🎿 Ski alpin · Lara Gut-Behrami

La lettre de Lara Gut-Behrami 

C'est la fin d'un chapitre pour la Tessinoise et le ski helvétique. Dans une lettre diffusée sur RSI, elle revient sur sa longue et magnifique carrière ainsi que sur les raisons qui l'ont poussée à dire stop.

C'est la fin d'un magnifique chapitre pour Lara Gut-Behrami, le ski helvétique et le ski mondial. La star de 35 ans s'est exprimée dans une lettre diffusée sur RSI, dans laquelle elle revient sur sa longue et magnifique carrière ainsi que sur les raisons qui l'ont poussée à dire stop.

Comment sait-on que quelque chose est terminé ? Et comment traduire en mots ces émotions profondes ?

Peut-être le comprend-on lorsque les objectifs et la quête constante d'amélioration laissent place au bonheur, à l'épanouissement intérieur, à la capacité d'apprécier le chemin parcouru.

Je me souviens de mon premier podium à Saint-Moritz, où j'ai chuté sur la ligne d'arrivée. Lors de la cérémonie de remise des prix, le soir même, c'était un tourbillon d'émotions, d'incrédulité, de joie débridée, mêlées à une pointe de désorientation. J'étais heureuse et insouciante.

En octobre dernier, à Sölden, les émotions étaient encore plus profondes. Aux sentiments de bonheur et de satisfaction ressentis en 2008 s'étaient ajoutés la prise de conscience et la fierté du chemin parcouru. Le bonheur que je ressentais était plus mûr et plus accompli.

J'ai eu la chance et l'honneur de pouvoir mener une carrière très longue et intense, d'exprimer mes rêves et mes désirs à travers ma pratique du ski, de vivre ce parcours aux côtés de personnes extraordinaires.

La sensation de liberté absolue sur la neige ne m'a jamais quittée. Elle était là quand j'étais enfant, elle était présente en tant qu'athlète et elle m'accompagnera encore à l'avenir.

J'ai également la chance et le bonheur de pouvoir choisir. Malgré près de 20 ans de sport de haut niveau, malgré les chutes et les blessures, je n'ai pas de douleurs récurrentes et je ne souhaite pas en avoir.

C'est aussi pour cette raison que je sais que le moment est venu de ne plus m'obstiner à vouloir atteindre et dépasser mes limites à tout prix, ni d'imposer à mon corps certains rythmes et certaines sollicitations. Le ski représente pour moi quelque chose de magique et de naturel ; vouloir forcer mon corps et mon esprit à supporter et à gérer la douleur reviendrait à ternir l'image que j'ai en moi de ce que j'ai accompli avec tant de passion.

L'intensité des émotions liées à la médaille d'or olympique de Pékin, la victoire sous la neige à Saint-Moritz en 2008, les Championnats du monde de Cortina, le sourire au départ à Sun Valley, les heures de travail sur les pistes avec mon père, les discussions avec mes skimans Babi et Tom pour améliorer sans cesse le matériel… la liste de ces moments est infinie et ce n'est que maintenant que je les réalise et que je les savoure pleinement. J'ai travaillé sans relâche pendant des années dans le but d'exceller et de gagner dans le sport ; aujourd'hui, je ne ressens qu'un profond sentiment de bonheur et je suis émue par la beauté de cette aventure.

Le sport de haut niveau n'est pas un conte de fées, pas plus que la vie d'ailleurs. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le moment de penser aux erreurs, aux déceptions, aux difficultés, à tous les obstacles, y compris humains, que nous avons rencontrés. Le temps d'être déçue, triste ou en colère à cause du ski est également révolu.

Ma famille est exceptionnelle et indispensable à tous les égards. Merci papa d'avoir toujours été là, du premier au dernier jour ; tu m'as aidée à trouver des solutions et non des montagnes de problèmes. Merci maman de nous avoir suivis même dans nos aventures les plus folles et d'avoir été ma maman dans toutes les situations. Merci Ian, tu es le meilleur frère du monde, tu m'as toujours soutenue et encouragée, même quand j'étais la première à ne pas me supporter.

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