Une eau qui jaillit d'un rocher semble la plus pure du monde. En réalité, sa limpidité ne dit rien de ce qu'elle contient, et plusieurs randonneurs ont été héliportés après avoir bu au torrent, certains avec une gourde filtrante. Ce que l'on peut boire, ce qu'il faut traiter et comment.
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▲Une eau limpide n'est pas une eau potable
La clarté d'une eau ne renseigne pas sur les microbes qu'elle contient. En alpage, les troupeaux, la faune sauvage et les refuges peuvent contaminer un ruisseau en amont, sans que rien ne se voie.
Mi-juillet 2026, dans les Hautes-Pyrénées, plusieurs groupes de randonneurs ont été pris en charge après avoir bu l'eau d'un ruisseau ou d'un lac : douze adultes en quelques jours, dont neuf héliportés en une seule journée près du refuge de la Glère et du lac de Bastan. Nausées, vomissements, diarrhées.
En août 2025, un adolescent de 17 ans avait déjà été évacué après avoir bu au lac d'Uzious, en vallée d'Ossau. La préfecture des Hautes-Pyrénées rappelle chaque été de ne pas boire l'eau des torrents et des ruisseaux, même avec une gourde filtrante.
▲Les risques : ce qui peut se trouver dans l'eau
Les infections les plus fréquentes sont des gastro-entérites. Les parasites comme Giardia ou Cryptosporidium, les bactéries et les virus figurent parmi les agents en cause. Les amibes peuvent provoquer des diarrhées sanglantes.
Les enfants et les personnes affaiblies sont les plus exposés. Les symptômes peuvent apparaître plusieurs jours après la consommation, ce qui complique le lien avec l'eau bue.
▲Ce que fait, et ne fait pas, un filtre
Une membrane à 0,1 ou 0,2 micron retient en principe les bactéries et les parasites. La microfiltration à 0,2 micron n'est pas efficace sur les virus, qui passent à travers. L'ultrafiltration, à 0,02 micron, est dix fois plus fine et retient tous les agents organiques, virus compris.
Encore faut-il que le filtre soit en bon état. Une membrane qui a gelé une nuit peut se fissurer sans que rien ne se voie. Un filtre encrassé, rangé humide, ou arrivé en fin de vie après quelques centaines de litres, ne garantit plus rien. Et un filtre ne traite pas les polluants chimiques.
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▲Les autres méthodes de traitement
L'ébullition est très efficace contre la pollution organique : une minute à 100 °C suffit au niveau de la mer, mais plusieurs minutes deviennent nécessaires en altitude, où l'eau bout à plus basse température. Elle demande du combustible, du temps, et n'agit pas sur les polluants chimiques.
Les pastilles chimiques sont légères, peu encombrantes et faciles à utiliser, mais demandent un temps d'attente et laissent un goût. Les stylos à ultraviolets fonctionnent sur eau claire.
Chez les pratiquants, la combinaison d'un filtre et d'un traitement chimique est considérée comme la solution la plus sûre quelle que soit l'eau.
▲Que faire en pratique
- Partez avec toute l'eau nécessaire pour la journée, en montagne : elle se monte avec soi et se complète dans les refuges.
- Ravitaillez-vous aux fontaines signalées potables et, au refuge, demandez si l'eau du robinet est potable.
- Si vous devez prélever, choisissez une eau claire et courante, en amont de tout troupeau, refuge ou pâturage, et laissez décanter avant de filtrer.
- Traitez l'eau avec un filtre en bon état (idéalement ultrafiltration) et, pour plus de sûreté, ajoutez une pastille en respectant le temps d'attente.
- Évitez les lacs et les eaux stagnantes, plus exposés aux contaminations.
▲Fontaines, sources aménagées et refuges
Les fontaines de village et les points d'eau aménagés portent en général la mention « eau potable » ou « eau non potable ». En cas d'absence de panneau, on considère l'eau comme non traitée.
Les refuges fournissent l'eau de boisson à leurs hôtes, mais leur alimentation varie : mieux vaut demander au gardien ce qu'il recommande, et traiter l'eau en cas de doute.
▲Combien d'eau emporter
En activité dans de bonnes conditions, un adulte consomme de l'ordre de 2 à 3 litres d'eau par jour, et parfois bien davantage par forte chaleur. Un litre d'eau pèse un kilo : on planifie la journée en fonction des points d'eau connus.
Une grosse journée en crête sans ravitaillement demande facilement trois litres ou plus. Mieux vaut porter cette eau que de prendre le risque d'une eau douteuse.
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▲Après avoir bu une eau douteuse
Nausées, vomissements, diarrhées et fièvre doivent conduire à s'hydrater, à se reposer et à consulter, d'autant plus que les symptômes peuvent durer. Si l'état empêche de marcher, alertez le 112 : c'est ce qui a conduit plusieurs randonneurs à être héliportés.
En cas de diarrhées, les enfants et les personnes fragiles se déshydratent vite : un avis médical rapide s'impose.
▲Les erreurs à éviter
Se fier à une eau claire, croire qu'une gourde filtrante protège de tout, boire au lac, prélever en aval d'un pâturage, utiliser un filtre qui a gelé ou qui a servi pendant des années : ces erreurs figurent parmi les plus fréquentes.
Une bonne organisation vaut mieux qu'un bon filtre : emporter assez d'eau et s'arrêter aux points d'eau connus reste la stratégie la plus sûre.
▲Entretenir son filtre
Rincez le filtre selon la notice du fabricant, séchez-le avant de le ranger et remplacez-le après le volume d'eau indiqué. Protégez-le du gel : une membrane qui a gelé peut être fissurée sans que cela se voie, et ne filtre alors plus correctement.
En cas de doute sur l'état d'un filtre, on ajoute un traitement chimique ou on fait bouillir l'eau.
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▲Pré-filtrer une eau trouble
Il faut toujours essayer de prélever l'eau la plus claire possible. Si l'eau est trouble, on la laisse décanter dans un récipient, puis on la verse doucement à travers un tissu propre avant de la traiter.
Une eau chargée de particules obstrue rapidement un filtre et réduit l'efficacité des traitements chimiques.
▲Ne pas polluer à son tour
Le camp, les toilettes et la vaisselle se placent à distance des cours d'eau et en aval des points de prélèvement. On ne se lave pas dans un ruisseau avec du savon : ce qu'on y laisse est bu, en aval, par d'autres randonneurs, par les troupeaux et par la faune.
Peut-on boire l'eau des torrents en montagne ?
Non, pas sans traitement : une eau limpide peut être contaminée par des troupeaux ou la faune en amont. La préfecture des Hautes-Pyrénées demande de ne pas boire l'eau des torrents et ruisseaux, même avec une gourde filtrante.
Une gourde filtrante protège-t-elle de tout ?
Non : un filtre à 0,2 micron retient bactéries et parasites, mais pas les virus, et il ne garantit plus rien s'il a gelé, s'il est encrassé ou en fin de vie. L'ultrafiltration à 0,02 micron retient aussi les virus.
Combien de temps faut-il faire bouillir l'eau ?
Une minute à 100 °C au niveau de la mer, et plusieurs minutes en altitude, où l'eau bout à plus basse température. L'ébullition n'élimine pas les polluants chimiques.
Que faire si l'on tombe malade après avoir bu l'eau d'un ruisseau ?
S'hydrater, se reposer et consulter, car les symptômes (nausées, vomissements, diarrhées, fièvre) peuvent durer. Si l'état empêche de marcher, alertez le 112.
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