Fin août, à Ushuaia, au bout du monde, trois jeunes Suissesses partagent des empanadas en se remémorant leurs souvenirs. Sue Piller, Dania Allenbach et Shaienne Zehnder se connaissent depuis les courses pour enfants. Aujourd'hui, Swiss-Ski les présente comme la nouvelle génération du slalom géant helvétique.
Trois amies, une même course de Coupe du monde
Les trois skieuses ont grandi ensemble dans les associations régionales, partagé leurs premiers camps d'entraînement, puis gravi les échelons côte à côte. Le 3 janvier 2026, elles se sont retrouvées pour la première fois toutes les trois au départ d'une même course de Coupe du monde, le géant de Kranjska Gora, celui de la première victoire de Camille Rast dans la discipline.
| Skieuse | Âge | Cadre | Repère |
|---|---|---|---|
| 🇨🇭 Sue Piller (Fribourg) | 21 ans | A | 6e à Špindlerův Mlýn, qualifiée pour les JO |
| 🇨🇭 Shaienne Zehnder (Berne) | 20 ans | B | En tête de la 1re manche aux finales de Coupe d'Europe |
| 🇨🇭 Dania Allenbach (Berne) | 19 ans | B | 27e pour ses débuts en Coupe du monde |
À Kranjska Gora, Sue Piller a pris la 20e place, Dania Allenbach la 27e pour ses grands débuts, tandis que Shaienne Zehnder n'a pas passé le cap de la première manche. Elle n'a d'ailleurs encore jamais disputé de deuxième manche en Coupe du monde.
« Les batteries vides »
L'hiver dernier a été intense : premiers départs en Coupe du monde, succès, déceptions. Puis l'été n'a pas été une vraie pause. Juste après les championnats de Suisse, les trois ont rejoint l'école de recrues pour sportifs d'élite à Macolin. Pratiquement aucun jour de congé depuis avril, une semaine de vacances, puis direction l'Amérique du Sud.
Sue Piller, elle, a rarement été aussi fatiguée qu'au sortir de sa saison, après les JO et sa 6e place à Špindlerův Mlýn.
Dania Allenbach, qui a terminé en 2025 son apprentissage de poseuse de sols, a découvert un autre apprentissage à Macolin : savoir en faire moins. Quand toute la journée est consacrée au sport, la tentation est grande d'enchaîner beach-volley et séances après l'entraînement.
« C'est simplement notre vie »
Pour ces jeunes athlètes, tout prend un sens sportif : manger devient nutrition, dormir devient récupérer. Sue Piller y voit un privilège et dit avoir « énormément de chance ». Shaienne Zehnder, elle, ne pourrait plus s'en passer.
Elle a besoin de cette exigence permanente, d'avancer encore et encore, « et les échecs en font aussi partie ». Sue Piller, qui se mesurait déjà à ses frères, a dû apprendre à accepter les erreurs : sur les skis, chercher la perfection ne suffit pas pour aller vite. C'est quand elle lâche prise que tout commence.
Chacune a ce qui manque aux autres
C'est peut-être la force de ce trio : aucune ne maîtrise tout, mais chacune possède ce que les deux autres aimeraient avoir. Sue Piller admire le côté « tête brûlée » de Dania Allenbach, sa capacité à lâcher prise, et emprunterait volontiers à Shaienne Zehnder un peu de son ski agressif.
Shaienne Zehnder, la plus ambitieuse du groupe selon ses coéquipières, salue la façon dont Sue Piller va au bout de ses idées « à n'importe quel prix ». Chez Dania Allenbach, elle est fascinée par cette décontraction qui lui permet de skier simplement, qu'il s'agisse d'une course FIS ou de la Coupe du monde.
Et Dania Allenbach ? Elle prendrait chez Sue Piller le calme, l'assurance et le sens de la technique, chez Shaienne Zehnder l'ambition et la concentration.
Comme à la Bäri-Cup
Sue Piller parle d'une « dynamique saine et cool ». À l'entraînement, elles se poussent. En course, chacune veut être la plus rapide. Puis la course est finie. Dania Allenbach résume l'état d'esprit : parfois, en regardant une coéquipière, elle se dit qu'elle aimerait savoir faire exactement la même chose.
En mars dernier, aux finales de Coupe d'Europe à Schladming, Shaienne Zehnder menait après la première manche, devant Sue Piller (2e) et Dania Allenbach (4e). Trois Suissesses aux avant-postes, comme autrefois à la Bäri-Cup, la course de la relève de l'Oberland bernois. L'échelle a changé, la complicité beaucoup moins.
Une étiquette encore à mériter
Aucune ne s'emballe. Sue Piller rappelle qu'elle n'a jamais été systématiquement la meilleure : un jour 4e, un jour première, puis blessée. Ce statut lui paraît encore un peu étrange. Shaienne Zehnder a déjà compris que la Coupe du monde n'est pas toujours synonyme de bonheur. Dania Allenbach sait qu'il reste beaucoup de chemin entre l'étiquette de talent et une grande carrière.
Au lendemain de leur dîner à Ushuaia, elles ont repris l'entraînement, à s'observer, à se comparer, à se pousser. Chacune essaiera d'être plus rapide que les deux autres. Pour la Suisse, qui aligne déjà une sélection solide pour l'ouverture de Sölden, c'est surtout une promesse.
