Il pensait ses Jeux terminés, il avait fêté ça comme il se doit. Un nouveau livre sur l'équipe de Norvège de ski de fond révèle qu'Emil Iversen a été tiré du lit avec une sérieuse gueule de bois, quelques jours avant le 50 km olympique de Pyeongchang en 2018. Et qu'on lui a demandé de le courir.
Habillé, l'accréditation autour du cou
L'anecdote est racontée par Didrik Tønseth, Pål Golberg et l'expert Petter Skinstad, auteurs d'un ouvrage consacré à vingt ans de domination norvégienne, dont le titre peut se traduire par Au cœur de l'équipe nationale – 20 ans d'or, d'épaves et de secrets. Iversen, alors âgé de 26 ans, venait de disputer le sprint et faisait presque ses valises. Mais Johannes Høsflot Klæbo, vidé mentalement après quatre courses, renonce au 50 km. Les entraîneurs frappent alors à la porte d'Iversen, l'un des rares à posséder la pointe de vitesse recherchée. Ils le trouvent tout habillé, l'accréditation encore sur la poitrine.
Iversen prend le départ et termine 10e. Contacté par VG, le Norvégien n'a pas répondu, mais le quotidien précise qu'il est au courant de l'histoire. Pourquoi est-elle restée secrète huit ans ? Tønseth a son explication.
« Beaucoup de nuages noirs à l'horizon »
L'épisode n'est qu'une des histoires du livre, dont l'ambition est d'expliquer la culture derrière vingt ans de succès norvégiens, depuis l'éclosion de Petter Northug en 2006. Les trois auteurs parlent d'un hommage aux athlètes et au staff, mais pointent aussi du doigt le système actuel : selon eux, l'équipe surfe encore sur une vague créée par d'autres, et c'est l'intérêt pour la discipline, plus que les résultats, qui les inquiète.
Skinstad craint aussi que la discipline devienne réservée à une population aisée et homogène, celle des Norvégiens blancs de la classe moyenne supérieure. « Le ski de fond ne doit pas être ça », tranche-t-il.
Klæbo sans rival
La plus grande menace sportive, selon le trio ? Le niveau hors de Norvège. Northug avait grandi face aux Suédois, aux Russes et aux Suisses ; Klæbo n'a pas d'adversaire comparable.
Skinstad cite l'équipe féminine comme contre-exemple, au moment où la Norvège revoit ses critères de sélection.
Quant à Iversen, réintégré dans l'équipe de Norvège cet automne, il prépare déjà l'hiver qui vient.

