C'est une technique que le commun des mortels qualifierait de torture, mais pour Eric Perrot, c'est peut-être un des clés de son succès.
Depuis trois ans, le biathlète français s'est lancé corps et âme dans la pratique de l'apnée.
Non pas pour visiter les fonds marins, mais pour apprendre à souffrir.
Dans une interview intéressante accordée à L'Équipe, il dévoile comment il prive son corps d'oxygène pour devenir une machine de guerre.
Le "mode survie" activé avant chaque course
Oubliez la musique dans le casque pour se motiver. Perrot, lui, cherche le silence et l'inconfort. À chaque échauffement, il se met en danger volontairement pour réveiller ses sens.
« Quand je fais de l'apnée, je suis incapable d'écouter de la musique... Je ne veux pas être pollué par quelque chose d'extérieur.
Avant une course à enjeux, c'est super important. Je suis en mode survie... Quand tu t'arrêtes de respirer, le corps se dit "waouh, tu as intérêt à être éveillé bonhomme". »

Apprendre à "étirer la douleur"
Le biathlon est un sport de gestion de l'effort, mais Perrot va plus loin : il cherche la douleur pour mieux l'accepter.
L'apnée lui sert d'école de la résilience, une manière de dompter la panique qui guette chaque tireur sur le pas de tir.
« Respirer est un besoin vital et se confronter à l'apnée oblige à se déconnecter des pensées, à oublier la panique.
Si on panique, on consomme énormément... Le moment où tu as mal, il faut l'étirer, l'étirer, l'étirer, pour l'accepter plus facilement. Il faut savoir faire tout ce que tu détestes », confie-t-il avec une lucidité effrayante.
Cette approche quasi-mystique explique aussi le calme olympien de Perrot dans les moments chauds.
En se connectant à son corps via l'asphyxie contrôlée, il parvient à "se déconnecter de toutes les pensées annexes". Une arme fatale quand une médaille se joue sur une seule balle.
