33 ans après le coup de couteau qui a changé l'histoire du tennis
Le 30 avril 1993, à Hambourg, Monica Seles, 19 ans, n°1 mondiale et octuple lauréate en Grand Chelem, était poignardée en plein match par un fanatique de Steffi Graf. Trente-trois ans plus tard, l'onde de choc reste intacte.
Trente-trois ans, jour pour jour. Le 30 avril 1993, en plein quart de finale du tournoi de Hambourg face à Magdalena Maleeva, Monica Seles, 19 ans et n°1 mondiale, était poignardée dans le dos lors d'un changement de côté par Günter Parche, fan obsessionnel de Steffi Graf. La scène, retransmise devant 10 000 spectateurs et les caméras du monde entier, est devenue est terrible.
Cinq saisons à peine en pro et déjà 32 titres dont 8 levées en Grand Chelem et 3 Masters WTA. Numéro 1 mondiale depuis septembre 1991. La jeune fille de Novi Sad menait alors 6-4, 4-3 contre Maleeva et venait de s'incliner sur sa chaise pour boire de l'eau quand le couteau a frappé.
L'attaque, racontée par Seles elle-même
Dans son autobiographie, Seles décrit la scène avec une précision glaçante. Elle se souvient avoir senti une douleur fulgurante au moment où ses lèvres touchaient le verre, avoir tourné la tête pour découvrir « un homme avec une casquette de baseball et un sourire moqueur, les bras au-dessus de la tête tenant un énorme couteau ».
La lame s'est enfoncée à 4 cm dans la partie supérieure gauche de son dos, à quelques millimètres seulement de la colonne vertébrale. Selon les médecins, sans son geste pour boire, la paralysie aurait été quasiment certaine.
J'avais été poignardée. Sur un court de tennis. Devant 10 000 personnes. Ce qu'on me demande le plus souvent, c'est : est-ce que ça a fait mal ? La réponse est oui, énormément. C'était pire que toute la douleur que vous puissiez imaginer.
Le tournoi continue, le scandale gronde
Plus glaçant encore que l'agression elle-même : le tournoi n'a pas été annulé. Steffi Graf est venue rendre visite à Seles à l'hôpital le dimanche, deux jours après les faits, avant de retourner disputer la finale qu'elle a remportée.
« J'avais supposé que le tournoi avait été annulé. Les organisateurs en ont décidé autrement », racontera Seles. Une leçon brutale sur la dimension commerciale du tennis.
Quelques semaines plus tard, le second coup tombe. Lors d'une réunion à Rome, 17 des 25 meilleures joueuses du circuit votent contre le gel du classement de Seles pendant sa convalescence. Seule Gabriela Sabatini s'abstient.
Toutes les autres votent contre. Pour Seles, immobilisée à Vail dans le Colorado, c'est une trahison aussi violente que le coup de couteau lui-même :
« J'ai compris que tout était commercial, mais c'était difficile à accepter quand la blessure dans mon dos était encore fraîche. »
Günter Parche, libéré sans condamnation
L'agresseur était un Allemand de 38 ans au chômage, obsédé par Steffi Graf depuis des années, à qui il envoyait des lettres et de l'argent en lui demandant de s'acheter un cadeau d'anniversaire. Sa chambre était tapissée d'affiches de l'Allemande.
Lorsque Seles a détrôné Graf de la place de n°1 mondiale, son obsession s'est mue en haine. Lors de son évaluation psychiatrique, Parche a déclaré vouloir « donner une leçon à Monica Seles » pour que Steffi reprenne sa place. Diagnostiqué « déséquilibré mental », il sera finalement libéré sans condamnation par la justice allemande.
Le lent naufrage
Pendant que Seles se reconstruisait, Steffi Graf remportait Roland-Garros 1993 (où la Yougoslave régnait depuis trois éditions consécutives), puis Wimbledon.
« Elle l'a fait, Günter a obtenu son souhait », pensait Seles devant son téléviseur.
Pis : deux semaines après l'agression, le père de Monica, Karolj, apprenait qu'il était atteint d'un cancer de la prostate. Le monde de la jeune femme s'effondrait totalement.
Seles ne reviendra sur le circuit qu'en août 1995, à Montréal, où elle s'imposera en n'abandonnant que 14 jeux en cinq matchs. Un retour spectaculaire, mais en trompe-l'œil.
La Serbe ne remportera plus qu'un seul Grand Chelem de plus dans sa carrière, l'Open d'Australie 1996. Elle prendra sa retraite en juin 2003.
Le verdict cruel des chiffres
Pour mesurer l'ampleur du sacrifice, une statistique suffit. Entre avril 1990 et avril 1993, la période où Seles règne sur le circuit , Steffi Graf ne remporte que 2 Grands Chelems. Entre avril 1993 et fin 1995, période d'absence forcée de Seles, l'Allemande en remporte 6.
Le coup de couteau de Hambourg n'a pas seulement brisé une joueuse. Il a redessiné les palmarès, inversé les hiérarchies et hanté toute une génération.
Aujourd'hui naturalisée américaine, Monica Seles, 52 ans, replonge chaque 30 avril dans le banc de Hambourg. « Je n'ai jamais su comment traiter cette partie de ma vie », confiait-elle dans ses mémoires.
« C'était un chapitre tellement traumatisant que, encore aujourd'hui, quand je le raconte, j'en parle comme si ça était arrivé à quelqu'un d'autre. La preuve qu'une fraction de seconde peut vous changer pour toujours. »
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