Maria Sharapova : de la Sibérie à Wimbledon
Partie de Sibérie avec son père et 700 dollars en poche, séparée de sa mère pendant deux ans, Maria Sharapova est devenue à 17 ans la première Russe à soulever le trophée de Wimbledon. Retour sur la trajectoire d'une joueuse devenue la 10e de l'histoire à réaliser le Grand Chelem de carrière.
Elle avait 6 ans quand Martina Navratilova, croisée lors d'un stage à Moscou, a soufflé à son père qu'il fallait l'envoyer en Floride. Un an plus tard, avec 700 dollars en poche et sans un mot d'anglais, Yuri Sharapov embarquait pour l'Amérique avec sa fille — laissant la mère de Maria derrière eux, en Russie, pour deux ans. De ce sacrifice est née l'une des plus grandes joueuses de l'histoire du tennis.
De la Sibérie à l'exil floridien
Maria Yuryevna Sharapova naît le 19 avril 1987 à Nyagan, en Sibérie occidentale. Ses parents, Yuri et Yelena, avaient quitté Gomel, en Biélorussie, peu avant sa naissance pour fuir les retombées de la catastrophe de Tchernobyl.
La famille s'installe ensuite à Sotchi, sur les bords de la mer Noire. À 4 ans, Maria reçoit sa première raquette. À 6 ans, lors d'un stage à Moscou, elle attire l'attention de Martina Navratilova, qui recommande à son père de l'inscrire à l'académie de Nick Bollettieri, en Floride.
En 1994, Yuri Sharapov s'envole donc pour les États-Unis avec sa fille, alors âgée de 7 ans, et seulement 700 dollars empruntés à la famille. Ne parlant pas anglais, il travaille pour subvenir à leurs besoins pendant que Maria s'entraîne. Sa mère Yelena, retenue en Russie par des problèmes de visa, ne les rejoint que deux ans plus tard.

2004 : la sensation de Wimbledon
Passée professionnelle à 14 ans en 2001, Sharapova remporte ses deux premiers titres WTA dès 2003, à Tokyo et Québec.
L'année suivante, à Wimbledon, elle crée l'un des plus grands chocs de l'histoire du tennis féminin : opposée en finale à la tenante du titre et numéro 1 mondiale Serena Williams, la Russe de 17 ans, seulement 13e tête de série, s'impose 6-1, 6-4 et devient la troisième joueuse la plus jeune à remporter le tournoi, derrière Lottie Dod et Martina Hingis.
Le 22 août 2005, elle devient la première Russe — et la 16e joueuse de l'histoire — à occuper le rang de numéro un mondiale. Loin d'être un feu de paille, elle confirme en enchaînant l'US Open 2006 face à Justine Henin, puis l'Open d'Australie 2008 sans perdre le moindre set du tournoi.
La conquête de la terre battue
Joueuse d'attaque peu à l'aise sur terre battue à ses débuts, Sharapova se décrivait elle-même comme « une vache sur du verglas » sur cette surface.
Après de lourdes opérations à l'épaule droite qui auraient pu terminer sa carrière au tournant des années 2010, elle retravaille son jeu en profondeur et s'impose à Roland-Garros en 2012 face à Sara Errani.
Ce sacre parisien fait d'elle la 10e joueuse de l'histoire — la 6e de l'ère Open, et la première Russe — à réaliser le Grand Chelem de carrière. Elle récidive à Paris en 2014, au terme d'un combat acharné face à Simona Halep.

Sur l'ensemble de sa carrière, Sharapova cumule 13 saisons consécutives, de 2003 à 2015, avec au moins un titre remporté — une série que seules Steffi Graf, Martina Navratilova et Chris Evert ont dépassée.
Elle décroche également l'argent olympique à Londres en 2012, battue en finale par... Serena Williams, contre qui son bilan en carrière ne s'élève qu'à 2 victoires pour 20 défaites.
Le meldonium, puis la retraite
En mars 2016, Sharapova annonce lors d'une conférence de presse à Los Angeles avoir été contrôlée positive au meldonium à l'Open d'Australie, une substance tout juste ajoutée à la liste des produits interdits.
Suspendue de janvier 2016 à avril 2017, elle revient au printemps 2017 et remporte encore un titre à Tianjin, mais son corps, usé par les années et les blessures à l'épaule, ne suit plus. Elle annonce sa retraite en février 2020.
Sugarpova, la famille, et le Hall of Fame
Dès 2012, Sharapova lance sa propre marque de confiseries haut de gamme, Sugarpova, puis une ligne de cosmétiques, Sugargoop, tout en s'imposant pendant onze années consécutives en tête du classement Forbes des athlètes féminines les mieux payées.
Elle vit aujourd'hui en couple avec l'homme d'affaires britannique Alexander Gilkes, avec qui elle est fiancée depuis décembre 2020 ; le couple a eu un fils, Theodore, né le 1er juillet 2022.
En 2025, Maria Sharapova est intronisée au Tennis Hall of Fame — la cérémonie de présentation étant assurée par nulle autre que Serena Williams elle-même.

Le palmarès de Maria Sharapova
- Titres du Grand Chelem 5
- Wimbledon 1 (2004)
- US Open 1 (2006)
- Open d'Australie 1 (2008)
- Roland-Garros 2 (2012, 2014)
- Grand Chelem de carrière 10e joueuse de l'histoire (2012)
- Jeux olympiques (Londres 2012) 🥈 Argent
- Titres WTA en simple 36 (dont WTA Finals 2004)
- Semaines n°1 mondiale 21
- Saisons consécutives avec au moins un titre 13 (2003-2015)
- Fed Cup avec la Russie 1 (2008)
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