Les 6 plus belles randonnées
dans les Picos de Europa
Trente kilomètres de la mer Cantabrique, des parois de 600 m à pic, des gorges creusées à 600 m de profondeur, des villages sans route depuis des siècles. Les Picos de Europa ne ressemblent à aucun massif connu. C’est objectivement une autre Espagne.
Le nom vient des marins atlantiques : pour ceux qui venaient de l’ouest sur l’océan Atlantique en naviguant à vue, los Picos étaient les premières terres visibles à l’horizon après la traversée. D’où « Picos de Europa » — les pics d’Europe, les premières montagnes du continent. Un massif à 30 km de la mer, culminant à 2 648 m, avec des parois de 600 m à pic et des gorges de 600 m de profondeur. La météo correspond : l’Atlantique arrose sans prévenir
Les Picos de Europa sont une partie de la cordillère Cantabrique, dans le nord de l’Espagne, répartis entre Asturies, Cantabrie et León. Trois massifs distincts : le massif Occidental (Cornión), le plus vaste, avec les lacs de Covadonga et la Peña Santa de Castilla (2 596 m) ; le massif Central (Urrieles), le plus abrupt, avec le Torre de Cerredo (2 648 m) et le Naranjo de Bulnes (2 519 m) ; le massif Oriental (Ándara), le plus petit et le plus discret, avec ses karsts et ses villages isolés. Les massifs sont délimités par les rivières Cares (entre Occidental et Central), Duje (entre Central et Oriental) et Deva au nord-est.
Le parc national a été créé le 22 juillet 1918 sous le nom de "Parque Nacional de la Montaña de Covadonga" — il est le premier parc national d’Espagne. Sa création est due à Pedro Pidal, marquis de Villaviciosa, alpiniste et homme politique asturien, qui avait réalisé la première ascension du Naranjo de Bulnes en 1904 avec son guide Gregorio Perez et voulait protéger ce massif. À l’époque, seul le massif occidental était concerné (16 925 ha). Le parc a été élargi à sa forme actuelle le 30 mai 1995. Superficie totale : ~671 km². Réserve de biosphère UNESCO depuis 2003. Le parc contient 200 cotes dépassant 2 000 m d’altitude et des dénivélés locaux qui atteignent 2 300 m.
Ce qui frappe les randonnéeurs habitués aux Alpes ou aux Pyrénées : la verticalité est extrême et immédiate. On passe de la végétation atlantique (hêtres, chênes, prairies) à la haute montagne calcaire sans transition. La roche est du calcaire primaire vieux de 300 millions d’années, karstifié en profondeur — les Picos abritent certains des gouffres les plus profonds du monde (Torca del Cerro, -1 589 m). La météo change brutalement — Atlantique oblige. On peut partir sous le soleil depuis Poncebos et être dans le brouillard à Bulnes. Prévoir toujours un imperméable.
Le Top 6 des randonnées dans les Picos de Europa
Ruta del Cares – La Garganta Divina, 12 km dans la Paroi
📍 Poncebos (Asturies, 228 m) · Sentier taillé en 1916 · Paroi calcaire · Tunnels · Passerelles · Rio Cares 600 m en contrebas · Caín (León, 476 m) · Retour même chemin ou navetteLa Ruta del Cares est la randonnée de référence des Picos de Europa — la plus connue, la plus empruntée, et celle qui mérite pleinement sa réputation. Le sentier a été creusé dans la paroi calcaire en 1916 pour permettre l’entretien d’un canal hydroélectrique. Résultat : 12 km de chemin à peu près horizontal à 600 m d’altitude constante, taillé dans la roche, avec des tunnels percés dans la paroi, des passerelles suspendues, et le río Cares qui coule en eau turquoise jusqu’à 600 m en contrebas selon les sections. Les parois s’élèvent des deux côtés — c’est pourquoi les Espagnols l’appellent la Garganta Divina. C’est un nom mérité.
La fréquentation est le seul bémol : en plein juillet et août, jusqu’à 2 000 randonneurs par jour parcourent ce sentier, dans les deux sens, sur un chemin parfois étroit. Cela change l’ambiance. La solution : arriver à Poncebos avant 9h, dans le calme du matin. Les chamois ibériques (rebecos) sont visibles sur les pentes depuis le sentier, de même que les vautours fauves qui planent sur les courants thermiques au-dessus des gorges. Pas besoin de jumelles — ils sont grands.
![Ruta del Cares[1].jpg](https://img6.custompublish.com/getfile.php/5501116.1046.asaklinntsttmw/Ruta+del+Cares%5B1%5D.jpg)
Lagos de Covadonga (Enol et Ercina) – Les Lacs Glaciaires du Massif Occidental
📍 Covadonga (sanctuaire, grotte) · Route (ou navette en saison) vers les lacs à ~1 100 m · Lac Enol · Lac Ercina · Boucle préries et vaches en estive · Mirador del Rey · Vue sur la mer Cantabrique par beau tempsLes Lagos de Covadonga (lac Enol et lac Ercina) sont les lacs glaciaires du massif Occidental des Picos — et les seuls lacs de surface significatifs du parc national, car le calcaire karstique absorbe la plupart de l’eau dans des systèmes souterrains. À 1 100 m d’altitude dans une cuvette d’origine glaciaire, les deux lacs offrent des reflets des pics calcaires dans une eau claire, avec en permanence des vaches et des chevaux sauvages qui paissent autour — une scène typiquement asturienne, sans équivalent dans les Alpes. La boucle classique (~12 km, D+ 400 m) passe par le Mirador del Rey d’où on voit, par beau temps, à la fois les sommets et la mer Cantabrique.
En amont des lacs, à 12 km par la route, le Sanctuaire de Covadonga est incontournable historiquement : c’est là que s’est déroulée la bataille de Covadonga en 718, première victoire des Chrétiens contre les Maures ibériques, qui a marqué le début de la Reconquista et l’émergence du royaume des Asturies. La grotte sacrée, la basilique néo-romane et le monument à Pélage (Pelayo) en font un lieu de pèlerinage chargé d’histoire. Pas obligatoire pour la randonnée, indispensable pour comprendre la région.
Vega de Urriellu – Au Pied du Naranjo de Bulnes (2 519 m)
📍 Sotres (1 050 m, village le plus haut des Picos) · Col de Pandébano (1 212 m) · Traversée progressive vers le massif Central · Refuge Vega de Urriellu (2 200 m) · Face ouest du Naranjo de Bulnes · Retour même voie ou descente sur BulnesLa Vega de Urriellu est le plateau au pied du Naranjo de Bulnes (2 519 m) — ce monolithe calcaire pratiquement vertical qui est l’icône absolue de l’alpinisme espagnol. L’objectif de la randonnée n’est pas de grimper au sommet (qui nécessite de l’escalade, des cordes, de la technique) mais d’arriver au refuge à 2 200 m, au pied de la paroi, pour voir le monolithe de près et dans sa totalité. Depuis le col de Pandébano (1 212 m), la silhouette du Naranjo accompagne toute la montée. Les chamois ibériques (rebecos) fréquentent les zones karstiques au-dessus de 1 500 m — observer tôt le matin.
Le refuge Vega de Urriellu (96 places) est le point de départ des cordées qui attaquent les voies du Naranjo à l’aube — le spectacle des alpinistes sur la paroi au lever du soleil est inoubliable. La randonnée depuis Sotres (1 050 m), village le plus haut des Picos, via le col de Pandébano (1 212 m), est la voie historique. L’alternative depuis Fuente Dé (téléphérique jusqu’à 1 850 m puis 8 km, D+ 700 m, 3-4h) réduit l’engagement physique mais exige une descente également.

Fuente Dé → El Cable → Horcados Rojos – Le Plateau Alpin au-dessus du Cirque
📍 Fuente Dé (fond du cirque de Cam aleño, Cantabrie, ~848 m) · Téléphérique vers El Cable (1 850 m, 4 min) · Plateau d’Áliva · Chapelle Santuca de Áliva · Horcados Rojos (2 506 m) · Retour El Cable ou descente SotresLe téléphérique de Fuente Dé est l’accès le plus spectaculaire aux Picos de Europa — depuis le fond du cirque de Camaleño (Cantabrie), 4 minutes de câble vous déposent à El Cable (1 850 m), avec derrière soi des falaises qui dépassent 1 200 m de dénivélé depuis la base. Depuis la station supérieure, un plateau s’ouvre sur les prairies d’Áliva — alpages de haute altitude où subsiste une transhumance traditionnelle — avec un refuge fonctionnel (Refugio Áliva, 1 680 m) et la petite chapelle de la Santuca de Áliva, isolée dans le calcaire.
Le sentier monte ensuite vers les Horcados Rojos (2 506 m), définis par AllTrails comme “un magnifique balcon naturel au cœur du Massif Central”. Depuis ce sommet, la vue couvre le Naranjo de Bulnes à portée de regard, la Vega de Áliva, le Torre de Cerredo (2 648 m) et les cimes des Urrieles dans leur ensemble. La flore alpine adaptée à ces conditions extrêmes mérite l’attention — les botanistes qualifient ces pelouses de 2 000-2 500 m de remarquables. Des oiseaux alpins (chocard à bec jaune, accenteur alpin) sont réguliers.
Canal del Texu – Poncebos à Bulnes, l’Ascension du Village Sans Route
📍 Poncebos (Asturies, 228 m) · Gorges du Texu · Canal del Texu · Village de Bulnes (660 m) · La Villa (quartier bas) + El Castillo (quartier haut) · Option continuer vers Pandébano et Vega de UrrielluBulnes est le village le plus isolé des Picos de Europa — sans accès routier, perché dans un cirque entouré de parois calcaires. Jusqu’en 2001, le seul moyen d’y arriver était à pied par le sentier du Canal del Texu — 4 km depuis Poncebos, raide, dans les gorges du Texu entre parois quasi verticales. Depuis 2001, un funiculaire souterrain (tunnel dans la montagne, ~7 minutes, ~17-22€) permet l’accès moteur. Faire le chemin à pied reste de loin la meilleure option pour comprendre pourquoi ce village était considéré comme inaccessible.
L’ascension dans les gorges du Texu est l’une des plus spectaculaires des Picos — “on peut perdre tout sens de la perspective et de la distance” entre ces deux parois verticales. Bulnes lui-même, une fois atteint, est composé de deux quartiers : La Villa (bas) et El Castillo (haut). Des petits bars servent le fromage de Cabrales (affiné dans les grottes naturelles de calcaire, AOP espagnole reconnue) accompagné de la sidra (cidre asturien) servie à la manière locale — versée de haut pour l’aérer. Pas énorme en quantité mais parfait en qualité. L’it inéraire peut se prolonger vers le col de Pandébano (1 212 m) et la Vega de Urriellu (randonnée n°3) pour une journée complète.

Tresviso depuis Urdón – Le Village Perché au-dessus de la Gorge du Déva
📍 Urdón (gorge de la Hermida, bord de route N-621, 100 m) · Montée impressionnante en zigzag · Source du rio Urdón · Tresviso (720 m, village du massif Oriental) · Vue sur gorge du Deva + massif Andara · Retour même cheminLe sentier de Tresviso depuis Urdón est la randonnée du massif Oriental (Ándara) — le moins fréquenté des trois massifs des Picos et, pour cela, le plus recommendé en plein été quand la Ruta del Cares ressemble à un dimanche sur les Champs-Élysées. Urdón est un point d’arrêt discret en bord de N-621, dans la gorge de la Hermida traversée par le río Deva. Depuis là, un sentier très raide part en zigzags impressionnants sur la paroi jusqu’à Tresviso (720 m), village perché sur un plateau du massif Ándara. Le passage par la source du río Urdón est une curiosité géologique (résurgence karstique) à ne pas manquer en chemin.
Tresviso lui-même — une centaine d’habitants permanents, quelques auberges rurales — offre une vue plongeante sur la gorge du Deva et le massif Ándara. L’ambiance y est très différente du Cares ou de Covadonga : moins de touristes, plus d’authenticité. L’ours brun de Cantabrie (Ursus arctos) est en cours de reconstitution de population dans les monts Cantabriques — le massif Ándara, moins perturbé humainement, fait partie des zones d’habitat. Voir un ours à distance reste une possibilité non nulle dans ce secteur.
Tableau récapitulatif des 6 randonnées
| # | Randonnée | Distance | D+ | Durée | Difficulté |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Ruta del Cares — Garganta Divina, Poncebos → Caín (1916) | 12 km aller | minimal | 6–7h A/R | Moyen |
| 2 | Lagos de Covadonga — Enol + Ercina, chevaux, Covadonga (718) | ~12 km (boucle) | ~400 m | 3h30–4h | Facile |
| 3 | Vega de Urriellu — pied du Naranjo de Bulnes (2 519 m) | ~10 km | ~1 150 m | 4–5h aller | Difficile |
| 4 | Fuente Dé → El Cable → Horcados Rojos (2 506 m) | ~10 km | ~660 m | 4–5h | Moyen à difficile |
| 5 | Canal del Texu — Poncebos → Bulnes, village sans route | ~4 km aller | ~430 m | 1h30–2h aller | Moyen |
| 6 | Tresviso depuis Urdón — massif Oriental Ándara, moins fréquenté | ~6 km aller | ~620 m | 2h30–3h aller | Moyen à difficile |
FAQ – Randonnée dans les Picos de Europa
Pourquoi les Picos de Europa s’appellent-ils ainsi — ils ne sont pourtant pas les plus hauts d’Europe ?
Le nom vient des marins atlantiques. Pour ceux qui revenaient d’Amérique ou naviguaient à vue depuis l’ouest sur l’océan Atlantique, los Picos étaient les premières terres visibles à l’horizon après la traversée. Ce massif se trouve à seulement ~30 km de la mer Cantabrique, il surgit directement du littoral atlantique sans transition — ses 2 648 m sont donc beaucoup plus impressionnants visuellement que des sommets de même altitude situés à l’intérieur des terres. Pour un marin du XVIe siècle rentrant à Santander ou Gijón, ce massif était effectivement le premier signal d’une montagne européenne. D’où "Pics d’Europe."
Les Picos de Europa sont la troisième chaîne montagneuse d’Espagne en altitude après les Pyrénées et la Sierra Nevada. Ils font partie de la cordillère Cantabrique, qui est elle-même le prolongement occidental des Pyrénées vers l’Atlantique.
Qu’est-ce que la bataille de Covadonga (718) — et pourquoi fonde-t-elle un parc national ?
La bataille de Covadonga est dateée de 718 ou 722 selon les sources — les historiens modernes tendent vers 722, mais la tradition espagnole retient 718. Elle oppose les Maures (armées musulmanes qui avaient envahi la péninsule ibérique en 711) aux Chrétiens asturiens menés par Pélage (Pelayo), un noble wisigoth. La victoire de Pelayo à Covadonga est traditionnellement considérée comme le point de départ de la Reconquista — la reconquête chrétienne de la péninsule ibérique qui durera jusqu’en 1492 (prise de Grenade). Pelayo fonde le royaume des Asturies.
Le lien avec le parc national est indirect mais fort : le sanctuaire de Covadonga est un lieu de pèlerinage national majeur, et le premier parc national espagnol a été créé en 1918 pour célébrer le 12e centenaire de cette bataille (722 + 1200 = 1922, mais la création officielle date de 1918 pour le centenaire de 718) — la symbolique patrimoniale était aussi forte que l’argumentation écologique. C’est Pedro Pidal, alpiniste et marquis de Villaviciosa, qui a poussé la création du parc après avoir réalisé la première ascension du Naranjo de Bulnes en 1904.
Le Naranjo de Bulnes est-il vraiment impossible d’accès pour les randonneurs normaux ?
Le sommet du Naranjo de Bulnes (Picu Urriellu, 2 519 m) est inaccessible sans matériel et technique d’escalade — quelle que soit la voie. La voie normale (versant sud, ouverte en 1924 par Victor Martinez) est classée en escalade et nécessite corde, baudrier, casque et expérience. Il existe plus de 70 voies d’escalade sur ce massif, la plus célèbre étant la paroi ouest (600 m, ouverte en 1962 par Ernesto Navarro et Alberto Rabadà). Aller au sommet sans connaissances d’escalade : non.
En revanche, arriver au refuge Vega de Urriellu (2 200 m), au pied de la paroi, est une randonnée difficile mais accessible aux randonneurs entraînés (D+ 1 150 m depuis Sotres, ou D+ 700 m depuis Fuente Dé avec le téléphérique). Depuis le refuge, la vue sur le monolithe est intégrale — c’est l’objectif recommandé. Les chamois ibériques se baladent à proximité, les alpinistes s’encordent à l’aube — c’est une ambiance unique.
Quelle est la meilleure période pour randonner dans les Picos de Europa ?
Juin et septembre sont les deux meilleures fenêtres. La météo est plus stable qu’en juillet-août, la fréquentation de la Ruta del Cares est humaine (pas les 2 000 randonneurs/jour du cœur de l’été), la flore alpine est à son mieux en juin. Juillet-août : pic de tourisme, chaleur (rel ative — on est en Asturies, pas en Andalousie), foule sur les sentiers icôniques mais calme absolu sur les it inéraires secondaires (Tresviso, massif Ándara). Hiver (novembre-mars) : enneigement possible en altitude (refuge Urriellu fermé), mais Ruta del Cares et Lagos de Covadonga praticables et déserts. La neige dans les Picos est spectaculaire, l’atmosphère est totalement différente. Météo Atlantique : erratique à toutes les saisons. Consulter les prévisions la veille et ne pas hésiter à annuler un it inéraire de haute altitude en cas de mauvais temps annoncé — la brume peut s’établir en 15 min et ne pas partir de la journée.
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