Trois kilomètres de face nord dessinés par Bernhard Russi, du Rocher de Bellevarde jusqu'au front de neige.
Depuis le Rocher de Bellevarde, à 2 827 mètres, la Face plonge vers Val d'Isère sur trois kilomètres de versant nord. Un mur de départ à 71 %, des passages baptisés du nom de gens du pays, une neige souvent glacée : Bernhard Russi a dessiné une piste que la montagne semblait avoir prévue. On ne la dompte pas, on la respecte.
01Une piste taillée dans la montagne
À la sortie du téléphérique de l'Olympique, les portraits géants de Jean-Claude Killy et d'Alexis Pinturault accueillent les skieurs. La gare d'arrivée affiche « The iconic Face de Bellevarde — Mythique ». Ce n'est pas un slogan. Vu d'ici, Val d'Isère a la taille d'un macaron, et la face qui y descend, rayée de barres rocheuses et de couloirs d'avalanche, ressemble à une montagne dans la montagne.
En descente, la Face n'a accueilli que très rarement le circuit international. Pas par manque de prestige : elle est tout simplement très difficile à préparer. 71 % au départ, des sections quasi inaccessibles aux dameuses, une exposition nord qui garde la neige froide mais complique la logistique. C'est précisément ce qui la classe à part.
Les plus grandes pistes ne sont pas forcément celles que le circuit emprunte le plus. Ce sont celles que la montagne a bien voulu laisser construire. Russi a suivi le terrain, et le terrain avait déjà tout prévu.
02Bernhard Russi, l'architecte des neiges
La Face telle qu'on la connaît a été redessinée par Bernhard Russi à la demande de Jean-Claude Killy, en vue des JO d'Albertville 1992. Champion olympique de descente à Sapporo en 1972, le Suisse est devenu le concepteur de référence des grandes pistes de compétition, de la Birds of Prey de Beaver Creek aux pistes olympiques de Sotchi, PyeongChang et Pékin.
Son credo : faire cohabiter sport et nature, ne pas élargir la piste mais la pimenter de passages qui font monter le cœur. Il a même préservé l'Ancolie, un couloir-fenêtre entre deux rochers, pour ne pas écraser une fleur bleue protégée nichée dans la roche. Le versant n'était pas vierge : une piste y descendait déjà depuis le premier téléphérique de 1952, et un championnat de France s'y était soldé, selon les chroniques locales, par « une hécatombe ».
03Le tracé, passage par passage
Chaque bosse, chaque virage de la Face porte le nom d'une personne liée à l'histoire du lieu. Ce n'est pas du marketing, c'est la mémoire collective de Val d'Isère.
Mur de départ — Rocher de Bellevarde
Véritable rampe de lancement. Les descendeurs y atteignent 130 km/h. Quasi impossible à damer : pour les JO 1992, de la neige avait été héliportée.
Bosse à Catherine
Premier saut de la Face, en hommage à une skieuse du cru emportée par une avalanche.
Col des moniteurs — P2
Le P2 marque l'emplacement d'un ancien pylône du téléphérique. Un virage à 180° mène tout droit au grand mur.
Le Grand Mur
Pleine face nord, neige gelée tout l'hiver. Le passage qui fait la réputation de la piste.
Virage de l'Aigle
Baptisé d'après le rapace qui niche dans les rochers. Grande courbe technique vers la partie basse.
Bosse à Cathiard — arrivée
Du nom du fondateur du syndicat des moniteurs. L'envol final vers l'arrivée, visible depuis le front de neige.
« Ça sert à rien de se battre, faut se laisser déraper pour arriver vivant »
— Léo Taillefer, enfant du pays, sur le Grand Mur04Les grandes courses : pourquoi si peu
La descente olympique hommes s'y est courue le 9 février 1992. Le vent avait décapé le sommet, il avait fallu héliporter de la neige et déclencher des avalanches pour sécuriser le tracé. La Face haute est revenue en descente lors des Championnats du monde de Val d'Isère en 2009, avec les mêmes défis logistiques.
« En haut, le vent avait décapé le sommet, il avait fallu acheminer de la neige par hélicoptère. De l'autre côté, on faisait péter des avalanches monstres pour sécuriser le tracé »
— Ludovic Bois, chef de secteur des pisteurs-secouristes, sur les JO 1992La raison de cette rareté est simple : les sections les plus raides sont inaccessibles aux engins. Il faut des pisteurs à la corde, une météo coopérative et une logistique hors norme. À l'échelle d'un calendrier de Coupe du monde, c'est ingérable chaque hiver.
05Décembre : le Critérium sur la partie basse
Si la face haute reste à l'écart du calendrier, la partie basse de Bellevarde vit chaque décembre au rythme du Critérium de la Première Neige, avec le géant et le slalom de Coupe du monde.
Les injections d'eau y laissent des plaques de glace qui tiennent toute la saison : un terrain brutal mais honnête pour les techniciens, et un rappel immédiat pour les skieurs de loisir qui s'y aventurent ensuite.
Autre particularité : au soleil le matin, à l'ombre l'après-midi. Deux neiges très différentes cohabitent dans la même journée, « deux saisons dans la même journée », selon un habitué.
06Hors-piste et nocturnes
Au-delà du balisage, le Cairn et la Banane sont les deux grands classiques des freeriders locaux, des lignes connues depuis des générations. Chaque semaine pendant les vacances, les moniteurs descendent la Face à la lueur des flambeaux : 80 % de la piste est visible depuis le village, et le serpentin de lumière est l'un des plus beaux spectacles gratuits des Alpes françaises.
Moniteur et guide local, Guillaume Pierrel l'a même descendue en ski de fond après le Critérium.
« Je visais les plaques de glace avec des bourrelets de neige à canon pour m'arrêter si je faisais la culbute »
— Guillaume Pierrel07Fiche technique et niveau requis
📋 Fiche Face de Bellevarde
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Station | Val d'Isère (Savoie), Espace Killy |
| Départ | Rocher de Bellevarde, 2 827 m |
| Longueur | 3 km |
| Pente moyenne / max | 36 % / 71 % (mur de départ) |
| Vitesse en course | Jusqu'à 130 km/h |
| Concepteur | Bernhard Russi |
| Accès | Téléphérique de l'Olympique |
| Grandes courses | Descente JO 1992, Mondiaux 2009, géant et slalom du Critérium (partie basse) |
« Une noire engagée, je n'y emmène pas tous mes clients »
— un moniteur de Val d'IsèreDécembre : Critérium de la Première Neige sur la partie basse. De janvier à mars : les meilleures conditions sur la Face complète. Dans l'Espace Killy, le glacier de la Grande Motte à Tignes est skiable dès l'automne.
?Questions fréquentes
Où se trouve la Face de Bellevarde ?
À Val d'Isère, en Savoie, dans l'Espace Killy. Elle part du Rocher de Bellevarde, à 2 827 m, accessible par le téléphérique de l'Olympique, et descend jusqu'au front de neige de la station.
Quelle est la pente de la Face de Bellevarde ?
Jusqu'à 71 % au mur de départ, pour une pente moyenne d'environ 36 % sur 3 km.
Qui a dessiné la Face de Bellevarde ?
Bernhard Russi, champion olympique de descente en 1972, à la demande de Jean-Claude Killy pour les Jeux d'Albertville 1992.
Quel niveau faut-il pour skier la Face de Bellevarde ?
Un niveau expert. La face est souvent glacée et très raide : il faut maîtriser le dérapage et le ski sur neige dure.
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