🎿 Saut à Ski·Autriche — Stephan Embacher
À 20 ans, Stephan Embacher a déjà accompli plus que bien des sauteurs en une carrière entière. Champion olympique par équipes aux côtés de Jan Hörl, vainqueur d'une épreuve de Coupe du monde, le Tyrolien s'est livré au Kurier sans détour : sur une saison ratée, son perfectionnisme maladif, le fardeau du statut de prodige, et la règle qu'il impose à son père à la maison.
🎿 Stephan Embacher en bref
| Repère |
Détail |
| 17 ans |
Débuts en Coupe du monde, 13e dès sa première course |
| 20 ans |
Champion olympique par équipes avec Jan Hörl |
| 1 |
Victoire en Coupe du monde |
| 🏅 |
Nommé « révélation de l'année » et « équipe de l'année » au gala Lotterien-Sporthilfe |
« Champion olympique, ça sonne cool »
Précoce depuis toujours, Embacher a vu sa vie s'accélérer d'un seul coup l'hiver dernier, et le reconnaît avec un sourire.
« Tout est allé très vite, l'hiver dernier. Champion olympique, ça sonne cool. » — Stephan Embacher
Une explosion née d'une saison ratée
Comment expliquer une telle montée en puissance ? Le jeune Autrichien renvoie à la saison précédente, la première en Coupe du monde dans son intégralité, qu'il décrit comme un échec salutaire.
« Parce que j'ai fait un grand pas en avant et que je me suis fortement amélioré dans tous les domaines. C'était aussi nécessaire, car la saison d'avant, ça ne s'était pas vraiment bien passé. Avec le recul, c'était extrêmement instructif. Même si je n'étais pas du tout satisfait de la façon dont je sautais à l'époque, lors de ma première saison complète en Coupe du monde. » Stephan Embacher
À l'époque, son visage trahissait sa frustration. Il l'assume, en expliquant que son ambition le rend parfois dur avec lui-même.
« Je suis simplement très ambitieux. Et quand ça ne se passe pas comme je le veux, c'est tout simplement nul. Il était important d'en tirer les bonnes conclusions. » Stephan Embacher
Sorti de la première équipe pour tout reconstruire
Les conclusions ont été radicales : Embacher a quitté le premier groupe d'entraînement pour se reconstruire à son rythme, et il a identifié l'origine de ses difficultés : un corps qui avait encore grandi, et un matériel devenu inadapté.
« Nous avons décidé à l'époque que je ne devais plus m'entraîner avec les autres dans le premier groupe. J'ai pris le temps de me remettre complètement à plat et de remettre en place un vrai système. » — Stephan Embacher
« Mon corps avait changé, j'avais encore pris quelques centimètres à cette période et j'ai donc dû modifier pas mal de choses au niveau du matériel. J'avais soudain des skis beaucoup plus longs et je n'arrivais plus à m'en sortir. Le réglage du matériel est extrêmement sensible en saut à ski. Mais ça ne tenait sûrement pas qu'au matériel. Dans ma tête non plus, je n'étais pas encore très stable. »
Perfectionniste jusque dans ses lampes
Sévère avec lui-même ? Il ne le nie pas, et en donne un exemple très concret, tiré de son nouvel appartement.
« C'est comme ça que je suis. J'ai toujours été strict avec moi-même, peu importe le sujet. Ce n'est pas tout à fait vrai, à l'école, je prenais les choses plus à la légère. Mais pour le reste, je suis vraiment très précis. Dans mon nouvel appartement, je veille énormément à ce que tout soit bien en place. Je n'aime pas quand quelque chose est bâclé. Je ne supporte pas ça, je bricole moi-même jusqu'à ce que ça soit enfin bon. » — Stephan Embacher
Un trait de caractère partagé par plusieurs grands noms du saut autrichien, de Gregor Schlierenzauer à Stefan Kraft et Daniel Tschofenig. Faut-il fonctionner ainsi pour réussir ? Sa réponse est nuancée.
« Je crois que, dans tous les sports, il faut fonctionner comme ça. Toujours avec mesure et avec un objectif, bien sûr. Si tu t'obstines à tout faire parfaitement et que tu n'es jamais content de toi, ce n'est pas la bonne voie non plus. Mais si tu prends toujours tout à la légère et que tu comptes uniquement sur ton talent, ça finit sûrement mal. Il faut quand même faire quelque chose pour réussir. » Stephan Embacher
Le piège du talent
S'est-il déjà reposé uniquement sur son talent ? Embacher admet avoir connu ce piège, et en avoir tiré une leçon définitive.
« La tête est vraiment une peste. Quand ça se passe bien et que tu gagnes facilement, tu penses vite : de toute façon, je n'ai pas besoin de toujours mettre les gaz à fond. J'en ai tiré des leçons. C'est là que le laisser-aller s'installe. Peu importe le talent qu'on a, sans travail, ça ne fonctionnera pas. J'ai accumulé cette expérience. Et ça ne m'arrivera sûrement pas une deuxième fois. » — Stephan Embacher
L'étiquette de prodige, « pas vraiment un cadeau »
Célébré très tôt comme un enfant prodige et futur superstar, le jeune Tyrolien ne garde pas un souvenir enchanté de cette période.
« Cela ne m'a pas vraiment pesé, mais ça ne m'a pas fait du bien non plus. Quand on dit à un jeune de 17 ans qu'il possède d'énormes qualités, ce n'est pas bénéfique. J'aurais préféré qu'on ne parle pas autant de moi. » — Stephan Embacher
Lillehammer, le saut qui a tout changé
Le moment le plus important de sa carrière, selon lui, n'est pas une finale mais un saut de qualification, l'hiver dernier à Lillehammer.
« En fait, ce n'était même pas une compétition, mais la qualification de l'hiver dernier à Lillehammer. Avant, j'avais vraiment du mal avec mes sauts. Ça m'énervait profondément. Et puis, d'un coup, j'ai été premier de la qualif. Cela m'a montré que je n'avais pas désappris le saut à ski. Ce seul saut de qualification m'a plus apporté que mon premier podium de Coupe du monde à Falun. Sans ce saut, je ne serais jamais monté sur le podium là-bas. C'est ça qui est cool dans le saut à ski : un bon saut, et tout s'envole. Un mauvais, et ça peut te ronger complètement. » — Stephan Embacher
Pas un mot sur le saut à la maison
Dans une discipline où tout se joue dans la tête, Embacher a un rituel : à la maison, on ne parle pas de saut à ski. Une règle fixée avec son père, et respectée à la lettre.
« Je ne pense sûrement pas trop peu, mais j'ai heureusement mes proches, qui me sortent régulièrement de là et me font penser à autre chose. J'ai convenu avec mon père, il y a cinq ans, que je ne voulais pas parler de saut à ski à la maison. Depuis, il n'a pas prononcé un seul mot à ce sujet. Il ne pose pas de questions. On joue alors aux fléchettes ou on fait une partie de cartes, j'ai besoin de ces niches. » — Stephan Embacher