Le ski alpinisme aux JO, oui ou non ?
Ce 19 février 2026, le ski alpinisme fait une entrée historique aux JO d'hiver de Milan-Cortina. Mais au lieu des épopées sauvages en haute montagne, le CIO nous sert un "sprint" ultra-nerveux de 3 minutes. Coup de génie médiatique ou trahison d'un sport de légende ? On décrypte.
Pourquoi ça coince
Traditionnellement, le ski alpinisme, c'est l'école de la souffrance et de la résilience : des heures d'effort, des milliers de mètres de dénivelé positif, un froid glacial et des couloirs raides (la Pierra Menta en est le parfait exemple).
Mais pour sa grande première olympique sur la piste de Bormio, la discipline a dû se conformer aux standards du Comité International Olympique.
Le résultat ? Une boucle expédiée en 3 ou 4 minutes chrono, une montée de seulement 70 mètres, un portage express et une descente entre des portes. C'est explosif, certes, mais est-ce encore du ski de montagne ?
L'argument du CIO : Le pari de l'hyper-accessibilité
Il ne faut pas se voiler la face, ce format n'a pas été choisi par hasard. Il répond à des impératifs implacables :
- Un produit ultra-télévisuel : C'est compact, frénétique, et facile à filmer. Le format idéal pour capter l'attention de la génération TikTok qui zappe vite.
- Zéro casse-tête logistique : Fini les parcours sauvages dépendants de la météo ou des risques d'avalanche. Un circuit fixe au pied des pistes simplifie l'intégration au programme olympique.
- La carte de la diversité : En limitant le format à des sprints de 36 athlètes (18 hommes / 18 femmes), le CIO permet à des nations émergentes de s'aligner, sans nécessiter les moyens colossaux des courses d'endurance extrêmes.
- Le spectacle total : On met en lumière la vitesse des manipulations (enlever les peaux, chausser) qui est la vraie signature technique du skimo.

La colère des puristes : L'ADN montagnard sacrifié
Dans les vallées, le son de cloche est radicalement différent. Pour beaucoup d'athlètes et de passionnés, ce format olympique s'apparente à une aberration.
- L'effet "Course de 800 mètres" : Juger un alpiniste sur 3 minutes, c'est comme demander à un marathonien de briller sur un 100 mètres. Les filières énergétiques ne sont plus du tout les mêmes.
- Une spécialisation forcée : Ce format clive la discipline. Il crée une génération de "sprinteurs des neiges", forçant des athlètes complets à s'adapter à un effort qui ne reflète pas la réalité de la montagne.
- La perte d'authenticité : Le Britannique Iain Innes n'a pas mâché ses mots, qualifiant la direction prise par ce format de "honte" privilégiant le show ("gimmicky") à l'essence même du sport.

Le syndrome du Cheval de Troie
C'est le jeu cruel de "l'olympisation". Pour entrer dans le club très fermé des Jeux Olympiques, chaque nouveau sport doit faire des concessions.
Ce format sprint est un mal nécessaire. Un "cheval de Troie" pragmatique accepté par l'ISMF (la fédération internationale) pour obtenir la vitrine mondiale des JO.
L'objectif n'est pas de plaire aux puristes aujourd'hui, mais d'attirer des millions de regards pour, demain, imposer des formats plus longs et plus fidèles à l'histoire du sport.
Tous les regards sont d'ailleurs déjà tournés vers les JO des Alpes Françaises en 2030 pour rectifier le tir ?

