⛷️ Ski de fond

Petter Northug n'a jamais eu la langue dans sa poche, et il ne fait pas d'exception pour son héritier. Dans un entretien accordé à VG, l'ancien roi du ski de fond norvégien estime que Johannes Høsflot Klæbo a « baissé la garde » à l'approche de la saison des Mondiaux de Falun.

À 40 ans, Northug, qui voyait récemment en Bolshunov l'homme qui aurait pu faire tomber Klæbo, sait de quoi il parle : il a vécu des années avec une seule obsession, être le meilleur skieur du monde.

Et il croit aujourd'hui voir Klæbo, 30 ans, desserrer l'étau, ce qui ne serait pas illogique vu la razzia effectuée depuis son arrivée en coupe du monde.

« Je crois qu'il est maintenant au bord de la rupture, au vu du nombre d'années qu'on peut passer dans la bulle extrême dans laquelle il a vécu. Je constate qu'il y a des voyages aux États-Unis et ce genre de choses. C'est ce que j'appelle baisser la garde » — Petter Northug

Des voyages, des galas et Vogue

Douze titres en douze courses lors des deux derniers grands championnats, à Trondheim en 2025 puis aux Jeux de Milan-Cortina : le bilan de Klæbo donne le vertige.

Mais depuis les Jeux, le Norvégien a multiplié les sorties loin des pistes. Il y a eu les ESPY Awards à New York, la Coupe du monde de football dans le New Jersey, où il a assisté à la victoire de la Norvège contre le Sénégal (3-2) en juin, et des galas aux États-Unis comme en Europe.

Puis une couverture de Vogue Scandinavie cet automne avec sa fiancée, Pernille Døsvik. Au sortir de cet été chargé, il est aussi tombé malade.

Klæbo a lui-même reconnu savoir que ses adversaires s'entraînaient cinq heures par jour pendant qu'il était aux États-Unis. Pour Northug, garder la garde haute, c'est justement dire non à tout pour rester concentré sur le sport et les courses qui comptent.

« Klæbo part en voyage aux États-Unis, il y a la Coupe du monde de football, il y a des choses et des distractions qui l'éloignent de l'objectif d'être le meilleur skieur du monde » — Petter Northug

« Surpris si personne ne le bat en distance »

Northug n'enterre pas pour autant son compatriote. Il rappelle que Klæbo reste le meilleur du monde et qu'il peut le rester encore plusieurs années. Mais il annonce la couleur pour cet hiver.

« Je serais surpris que personne ne le batte en distance maintenant » — Petter Northug

Il nuance aussitôt. Selon lui, les rivaux de Klæbo commettent trop d'erreurs et se laissent dépasser par les nerfs quand l'enjeu est maximal, comme aux Mondiaux de Trondheim en 2025 et aux Jeux de 2026.

« Ceux qui peuvent le défier échouent aussi, alors que lui est glacial et reste le meilleur en championnat. (…) Et tant qu'on lui laisse cette sécurité dans la façon dont il construit sa forme, je ne vois pas pour l'instant qui peut le battre » — Petter Northug

Klæbo : « Je ne fais rien à moitié »

Rencontré par VG fin octobre lors du stage en altitude de l'équipe de Norvège à Font-Romeu, Klæbo a balayé l'idée que ses activités de l'été aient rogné sur son entraînement.

« Ce n'est pas comme si je m'étais laissé aller. Je me suis entraîné autant que j'ai pu le supporter » — Johannes Høsflot Klæbo

Il assure se sentir moins fatigué après les Jeux de 2026 qu'après les Mondiaux 2025. Ses sorties, explique-t-il, visaient en partie à faire rayonner le ski de fond, et il a choisi ce qui l'amusait et pouvait lui apporter quelque chose, plus que l'argent.

Quant à l'envie de gagner, elle est intacte, jure-t-il.

« Je n'ai pas envie de faire les choses à moitié. Si je dois concourir, je le fais sérieusement. Sinon, je peux m'abstenir et trouver autre chose à faire. Il y a beaucoup d'autres choses amusantes à faire que cette vie-là » — Johannes Høsflot Klæbo

Iversen : « Effrayant »

Son partenaire d'entraînement Emil Iversen ne voit, lui, aucun signe de lassitude.

Interrogé sur une éventuelle satiété de Klæbo, il répond sans détour : « Absolument pas. » Pour lui, ces voyages étaient mérités après l'hiver écoulé.

« Il est extrêmement affamé, et c'est ce qui le rend si spécial. Il peut se vexer s'il rate une série ici, même s'il a gagné 500 courses d'affilée. Il a un éternel esprit de compétition. Il chasse toujours la course suivante » — Emil Iversen

À l'entraînement, Iversen trouve même Klæbo en meilleure forme qu'il ne l'imaginait. Son résumé tient en un mot : « Effrayant. »

« Mon objectif est de le battre, c'est le rêve. Mais je ne crois pas que ce sera plus facile cette année que l'an dernier » — Emil Iversen

Northug a l'art de lancer des petites bombes, et celle-ci n'est pas gratuite : jamais Klæbo n'avait autant vécu hors des pistes qu'en 2026.

Mais le même Northug admet aussi ne voir personne capable de le battre quand ça compte, et c'est bien là le cœur du sujet. Que Klæbo perde quelques courses de distance en Coupe du monde, c'est probable. Qu'il lâche les Mondiaux de Falun, c'est une autre histoire.