Linda Noskova : du village de Bystricka à la couronne de Wimbledon
Une prise de balle d'une précocité chirurgicale, une sérénité à toute épreuve et un revers croisé dévastateur : retour sur la trajectoire du nouveau joyau du tennis tchèque, du sacre à Roland-Garros Junior au doublé Berlin-Wimbledon 2026, en passant par un drame intime.
Linda Noskóvá voit le jour le 17 novembre 2004 à Vsetín, une ville nichée au pied des montagnes de Beskides, en République tchèque. C'est dans le tout petit village voisin de Bystřička, comptant à peine 1 000 habitants, qu'elle grandit au sein d'une famille simple, calme et très soudée : sa mère, Ivana Noskóvá, et son père, Drahos Nosek.
La forge de Bystřička et l'école de Prostějov
C'est sa mère, passionnée de sport, qui l'initie au tennis dès l'âge de cinq ans sur les courts en terre battue du club local « Na Antuce », à Vsetín. Le talent de la petite Linda saute immédiatement aux yeux : dotée d'un sens du rythme hors du commun et d'un calme imperturbable, elle répète ses gammes des heures durant sans jamais montrer de lassitude.
Pour permettre à son potentiel d'éclore, la famille fait de nombreux sacrifices financiers et logistiques. À dix ans, Linda rejoint le club de Přerov, puis intègre la prestigieuse académie du TK Agrofert Prostějov, la mythique fabrique de champions tchèques ayant façonné Petra Kvitová, Tomas Berdych ou Lucie Safárová. Placée sous la conduite d'entraîneurs chevronnés tels que Tomas Krupa et Lukaa Hejda, elle peaufine une technique d'attaque pure, axée sur la vitesse de bras et le refus du compromis tactique.
Rien dans ma jeunesse n'était destiné à me conduire au sommet. Je venais d'un tout petit village où il n'y avait ni grandes infrastructures ni projecteurs. Ma mère m'a appris à aimer le jeu et à travailler dur sans me poser de questions. Quand on vient d'un endroit si calme, on apprend naturellement à garder les pieds sur terre et à ne pas paniquer quand les choses s'accélèrent.
Le sacre de Roland-Garros Junior et l'irruption chez les géantes
L'année 2021 marque le grand tournant de sa jeunesse sportive. À 16 ans seulement, alignée dans le tableau du simple filles à Roland-Garros Junior, Linda Noskóvá réalise un parcours sans faute.
En finale sur la terre battue parisienne, elle dompte la Russe Erika Andreeva en deux sets maîtres (7-6, 6-3), devenant la première Tchèque à soulever le trophée junior à Paris depuis 1978. La même année, elle fait ses débuts en qualifications sur le circuit WTA à Prague et remporte quatre titres ITF, dont celui de Přerov, pour un bilan de 38 victoires et 9 défaites.

En 2022, elle poursuit sa progression sur le circuit ITF (cinquième et sixième titres à ce niveau, à Croissy-Beaubourg puis Versmold) avant de faire ses débuts dans le Top 100 le 1er août 2022, à la faveur d'une demi-finale à Prague : elle devient alors la plus jeune joueuse du Top 100, devançant Coco Gauff.
Sa transition chez les professionnelles s'effectue sans le moindre temps d'adaptation. En janvier 2023, issue des qualifications du tournoi WTA 500 d'Adélaïde, elle élimine coup sur coup Daria Kasatkina, Victoria Azarenka et Ons Jabeur pour se hisser en finale à 18 ans à peine, avant de s'incliner face à Aryna Sabalenka.
Cette année de percée la voit également finaliste à Prague, en quart de finale à Lyon et au 3e tour à Indian Wells et Cincinnati ; elle entre dans le Top 40 le 9 octobre 2023.
Un an plus tard, lors de l'Open d'Australie 2024, le monde entier découvre l'étendue de son cran. Opposée à la patronne du circuit et numéro 1 mondiale Iga Świątek sur la Rod Laver Arena au 3e tour, Noskóvá refuse de subir. Elle assomme la Polonaise sous une pluie de coups gagnants en coup droit et en revers pour s'imposer 3-6, 6-3, 6-4, traçant sa route jusqu'en quart de finale de son premier Grand Chelem adulte, où elle s'incline face à Dayana Yastremska.
Entrer sur les plus grands courts du monde face à des joueuses qui ont tout gagné peut être intimidant si vous les observez comme des idoles. Moi, je viens sur le terrain pour faire mon métier et gagner. Je connais la lourdeur de ma frappe, et quand je suis bien réglée sur mes jambes, je sais que je peux poser des problèmes à n'importe quelle adversaire.
Le drame de 2024 : la perte de sa maman à la veille de Wimbledon
En 2024, alors que sa carrière chez les professionnelles prend une dimension spectaculaire — marquée par ce quart de finale à l'Open d'Australie après la victoire retentissante contre la numéro 1 mondiale Iga Świątek —, la vie de la jeune fille bascule dans le drame intime.
Soutenue par son père et son équipe, la jeune Moravienne puise dans le souvenir et les enseignements de sa mère la force de continuer à se battre au plus haut niveau.
Malgré cette épreuve, elle remporte quelques semaines plus tard son premier titre en simple à Monterrey face à Yue Sun, atteint les demi-finales de Prague (battue par Linette, championne du tournoi) et de Brisbane (battue par Rybakina, elle aussi future championne), et grimpe à un nouveau meilleur classement, la 25e place mondiale, le 26 août 2024.

En 2025, Noskóvá franchit un nouveau palier : trois finales sur le circuit, dont sa toute première finale WTA 1000, à Beijing (battue par Anisimova), ainsi que des finales à Prague et Tokyo, perdues à chaque fois. Elle fait néanmoins ses débuts dans le Top 20 et termine l'année à un nouveau meilleur classement de carrière, la 13e place mondiale.
Il y a eu des moments difficiles, mais j'ai toujours cru en moi. Le tennis m'a appris la patience et la résilience.
2026, le doublé Berlin-Wimbledon et l'apogée londonienne
En juin 2026, sur le gazon d'Élégance du tournoi de Berlin (WTA 500), Noskóvá livre une démonstration de puissance. Écartant notamment Paula Badosa, elle surclasse en finale l'Américaine Jessica Pegula au terme d'un match référence (6-4, 4-6, 6-3), s'adjugeant son tout premier titre sur herbe et faisant une entrée fracassante dans le Top 10 mondial. Elle remporte également le double à Berlin, associée à Alexandrova.
Gonflée à bloc par ce succès, la Moravienne aborde le temple de Wimbledon 2026 avec des certitudes physiques et mentales absolues. Sur les courts du All England Club, son service canon et son revers le long de la ligne font des ravages. Elle écarte successivement Madison Keys, Elise Mertens et Marta Kostyuk pour s'offrir une place en finale.
Le 11 juillet 2026, au terme d'une finale 100 % tchèque disputée dans une atmosphère électrique face à Karolína Muchová, Linda Noskóvá fait preuve d'un sang-froid hors du commun pour l'emporter en trois sets (6-2, 5-7, 6-3).
À 21 ans et 236 jours, elle soulève le mythique Venus Rosewater Dish, devenant la plus jeune gagnante de Wimbledon depuis Petra Kvitová et la troisième Tchèque à remporter le tournoi après Markéta Vondroušová et Barbora Krejčíková, se hissant au 7e rang mondial WTA, son meilleur classement en carrière.

C'est quelque chose pour quoi j'ai travaillé toute ma vie. Gagner Wimbledon, c'est un rêve devenu réalité. Je suis extrêmement fière de moi et de mon équipe.
Soulever ce trophée à Wimbledon, sur le court le plus célèbre du monde, est une émotion impossible à décrire avec des mots. Dans le troisième set de la finale, je me suis rappelé d'où je venais, de ces après-midis d'entraînement à Bystřička quand je rêvais devant la télévision. Ce titre appartient à ma famille et à tous ceux qui ont cru en moi depuis le premier jour.
Un mental à toute épreuve
Peu importe qui vous jouez, où vous jouez ou quel est le score, je reste concentrée sur moi-même. C'est comme ça que je joue le mieux.
Palmarès complet
En dehors des courts
Père : Drahos Nosek
Taille : 1,79 m (5'10'') · Main : droitière
Naissance : 17 novembre 2004, à Vsetín (République tchèque)
Goûts musicaux : Måneskin, Lil Nas X, Lizzo
Loisirs : catch à la télévision, séries sur Netflix, natation, course à pied, temps passé avec ses animaux
Joueuse préférée : Serena Williams
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