é progressivement par le lac puis par la végétation pionnière. Depuis la route du versant est, la progression de ce retrait est visible à l’œil nu pour quiconque a vu de vieilles cartes postales ou photographies du col.
Pour le cycliste qui descend vers Wassen après avoir franchi le sommet, le Steingletscher apparaît en sortie de la première galerie — soudainement, sans prévenir, comme un rideau qui se lève. C’est l’un des moments les plus forts que l’arc alpin suisse peut offrir depuis une route. Il n’est pas excessif de prévoir un arrêt pour absorber la vue et rejoindre l’hôtel-restaurant en contrebas — l’endroit le plus justifié de toute la série pour s’acc&upceil;order ce droit de pause.
051938-1945 — Une route construite en temps de guerre
Alors que l’Europe s’embrasait, la Suisse ouvrait le chantier d’une de ses dernières grandes routes alpines. Les travaux du Sustenpass débutent en 1938, dans le cadre des programmes de travaux publics destinés à absorber le chômage causé par la crise économique des années 1930. L’argument initial est économique et touristique : relier les deux rives du massif pour développer le tourisme estival dans le Gadmental bernois, vallée alors enclavée. La guerre ne stoppe pas les travaux — au contraire, elle fournit de la main-d’œuvre suppléméntaire via les programmes de travaux d’utilité publique pour soldats démobilisés ou conscrits affectés aux chantiers civils.
Le défi technique principal se situe côté Uri : le versant est tombe dans des gorges beaucoup plus raides que le versant bernois. Pour y tracer une route praticable à l’année et protégée des avalanches, les ingénieurs ont dû avoir recours à des galeries creusées à l’explosif dans le granite. Ces ouvrages sont conçus avec des fenêtres latérales qui permettent à la fois d’assurer l’éclairement naturel des tunnels et d’offrir des fenêtres panoramiques uniques sur les paysages du versant. C’est ce choix — idéologique autant que technique — de préserver la vue depuis la route même dans les sections fortifiées qui donne au versant uranais son caractère si particulier. En 1945, quelques jours à peine après la fin de la guerre en Europe, la route est officiellement inaugurée. On peut déceler là un symbole voulu : la Suisse protégée par le Réduit, construisant quand l’Europe détruisait.
Le Sustenpass est également l’un des premiers cols alpins suisses à avoir été conçu dès le départ comme un itinéraire touristique : le tracé optimise systématiquement les points de vue, les lacets sont calculés pour offrir des panoramas changeants plutôt que de simplement gagner de l’altitude au plus court. Cette philosophie de conception, rare pour une route alpine de l’époque, explique pourquoi la route du Susten s’est imposée comme l’une des plus spectaculaires de Suisse dès son inauguration.
06Le Susten dans le cyclisme — la boucle des Trois Cols
07Ce qui fait la singularité absolue du Susten
08Passages & repères — de la guerre aux champions
« Le Susten est le col que vous n’oubliez pas à la sortie de la première galerie, quand la lumière revient brutalement et que le Steingletscher surgit dans toute son ampleur, à quelques centaines de mètres à peine. Vous avez pédalé dans le noir du granit, vous sortez dans l’aveuglant d’un glacier. Aucune autre route alpine suisse ne propose cette transition. »
— Ce que retiennent les cyclistes après avoir gravi le Susten côté Uri📖 À lire aussi





