Le 13 septembre 2026, Alexander Zverev bat Ben Shelton 6-3, 7-6 (7-2), 5-7, 6-2. Il sert un ace, retourne déjà sur sa ligne de fond, prêt à rejouer le point suivant. Son équipe doit lui crier que c'est fini. Il n'avait pas compris.
Six ans plus tôt, au même endroit, face à Dominic Thiem, il avait pleuré en disant : « J'espère qu'un jour je pourrai ramener ce trophée à la maison. » Ce jour-là est arrivé.
Deuxième Grand Chelem de l'année pour lui, après Roland-Garros. Deuxième Allemand de l'ère Open à gagner l'US Open, après Boris Becker. Et dans son discours, une seule personne qu'il voulait vraiment remercier : sa mère, qui ne regarde jamais ses matchs. Trop de nerfs.
Une famille soviétique qui choisit Hambourg
Tout commence bien avant Hambourg. Alexander Zverev Sr., né à Sotchi, a été joueur professionnel pour l'URSS : meilleur classement 175e mondial, 36 matchs de Coupe Davis pour l'Union soviétique. Irina Zvereva (née Fateeva) a elle aussi porté les couleurs soviétiques, quatrième joueuse du pays. Elle jouait déjà d'un revers à une main : le même que son fils cadet portera plus tard comme une signature.
Ils se marient jeunes : elle a 17 ans, lui 24. Ils s'entraînent au CSKA Moscou. Les déplacements à l'étranger sont restreints.
En 1987 naît leur premier fils, Mikhail, que tout le monde appelle Mischa. En 1991, l'URSS s'effondre. On leur propose des postes d'entraîneurs au Uhlenhorster Hockey Club, à Hambourg. Ils partent avec Mischa, alors âgé de quatre ans. L'Allemagne devient leur maison ; ils deviennent citoyens allemands.
Le 20 avril 1997, à Hambourg, naît le second fils : Alexander, Sascha pour la famille. Il n'a jamais vécu en Russie. Il est allemand, parle allemand, russe et anglais. Mais le tennis, lui, vient de Moscou et de Sotchi.
Le diabète à quatre ans
À quatre ans, Sascha a une gastro. Il ne mange presque plus, boit énormément. Les parents vont chez le médecin. Diagnostic : diabète de type 1. Les médecins disent que sa vie, et surtout le sport de haut niveau, seront « très, très limités ».
Irina sort du cabinet. Elle refuse.

Les premières années, les parents se relaient. Ils se lèvent trois fois par nuit pour mesurer la glycémie et faire les injections, jusqu'à ses 12 ans. Le petit Sascha, lui, veut juste courir et sauter sur le trampoline.
Mischa, 14 ans à l'époque, se souvient d'un choc. Il ne savait pas encore ce que ça voulait dire. Il a juste pensé : on va y arriver.
Zverev a longtemps caché la maladie. Il ne voulait pas d'excuse. Il l'a rendue publique seulement en août 2022, à 25 ans, en créant la Alexander Zverev Foundation pour les enfants diabétiques. En 2026, il devient le premier joueur de l'histoire — hommes et femmes confondus — à gagner un Grand Chelem avec un diabète de type 1. Puis le deuxième.
La mère qui construit le revers, le père qui forge le corps
Sascha touche une raquette à trois ans, dans l'appartement. À cinq ans, il s'entraîne déjà une demi-heure par jour. Il est insupportable de compétitivité : il refuse de quitter le court tant qu'il n'a pas battu Mischa.
Irina est sa première coach. C'est elle qui pose la technique, surtout ce revers à une main. Le père, lui, impose un entraînement physique à la soviétique, chronométré, dur. Il n'avait même pas envie que Sascha fasse du tennis : il en avait assez de cette vie, aurait préféré le voir dans un autre sport. Le fils a choisi quand même. À 12 ans, après une défaite en Floride, il arrête le foot et le hockey. Plus que le tennis.
Mischa, de dix ans son aîné, ouvre la voie. Il montera jusqu'au 25e rang mondial, battra Andy Murray, jouera les Grands Chelems. Aujourd'hui, il est dans le staff de son frère. Le père aussi. Toute la famille est dans le projet.

L'enfant prodige, puis l'éternel finaliste
Champion junior de l'Open d'Australie 2014. Numéro 1 junior mondial. Premier titre ATP à 19 ans. Masters 1000 à Rome et Montréal en 2017. ATP Finals en 2018 et 2021. Or olympique à Tokyo en 2021 contre Karen Khachanov.
Puis le plafond de verre des Grands Chelems : finale de l'US Open 2020 perdue contre Thiem après avoir mené deux manches à zéro. Finale de Roland-Garros 2024 perdue contre Alcaraz. Finale de l'Open d'Australie 2025 perdue contre Sinner. En 2022, à Roland-Garros, il se déchire les ligaments de la cheville en demi-finale. Longue reconstruction.
En 2026, tout bascule. Roland-Garros, premier Majeur, contre Flavio Cobolli. Finale à Wimbledon, défaite contre Sinner. Puis New York.
Il commence l'US Open 2026 par deux matchs en cinq sets. Il se dit que « ça ne sert à rien ». Il ne lâche plus un set à partir du troisième tour. En finale, le public est avec Shelton. Zverev reste froid. Il lâche le troisième set, reprend le quatrième 6-2.
La femme qui ne regarde pas, et qui a tout décidé
Irina ne vient pas dans les tribunes. Elle ne supporte pas. Zverev l'a décrite comme « la personne la plus importante de ma vie tennistique et de ma vie en général », « la plus forte que je connaisse ».
C'est elle qui, un jour de 2001, dans un cabinet médical de Hambourg, a décidé que le diabète n'écrirait pas la suite.
Vingt-cinq ans plus tard, son fils lève la Coupe à New York.
Alexander Zverev en chiffres
- 1,98 m — 29 ans
- 26 titres ATP
- Or olympique (Tokyo 2021, face à Karen Khachanov)
- 2 titres du Grand Chelem en 2026 : Roland-Garros et US Open
- Premier joueur de l'histoire, hommes et femmes confondus, à remporter un Grand Chelem avec un diabète de type 1
- Fondateur de la Alexander Zverev Foundation (2022) pour les enfants diabétiques
- Une fille, Mayla, née en 2021
De l'appartement de Hambourg où un gamin de trois ans poussait une balle, jusqu'à Arthur Ashe où un champion de 29 ans n'a même pas compris qu'il avait gagné : l'histoire d'Alexander Zverev est d'abord celle d'une mère qui a dit non aux médecins.
Et d'un fils qui a tenu parole.
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