Nadia Comaneci : la reine des JO de Montréal
Sept notes parfaites de 10, un tableau d'affichage incapable d'afficher le chiffre, et une gloire devenue outil de propagande sous la dictature de Ceaușescu. Retour sur la trajectoire de Nadia Comăneci, de l'école maternelle d'Onești à sa fuite vers la liberté en 1989.
Personne, pas même les concepteurs des tableaux d'affichage électroniques, n'avait envisagé qu'une gymnaste puisse un jour obtenir la note parfaite. Le 18 juillet 1976, à Montréal, Nadia Comăneci les a pourtant obligés à improviser un « 1.00 » à la place d'un 10,00 qui n'existait pas encore dans leur mémoire. Elle avait 14 ans.
Onești, la rencontre qui change tout
Nadia Elena Comăneci naît le 12 novembre 1961 à Onești, ville industrielle nichée au pied des Carpates, en Roumanie. À 6 ans, alors qu'elle fait la roue contre un mur de son école, elle attire l'attention de l'entraîneur Béla Károlyi, venu visiter l'établissement à la recherche de jeunes talents pour son centre de gymnastique expérimental.
Sa progression n'est pourtant pas immédiate : à sa toute première compétition, en 1969, à 9 ans, elle ne termine que 13e — une déception qu'elle dira avoir vécue comme une humiliation, et qui la pousse à travailler avec une rigueur redoublée. En 1975, à 13 ans, elle explose aux Championnats d'Europe de Skien, en Norvège, avec quatre médailles d'or et une d'argent.
Montréal 1976 : le 10 qui n'existait pas
Le 18 juillet 1976, lors du concours par équipes, Nadia Comăneci réalise aux barres asymétriques un enchaînement d'une perfection absolue.
Le tableau d'affichage électronique, conçu pour n'afficher que trois chiffres (jusqu'à 9,99), ne parvient pas à représenter la note obtenue et affiche à la place « 1.00 » — la toute première note de 10,00 de l'histoire olympique.
Comăneci réédite l'exploit à six reprises supplémentaires au cours de ces Jeux, repartant avec trois médailles d'or (concours général, barres asymétriques, poutre), une d'argent (équipe) et une de bronze (sol).

Le poids de la propagande d'État
De retour en Roumanie, la jeune championne devient un outil de propagande pour le régime de Nicolae Ceaușescu, qui espère désormais « au moins trois médailles d'or » à chaque compétition.
Une enquête publiée en 2021 par le journaliste roumain Stejărel Olaru, fondée sur des rapports de la Securitate déclassifiés, révèle l'ampleur de la surveillance dont elle fait l'objet jusqu'à cinq agents infiltrés dans la seule délégation de Montréal, où Károlyi et Comăneci portent chacun un nom de code.
L'ouvrage documente aussi des années de pression et de traitements très durs imposés à la jeune gymnaste par son encadrement.
En 1980, aux Jeux de Moscou, elle décroche deux médailles d'or supplémentaires (poutre, sol) et deux d'argent, malgré un contexte politique tendu.
L'année suivante, en 1981, le couple Károlyi profite d'une tournée aux États-Unis pour faire défection, privant Comăneci de ses entraîneurs historiques pour la fin de sa carrière. Elle prend sa retraite sportive en 1984, à 22 ans.

La prison dorée, puis la fuite
Présente aux Jeux de Los Angeles 1984 comme spectatrice, elle tente déjà de s'échapper, mais la surveillance est trop étroite. De retour en Roumanie, elle travaille pour la fédération de gymnastique tout en étant interdite de sortie du territoire.
Dans la nuit du 27 novembre 1989, quelques semaines avant la révolution qui renversera le régime Ceaușescu, elle s'enfuit à pied à travers les forêts glacées jusqu'à la frontière hongroise, en compagnie d'un groupe de Roumains. Après avoir traversé l'Autriche, elle obtient l'asile aux États-Unis.
La renaissance américaine
Installée aux États-Unis, Comăneci retrouve le gymnaste américain Bart Conner, champion olympique aux barres parallèles en 1984, qu'elle épouse à Bucarest en avril 1996. Le couple a un fils, Dylan Paul Conner, né en 2006. Installée à Norman, dans l'Oklahoma, elle dirige avec son mari la Bart Conner Gymnastics Academy et édite le magazine International Gymnast.
Devenue citoyenne américaine en 2003 tout en conservant sa nationalité roumaine, elle est aussi la seule personne à avoir reçu deux fois l'Ordre olympique, la plus haute distinction honorifique du mouvement olympique, en 1983 puis en 2004 — année où elle porte la flamme olympique à Athènes. Elle est aujourd'hui ambassadrice de l'UNICEF.

Le palmarès de Nadia Comăneci
- Jeux olympiques 1976 (Montréal) 🥇🥇🥇 Concours général, barres, poutre
- Jeux olympiques 1976 (Montréal) 🥈 Équipe, 🥉 Sol
- Jeux olympiques 1980 (Moscou) 🥇🥇 Poutre, sol · 🥈🥈 Équipe, concours général
- Notes de 10 parfaites (JO 1976) 7 (première de l'histoire)
- Championnats du monde 1978 (Strasbourg) 🥇 Poutre
- Championnats du monde 1979 (Fort Worth) 🥇 Équipe
- Championnats d'Europe 9 titres (1975, 1977, 1979)
- Ordre olympique 2 fois (1983, 2004) — unique au monde
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