Hanna Oeberg, l'icône suédoise qui passe du podium au berceau
De l'or inespéré à PyeongChang jusqu'à l'annonce de sa grossesse, retour sur la carrière d'une des biathlètes les plus régulières de l'histoire, qui met sa saison 2026-2027 entre parenthèses.
Le 21 juillet 2026, un simple post Instagram a fait taire le bruit des carabines. « Vi har något att berätta! Den kommande säsongen bjuder på nya utmaningar » (« Nous avons quelque chose à vous raconter ! La prochaine saison réserve de nouveaux défis »). À côté de Martin Ponsiluoma, sa main posée tendrement sur un ventre déjà arrondi, Hanna Öberg, 30 ans, annonce qu'elle attend son premier enfant. La double championne olympique et triple championne du monde met sa carrière en pause. Pour la première fois depuis une décennie, les stades de biathlon se passeront d'elle cet hiver.
Derrière cette image de future maman rayonnante se cache l'une des trajectoires les plus impressionnantes du biathlon moderne.
Kiruna, Svensbyn et une fratrie de compétitrices
Née le 2 novembre 1995 à Kiruna, dans le Grand Nord suédois, tout au-dessus du cercle polaire arctique, Hanna Linnea Öberg grandit à Svensbyn, près de Piteå. Dans une famille où le ski et le tir font partie du quotidien, son père a aidé à fonder le club local, elle enfile ses premiers skis à deux ans et découvre le biathlon vers l'âge de dix ans. Sa sœur cadette Elvira, née quatre ans plus tard, suivra le même chemin. Les deux fillettes se disputent alors pour tout, y compris pour sortir les poubelles, au grand désespoir de leur mère. Aujourd'hui, elles sont inséparables.
Formée au Piteå Skidskytteklubb, Hanna s'illustre très tôt sur la scène internationale juniors. Lors des Championnats du monde juniors 2016 à Cheile Grădiștei, elle réalise le doublé doré en s'imposant sur le sprint et la poursuite, tout en glanant l'argent en relais. Elle intègre l'équipe fanion de Suède dès l'hiver 2016-2017.

Pour moi, le biathlon exige de trouver un équilibre entre l'intensité physique et la paix intérieure. Faire du crochet ou lire un livre dans ma chambre d'hôtel me permet de déconnecter complètement et d'arriver au pas de tir avec les idées claires.
PyeongChang 2018 : l'or sans le moindre podium préalable
C'est en février 2018 que le nom d'Hanna Öberg entre dans la légende olympique. Àgée de 22 ans à peine, la Suédoise se présente au départ des Jeux olympiques de PyeongChang sans n'avoir jamais décroché le moindre podium individuel en Coupe du monde.
Pourtant, lors de l'Individuel 15 km, elle réalise un tir parfait de 20/20 face aux cibles et s'offre la médaille d'or olympique, devançant toutes les favorites, sa toute première victoire en carrière, son tout premier podium.
Quelques jours plus tard, elle lance le relais féminin suédois vers la médaille d'argent. La Suède, qui n'avait plus brillé ainsi depuis longtemps, tenait sa nouvelle star.

Quand vous gagnez l'or olympique à 22 ans alors que vous n'êtes jamais montée sur un podium de Coupe du monde, tout s'accélère. J'ai dû apprendre à apprivoiser le statut de favorite. Mais cela m'a prouvé que mon mental pouvait répondre présent dans les grands moments.
L'année suivante, sur ses terres à Östersund, elle récidive aux Mondiaux : encore l'or sur l'individuel. Elle devient la première femme de l'histoire à enchâîner titre olympique puis mondial dans la distance reine.
Loin d'être un coup de chance, cette victoire inaugure un règne de constance, avec deux Petits Globes de Cristal dès la saison 2019-2020 (Individuel et Mass-Start).
Beijing 2022, Oberhof 2023 : la confirmation
Les années qui suivent confirment l'évidence. Or en relais aux JO de Beijing 2022, aux côtés d'Elvira. Deux nouveaux titres mondiaux en 2023 à Oberhof (individuel et mass-start), auxquels s'ajoutent l'argent sur le sprint et le bronze en relais. Des dizaines de podiums en Coupe du monde, une tireuse d'une précision rare, une skieuse endurante, et une concurrente d'un calme olympien.
En 2025-2026, elle figure encore parmi les toutes meilleures du circuit : 4e du classement individuel, 2e du sprint, 3e de la poursuite, 11e de la mass-start, pour une 2e place finale au classement général de la Coupe du monde, ainsi qu'une nouvelle médaille d'argent en relais aux Jeux olympiques d'Anterselva 2026.

La scène de Lenzerheide, entre sœurs
Mais Hanna Öberg est aussi une sœur. Lors de la mass-start des Mondiaux 2025 à Lenzerheide, Elvira décroche enfin son premier titre individuel.
Hanna, elle, termine dernière après une chute et un problème de carabine. Pourtant, Elvira l'attend plusieurs minutes à l'arrivée.
Je voulais partager ça avec elle, car je n'aurais pas pu être là aujourd'hui sans elle.
Hanna, les yeux embués, répond :
Je suis une sœur aînée tellement fière.
Une scène qui en dit plus long sur elles que toutes les médailles.
Le « croisement amoureux » et la vie hors des pistes
Hors des pistes, Hanna cultive un autre rythme. Elle crochète, lit, et protège sa vie privée. Pendant plusieurs années, elle a partagé sa vie avec son coéquipier de l'équipe masculine Jesper Nelin, tandis que le champion du monde Martin Ponsiluoma était en couple avec la biathlète Fanny Johansson.
En 2021, les deux couples se séparent, et échangent leurs partenaires : Hanna officialise sa relation avec Martin Ponsiluoma, tandis que Jesper Nelin se met en couple avec Fanny Johansson.
Cet échange inédit au sein d'une même équipe nationale a fait les choux gras de la presse suédoise, mais les biathètes ont su préserver une entente parfaite au sein du groupe, continuant à gagner des médailles ensemble sur les relais mixtes mondiaux.
Martin Ponsiluoma, lui aussi biathlète de classe mondiale et champion olympique de poursuite en 2026, avait évoqué ce projet quelques mois avant l'annonce.
C'est quelque chose dont on a envie. La prochaine étape dans la vie.
C'est le début du plus beau chapitre de notre vie. Martin et moi sommes tellement heureux. Le biathlon m'a tout donné, mais mon corps et mon cœur sont prêts pour ce nouveau rôle d'une vie. C'est une pause bien méritée.
Une saison en pointillés, une légende qui attend
Aujourd'hui, Hanna Öberg n'est plus seulement la fille de Piteå qui a surpris le monde à 22 ans, ni la tireuse impécable qui collectionne les titres. Elle s'apprête à devenir mère.
La saison 2026-2027 se jouera très probablement sans elle, loin des dossards et des stands de tir. Mais ceux qui l'ont vue gagner savent une chose : quand elle revient, elle revient toujours plus forte.

Palmarès complet (bilan IBU au 31 mars 2026)
En dehors des pistes
Domicile : Östersund
Club de formation : Piteå Skidskytteklubb
Compagnon : Martin Ponsiluoma, biathlète, champion olympique de poursuite 2026
Sœur : Elvira Öberg, biathlète
Passions : lecture, crochet
Langues : suédois, anglais
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