Mariano Navone : « C'est l'accomplissement d'un rêve d'enfant »
Vainqueur de Novak Djokovic en cinq sets sur l'Arthur Ashe, l'Argentin raconte le combat mental de sa carrière et l'émotion de battre son idole de jeunesse.
Le meilleur match mental de sa carrière
« C'est encore difficile d'analyser la rencontre à chaud, d'autant qu'il est très tard. C'était une bataille incroyable. Affronter Novak pour la première fois sur la plus grande scène du tennis mondial, c'est déjà fou en soi. Il n'avait plus perdu au premier tour ici depuis 20 ans, cela situe l'ampleur de la performance.
Sur le plan mental, je pense que c'était le meilleur match de ma carrière. J'étais mené deux sets à un, puis j'ai concédé un break dans la quatrième manche. C'est précisément à cet instant que j'ai décidé de lâcher mes coups et de jouer totalement libéré. Mon niveau s'est nettement élevé. Dans le cinquième set, la gestion des émotions a été rude : j'ai compris qu'il était diminué physiquement, et jouer contre lui dans ces conditions n'est pas simple car on réalise soudainement l'opportunité immense qui se présente. Énormément de pensées se bousculaient dans ma tête, mais je suis extrêmement fier d'avoir su conclure. »
Le plus beau jour de sa vie — une idole de jeunesse battue
« Absolument. Je n'avais jamais foulé le court Arthur Ashe et je n'avais jamais affronté Novak. C'est aussi la première fois que je m'impose en cinq manches, après avoir perdu mes quatre premiers matchs disputés dans ce format. C'est un moment qui restera gravé très longtemps.
Battre Novak au premier tour d'un Grand Chelem — peut-être l'un de ses derniers, l'avenir nous le dira —, c'est une étape majeure pour ma progression et pour mon mental. Novak était mon idole de jeunesse. Il est le plus grand joueur de tous les temps, et le battre à l'US Open, sur ce court mythique, c'est l'accomplissement d'un rêve d'enfant. C'est incontestablement l'un des plus beaux jours de ma vie. »
Les réveils à l'aube devant Djokovic à la télé
« J'avais déjà failli battre Rafa à Båstad en 2024, en m'inclinant 7-5 au troisième set après un combat de plus de quatre heures. C'était une étape charnière pour moi à l'époque, au moment où j'intégrais le Top 30 et découvrais pleinement le circuit ATP.
On grandit tous en regardant ces légendes. Combien de fois me suis-je levé à l'aube ou couché au milieu de la nuit avant d'aller à l'école pour regarder Novak à l'Open d'Australie, à Roland-Garros ou à l'US Open, malgré les réprimandes de ma mère ! Quand on est gamin, ces grands tournois représentent tout. Alors se retrouver en face de lui sur ce terrain et parvenir à s'imposer, c'est vivre son rêve éveillé. »
Djokovic diminué — rester concentré sur son propre jeu
« Ma priorité absolue était de rester concentré sur mon propre jeu et sur le moment présent. Ce qui comptait devait se passer de mon côté du filet ; je ne pouvais pas me focaliser en permanence sur ses réactions. Après plus de 4 heures et 30 minutes de jeu, la fatigue est inévitable pour tout le monde.
Je l'ai senti diminué par une gêne physique dans le cinquième set, après quelques signes d'usure dans la première manche. Mais Novak reste le plus grand : il trouve constamment des ressources pour renverser des situations compromises. Pour ne pas me faire piéger, la meilleure solution était de garder les yeux fixés sur mon entraîneur, de respecter notre plan de jeu et d'exécuter la stratégie point par point. C'est ce qui m'a permis de tenir jusqu'au bout. »
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