Le 12 septembre 2026, sur le court Arthur Ashe, Elena Rybakina bat Aryna Sabalenka 6-4, 5-7, 6-2. Premier titre à New York. Troisième Grand Chelem. Le lundi suivant, elle devient numéro 1 mondiale. Elle a à peine 27 ans.
Quatre jours plus tard, le tennis féminin a un nouveau visage : calme, implacable, presque silencieux. Voici son histoire, depuis Moscou jusqu'à Flushing Meadows.
Une petite fille trop grande pour la gymnastique
Elena Andreyevna Rybakina naît le 17 juin 1999 à Moscou. Son père Andrey, originaire d'Almaty au Kazakhstan, travaille comme producteur à la chaîne sportive NTV Plus. Sa mère s'appelle Ekaterina. Elle a une sœur aînée, Anna, de trois ans son aînée.
Les deux sœurs commencent par la gymnastique et le patinage artistique. Mais à cinq ans, Elena est déjà trop grande pour continuer. Son père, qui a un peu joué au tennis dans sa jeunesse, lui propose alors une autre voie.
Elle a six ans. Le tennis devient son sport.
La formation au Spartak, sans rien de glamour
Elena s'entraîne au club Spartak de Moscou, dans des groupes de sept ou huit joueuses jusqu'à 15 ans, puis de quatre jusqu'à 18 ans. Deux heures de tennis, trois heures de préparation physique, chaque jour.
Elle fréquente en parallèle un lycée classique, pas une école de sport. Rien d'individuel, rien de facile. Juste du travail, encore et encore.

La Fédération russe lâche prise
En catégorie junior, Rybakina grimpe jusqu'au 3e rang mondial. Mais la Fédération russe de tennis ne mise pas vraiment sur elle. En 2016, à l'US Open junior, elle s'évanouit à cause d'un taux d'hémoglobine trop bas. Personne de la Fédération ne vient l'aider.
La famille décide alors que plus jamais Elena ne voyagera seule. Problème : ils n'ont pas les moyens de l'accompagner partout.
À 19 ans, Elena envisage le tennis universitaire aux États-Unis. Puis tout bascule.
Le choix du Kazakhstan
En 2018, son père contacte la Fédération kazakhe. Le milliardaire Bulat Utemuratov a décidé de construire un tennis national à partir de rien, en finançant des talents que d'autres pays laissent de côté. Elena Rybakina et Alexander Bublik font partie du lot.
Le Kazakhstan paie les déplacements, l'entraînement, tout. En échange, elle joue sous le drapeau bleu et or et devient citoyenne kazakhe. Sa famille reste en Russie ; elle s'installera plus tard à Dubaï.
Quatre ans plus tard, elle gagne Wimbledon. Si elle était restée russe, elle n'aurait même pas pu y jouer : en 2022, les joueuses russes et biélorusses sont interdites sur le gazon londonien.

Wimbledon 2022 : le premier miracle
Personne ne l'attend. Elle bat Zheng Qinwen, Simona Halep, puis Ons Jabeur en finale (3-6, 6-2, 6-2). Première Kazakhe à remporter un Grand Chelem. Elle a 23 ans.
Sur le court, après le dernier point, elle ne crie pas, ne tombe pas à genoux. Un poing fermé, une poignée de main, elle s'assoit sur son banc et attend la cérémonie. C'est là que naît son surnom : Ice Queen, la Reine de glace.
Vukov : son énergie contre son calme
Son coach depuis 2019, le Croate Stefano Vukov, résume leur duo à sa manière : « Mon énergie contre son calme. » Leur relation est tumultueuse, controversée, parfois suspendue par la WTA. Elle le défend toujours.
La rivalité qui définit une époque
Aryna Sabalenka. Deux personnalités opposées, le feu et la glace, qui se disputent les plus grands sommets depuis trois ans :
Les quatre derniers duels en finale
- Finale de l'Open d'Australie 2023 : victoire de Sabalenka
- Finale des WTA Finals 2025 à Riyad : victoire de Rybakina, invaincue sur la semaine, 5,235 millions de dollars empochés, record de l'époque
- Finale de l'Open d'Australie 2026 : victoire de Rybakina (6-4, 4-6, 6-4)
- Finale de l'US Open 2026 : victoire de Rybakina (6-4, 5-7, 6-2)
Trois finales de Grand Chelem disputées en 2026, deux gagnées. Sabalenka reste devant au face-à-face global, mais c'est Rybakina qui rafle les plus grands trophées.

L'US Open 2026 : la victoire impossible
Dix jours avant le tournoi, à Cincinnati, Rybakina se blesse au pied gauche. Elle abandonne en plein quart de finale contre Iga Swiatek, a du mal à marcher, ne touche pas une raquette pendant plus d'une semaine. Personne ne sait alors si elle pourra jouer à New York.
Elle joue. Elle écrase Naomi Osaka 6-1, 6-4. Elle renverse Zheng Qinwen. Elle renverse Coco Gauff en demi-finale (3-6, 6-4, 6-4). En finale l'attend Sabalenka, double tenante du titre, forte de 20 victoires consécutives à Flushing Meadows.
Rybakina double-faute sur sa première balle de match. Puis elle sert un ace, le 12e du match. Un sourire, enfin. Les deux bras levés. Rare chez elle.
Bulat Utemuratov a pris son jet privé depuis Almaty pour assister à la finale. Dans la capitale kazakhe, son visage est désormais partout : aéroport, stades, rues. Les enfants des centres de tennis qu'il finance lui envoient des messages d'amour.
La femme derrière le service-cannon
1,84 m, l'un des services les plus puissants du circuit, des coups de fond de court écrasants. Tempérament de perfectionniste, introvertie, vie privée hermétique : aucun compagnon officiel confirmé.
Sa sœur Anna l'accompagne parfois ; ses parents restent nerveux à chaque match, même devant la télévision.
Elle revient chaque année au Kazakhstan, soutient de jeunes joueurs et des associations. Humble, intelligente : c'est ce que disent d'elle ceux qui la connaissent.
Palmarès au 16 septembre 2026
- 3 titres du Grand Chelem : Wimbledon 2022, Open d'Australie 2026, US Open 2026
- WTA Finals 2025
- 14 titres WTA
- Numéro 1 mondiale depuis le 14 septembre 2026
- Première Kazakhe numéro 1, première Kazakhe titrée en Grand Chelem
- Il ne lui manque plus que Roland-Garros pour le Grand Chelem en carrière
De la petite fille trop grande pour la gymnastique au sommet du tennis mondial, Elena Rybakina n'a presque jamais crié sa joie. Elle l'a construite, point après point, dans le silence.
Aujourd'hui, ce silence a un trophée d'argent à New York et le dossard n°1. Et New York, enfin, l'aime en retour.
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