Ski de randonnée·Guide pratique

Le ski de randonnée n'est plus une affaire d'initiés. Ce ski « nature », qui se gagne à la force des cuisses, séduit de nouveaux adeptes en quête de grands espaces, d'effort et de silence. Mais entre un itinéraire balisé au pied des pistes et une pente vierge de haute montagne, la même discipline n'a pas du tout le même visage.

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Un ski « nature » dans l'air du temps

Les guides de haute montagne ne peuvent que souhaiter la bienvenue aux nouveaux venus : ce ski originel fait partie de leur cœur de métier.

Ce qui frappe d'emblée, c'est leur bonheur d'être là-haut, au terme d'une progression qui ne doit rien à une machine. Les guides le disent : ils y retrouvent leurs enthousiasmes de jeunesse. Ils ont été ces débutants.

La discipline a aussi gagné en visibilité. Aux Jeux de Milan-Cortina, le ski-alpinisme a fait ses débuts olympiques à Bormio. Les Français Emily Harrop et Thibault Anselmet y ont décroché une médaille chacun sur le sprint, puis l'or en relais mixte.

Pour beaucoup de pratiquants, c'est aussi un moyen de pratiquer une activité fitness et cardio, en pleine nature, sans passer par une remontée mécanique.

Débuter en douceur : les itinéraires balisés

Les domaines skiables ont pris en compte cette tendance. Ils proposent de plus en plus souvent des itinéraires de montée balisés, qui rejoignent le sommet de pistes classiques.

Ces parcours favorisent l'apprentissage : utilisation du matériel, accoutumance à l'effort. Ils sont tracés dans un terrain sûr, en dehors des zones de déclenchement d'avalanche et de la trajectoire de celles qui viennent d'en haut. Au besoin, les pentes font l'objet d'un déclenchement préventif.

  • Arêches-Beaufort (Savoie) : 4 itinéraires permanents dédiés au ski de randonnée, dont un premier parcours de 5 km pour 660 m de dénivelé positif, à proximité des pistes.
  • Combloux (Haute-Savoie) : 12 itinéraires balisés sur le domaine Les Portes du Mont-Blanc, de Combloux à La Giettaz.
  • Grand Tourmalet (Pyrénées) : 3 itinéraires balisés entre Barèges et La Mongie.
  • Val Thorens, La Plagne, Chamrousse, Serre Chevalier, Peyragudes… : autant de stations qui proposent aussi des itinéraires dédiés.

Cette liste n'est pas exhaustive. Renseignez-vous auprès de votre station pour connaître ses itinéraires balisés, leurs horaires et leurs règles.

⚠️ Ne montez jamais sur une piste en cours de damage

Dans les pentes raides, les engins de damage sont parfois tractés par un câble tendu, qui peut bouger en « coup de fouet » quand l'engin change de trajectoire. Les déclenchements préventifs d'avalanche se font toujours pistes fermées. Ce n'est pas le moment de s'y aventurer.

Certaines communes peuvent aussi restreindre la pratique si elles estiment ne pas pouvoir garantir la sécurité. Informez-vous avant de monter.

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Col du Montet, en Haute-Maurienne, à ski de randonnée
Col du Montet, Haute-Maurienne. Photo : P. Arpin / SNGM

Début de saison : quand les pistes redeviennent sauvages

Avant l'ouverture, les stations préparent leur domaine : damage des pistes, balisage, protections contre les obstacles et les dangers. Elles purgent aussi les pentes de leurs couches instables, partout où une avalanche peut menacer une piste.

Les premières chutes de neige significatives sont souvent fragiles, ou pas encore suffisantes. Tant que ce travail n'est pas fait, un domaine habituellement sécurisé retourne à l'état sauvage, même à proximité des télésièges.

Les équipements et la présence d'autres groupes rassurent : tant qu'on n'est pas seul, c'est qu'on ne fait pas d'erreur. Ce sentiment, bien connu des alpinistes, est illusoire : on peut être nombreux à faire la même erreur.

Hors des pistes, c'est l'aventure

Et c'est enthousiasmant ! Mais cela veut dire qu'on est autonome. On transporte dans son sac tout ce dont on peut avoir besoin : vivres, vêtements, équipements de sécurité, moyens d'orientation. On se renseigne sur les prévisions météo.

1 à 5L'échelle du bulletin d'avalanche (BERA) de Météo-France
3Le niveau « marqué » : pas un risque moyen
15 minLa fenêtre qui compte après un ensevelissement, selon l'ANENA

Lire le bulletin d'avalanche

Chaque jour, Météo-France publie le BERA, qui évalue le risque par massif sur une échelle de 1 à 5. C'est le point de départ de toute sortie. La FFME rappelle d'être vigilant même au niveau 2, et que le niveau 3 n'est pas un risque moyen : il est marqué.

L'hiver 2025-2026 l'a rappelé de façon tragique. D'après les bilans de la saison, une trentaine de personnes sont mortes sous des avalanches en France, des accidents concentrés sur moins de deux mois, entre fin décembre et fin février. Le directeur de l'ANENA met en garde contre la banalisation du niveau 3 : c'est souvent là que surviennent les accidents.

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Vue depuis le sommet du Protektorfjellet, au Spitzberg
La vue depuis le sommet du Protektorfjellet, Spitzberg. Photo : P. Arpin / SNGM

Le kit avalanche

Hors des zones sécurisées, il faut être équipé au minimum d'un détecteur de victimes d'avalanche (DVA), d'une sonde et d'une pelle. Et savoir s'en servir : les professionnels de la montagne, les clubs alpins et les ski-clubs organisent les formations et entraînements indispensables. L'ANENA forme aussi chaque année des pratiquants, débutants comme confirmés.

Un sac airbag peut offrir une chance supplémentaire, mais il reste complémentaire du trio DVA-pelle-sonde. La meilleure protection est de ne pas déclencher l'avalanche. Le casque protège en cas de chute, et les fixations se règlent en fonction de son poids.

Savoir renoncer

Aventure signifie aussi que le but ne sera peut-être pas atteint. L'important, c'est d'essayer, de mettre toutes les chances de son côté et de savoir jusqu'où ne pas aller.

Il y a souvent un plan B tout près. Sinon, on rentre à la maison. Le bonheur peut être au sommet, il peut aussi être de savoir qu'on a pris la bonne décision de se mettre à l'abri.

En matière d'avalanche, l'erreur n'est permise que dans un sens : renoncer en sachant que, peut-être, il n'y aurait pas eu d'avalanche. Dans l'autre sens, cela ne marche pas.

Et si on doute encore, on engage un guide de haute montagne. Son métier est de partager son expérience, de transmettre ses connaissances et de tout mettre en œuvre pour la sécurité de chacun. Il a les clés de cet univers sauvage et beaucoup de réponses aux doutes.

Se renseigner : où ?

Avant de partir

  • Le BERA et la météo montagne de Météo-France, à consulter systématiquement.
  • Les sites dédiés au ski de randonnée : idées de parcours, commentaires, photos, contacts.
  • Les structures professionnelles des stations : bureaux des guides, écoles de ski, services de sécurité des pistes, offices de tourisme.

Sur place

Rendez visite aux guides, moniteurs et pisteurs-secouristes. Ils conseillent, informent et assistent. Parmi leurs missions figure aussi celle de faire accéder leurs clients à l'autonomie.

Le ski de randonnée est accessible à tous, au prix d'un apprentissage nécessaire et de quelques précautions. De quoi retrouver, en toute sérénité, le bonheur d'être en haut.

Questions fréquentes

Peut-on faire du ski de randonnée sur les pistes balisées d'une station ?

Oui, de nombreuses stations proposent des itinéraires de montée balisés, tracés en terrain sûr et rejoignant le haut des pistes. Renseignez-vous avant de monter : horaires, zones autorisées, restrictions locales. Ne montez jamais sur une piste en cours de damage.

Que signifie le niveau 3 du bulletin d'avalanche ?

Le BERA de Météo-France va de 1 à 5. Le niveau 3 est qualifié de « marqué » : ce n'est pas un risque moyen, et c'est souvent à ce niveau que surviennent les accidents. Il demande le maximum de précautions.

Le DVA, la pelle et la sonde sont-ils nécessaires en itinéraire balisé ?

Sur un itinéraire sécurisé de station, le risque est limité, mais le triptyque DVA, pelle et sonde reste indispensable dès qu'on s'éloigne des zones sécurisées. Il faut surtout savoir s'en servir : des formations existent auprès des professionnels, des clubs alpins et de l'ANENA.

Faut-il un guide pour sortir des itinéraires balisés ?

Ce n'est pas obligatoire, mais c'est le meilleur moyen de progresser en sécurité. Un guide de haute montagne lit le terrain et la neige avec vous, transmet ses connaissances et vous fait accéder à l'autonomie.